La semaine de Naïm Kamal – Les Croissantades des prieurs occasionnels

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La Mosquée Hassan II à Casablanca, « là où vous donnez du regard il y a le visage de Dieu » (Coran – traduction Quid)

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Dans sa chronique de cette semaine, DÉCONSTRUCTION DU DISCOURS SUR L’INTERDICTION DES TARAWIHS (PRIÈRES SURÉROGATOIRES), Bilal Talidi tente un décryptage pertinent de la campagne virulente contre les mesures de restriction qui ont touché la pratique religieuse. Une campagne qui veut qu’on serait en présence de pas moins qu’une guerre contre l’Islam mise en musique par l’Occident et exécutée par le Makhzen et ses laïcards. 

Bilal distingue dans ce tollé trois tendances principales : Les sincèrement perturbés dans leur foi par ces décisions, mais sans arrière-pensée. Les tout aussi sincèrement perturbés, mais politiquement teintés qui ne comprennent pas la flexibilité des autorités quand il s’agit de secteurs économiques ou socio-économiques et leur fermeté quand il est question du champ religieux. Et enfin la troisième tendance où figure en proue Jamaat Al-adl wa Il ihsan, qui, quoi qu’il advienne et quoi qu’il en soit, trouvera toujours prétexte à s’en prendre aux fondements religieux de l’Etat. 

Les acteurs de cette joyeuse compagnie fondent leur posture sur un argumentaire en apparence d’une logique implacable et d’une cohérence sans tache. Trois exemples suffisent pour en comprendre la perniciosité : Les pages du Saint Coran seraient des vecteurs du Coronavirus, pas les billets de banque. Les lieux des ablutions dans les mosquées exposent à la contamination, pas les toilettes des cafés. Les mosquées sont des espaces de propagations des virus, pas les souks où l’affluence est autrement plus dense.

Il y a appel et appel

Sans accuser quiconque de bigoterie attisée par la fièvre du Ramdi soir, période propice à la prolifération des saisonniers de la religion et des prieurs occasionnels, que trouver à redire à cette inflammation de la religiosité si ce n’est, quand on appartient à la catégorie des incrédules, que vus de plus près les arguments des bondieusards deviennent moins certains et les assertions des bigots se réduisent à leur ressort polimico-rhétorique. En voici une contre-partition :

Les pages du Coran, on en trouve dans tous les domiciles, pas les billets de banques, en tout cas pas toujours et partout en quantité suffisante. Avec des billets de banque on peut faire son marché, pas avec les pages du Coran qui servent, sans certitude, à s’assurer une place au ciel, mais fort improbablement sur terre, hormis pour ceux qui font de la religion un commerce. 

Les ablutions on peut les faire à la maison avant d’aller à la mosquée qui n’ouvre qu’à l’heure de la prière. Dans l’impossibilité, l’Islam, religion de la facilitation, autorise tayammoum, simulation des ablutions à l’aide d’un galet. La différence entre les salles des ablutions et les toilettes des cafés, est que ces derniers ont une fonction entendue de WC publics en continu. Que faire en cas de besoin pressant, si ce n’est se rabattre sur le premier estaminet. Imaginez ce que seraient nos rues, s’il n’y avait les cafés. 

On ne peut non plus se passer du souk pour vendre sa marchandise ou en acquérir sauf si l’on est actionnaire dans Amazon ou que l’on a les moyens de se faire livrer, ce qui n’est pas à la portée de tous. La prière on peut la pratiquer sans se rendre à la mosquée, chez soi ou sur le bord de la route où l’on voit souvent les camionneurs s’y adonner, sans qu’elle perde de sa valeur. Si vous avez des doutes, demandez à Abdalilah Benkirane qui affirmait dans une déclaration faire souvent sa prière au bureau et que seule la collective du vendredi était, à ses yeux, incontournable. Il n’y avait pas encore de pandémie, seulement l’appel du devoir qui prime sur l’appel à la prière.