Les femmes à l’épreuve confinement, une enquête de HCP

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Globalement et pour ne rien changer, les femmes ont souffert du confinement et des effets économiques du Covid-19 plus que les hommes.

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Sur la base des résultats de son enquête sur l’impact de la pandémie COVID-19 sur la situation économique, sociale et psychologique des ménages, le Haut-Commissariat au Plan, en partenariat avec l’ONU Femmes, publie un rapport spécifique sur l’analyse genre de ces résultats. A partir d’informations réunies grâce à deux enquêtes réalisées par le HCP auprès des ménages pendant et à la sortie du confinement, ce rapport analyse les conséquences de la crise sanitaire ainsi que des diverses dispositions prises pour en atténuer les effets. Ce rapport met en exergue la dimension genre dans l’acuité du vécu de la crise et les bénéfices tirés des politiques publiques palliatives implémentées. En voici les principales conclusions. 

Effets psychologiques : Les femmes cheffes de ménages premières victimes

Les femmes cheffes de ménages ont souffert, plus que leurs homologues hommes , de l'impact de la crise sanitaire sur leurs relations familiales, leur état psychologique et leur comportement, fait savoir le Haut-commissariat au plan (HCP) dans un rapport publié en partenariat avec l'ONU Femmes.

Les principales conséquences des effets psychologiques de la Covid-19 sur les ménages sont l'anxiété, le trouble du sommeil, la peur et les comportements obsessionnels, précise le rapport d’analyse genre de l’impact de la pandémie Covid-19 sur la situation économique, sociale et psychologique des ménages.

Cependant, les femmes cheffes de ménage souffrent davantage de comportement obsessionnel (33,3%) que leurs homologues hommes (23,6%), de la peur (46,8% contre 39,5% de CdM-H) et de trouble du sommeil (26,4% contre 22,9%), fait ressortir le rapport.

L'indisponibilité de certains produits, selon 54% des chefs de ménages femmes

54% des chefs de ménages femmes, appartenant à la catégorie des ménages "moyens et aisés", déclarent que l'indisponibilité de certains produits (farine, huile, sucre, légumes, légumineuses) est due à une faiblesse de l'offre contre seulement 25% pour les chefs de ménage hommes.

"Ce résultat pourrait s'expliquer par le fait que les femmes connaissent le marché mieux que les hommes, car ce sont elles qui se chargent en général des courses pour le foyer", indique le HCP dans un rapport intitulé "Analyse genre de l’impact du coronavirus sur la situation économique, sociale et psychologique des ménages", publié en partenariat avec l'ONU Femmes.

Les ménages dirigés par une femme et les difficultés pour bénéficier des services de santé

Pendant le confinement, les ménages dirigés par une femme ont rencontré plus de difficultés pour bénéficier des services de santé, que les ménages dirigés par un homme, 


"Avant même de naitre, les enfants issus de familles dirigées par des femmes vivent une situation d’inégalité des chances aggravée par la crise", indique le rapport d’analyse genre de l’impact de la pandémie COVID-19 sur la situation économique, sociale et psychologique des ménages.

L’écart d’accès aux soins de santé reproductive, entre ces ménages, est encore plus significatif lorsqu’ils résident en milieu rural : une différence de 46 points de pourcentage (17% pour les chefs de ménages femmes contre 63% pour les chefs de ménages hommes), estime le rapport.

La situation financière des femmes s'est détériorée  

La situation financière des femmes s’est détériorée lors de la crise sanitaire en raison de leur situation vulnérable sur le marché de travail.

Globalement et au moment de la crise, les ménages dirigés par les femmes déclarent les salaires comme source principale de revenus. Ils représentent 18% du nombre total des ménages ayant à leur tête une femme contre 25,5% chez ceux dirigés par les hommes. 

La différence entre hommes et femmes s’explique par la nature des postes que ces dernières occupent qui sont "moins importants" que ceux des hommes. En situation de crise, elles sont les premières à être sacrifiées.

Cette différence de situation s’explique, car à secteur d’activité identique et étant donné la nature des postes occupés par les femmes, en situation de crise, elles sont plus facilement licenciées.

On observe cette réalité pour les activités de services : 49% des chefs de ménage femmes et 36% des chefs de ménage homme (CdM-h) déclarent que le salaire est la seule source de revenu.

Par milieu de résidence, dans l’urbain on relève respectivement 29% contre 20% et dans le rural 20,5% contre 10,5%. Par niveau de vie, on trouve 30% contre 23% pour la classe moyenne et 19% versus 13% chez les pauvres.

22,3% des ménages composés de filles n'arrivent pas à suivre les cours à distance

Les ménages composés de filles seulement qui n'arrivent pas à suivre ou ne suivent que partiellement les cours à distance s'élève à 22,3% au primaire et 22,1% au collège.

Ces fréquences sont respectivement de 21,1% et de 16% pour les ménages composés de garçons uniquement, indique le rapport d'analyse genre de l’impact de la pandémie COVID-19 sur la situation économique, sociale et psychologique des ménages.

Dans les ménages composés à la fois de filles et de garçons, la prévalence de non suivi (18,8% au primaire et 13,2% au collège) devient plus faible que dans le cas où il n’y a que des filles, précise le rapport.

Globalement, au début du confinement, les enfants qui ne suivaient pas du tout les cours à distance représentaient des proportions assez proches selon le niveau scolaire. Un total de 21% au primaire et 18% au collège (8 à 12% en France).

Les écarts constatés sont principalement dus aux canaux utilisés pour le suivi des cours à distance, notamment les réseaux sociaux, les plateformes numériques et les chaînes de télévision, indique le rapport, notant qu'un grand nombre d’enfants appartenant aux ménages dirigés par une femme ne suivent pas les cours à distance.

21% de femmes ont souffert de la promiscuité dans le logement

En période de confinement sanitaire, 21% des femmes contre 16,4% des hommes ont déclaré souffrir plus souvent de la promiscuité dans le logement.

Pendant le confinement, 18,7% de la population ont souffert de la promiscuité, selon le dernier rapport, qui relève l'existence de différences notoires selon le genre.

L’analyse économétrique a permis de confirmer qu’être un chef de ménage femme accroît la possibilité de déclarer subir des conséquences psychologiques ou encore subir des conflits inhérents à la promiscuité. L’inquiétude est plus forte lorsque dans les ménages seules les femmes sont des actives occupées.

Habiter en milieu urbain, augmente la probabilité non seulement de déclarer subir des conséquences psychologiques, mais aussi celle de connaître des conflits dus à la promiscuité. Il en va de même quand le nombre de personnes par pièce dans le logement est supérieur à 3. La densité de la population urbaine par rapport au milieu rural explique ces résultats,

27% des femmes surchargées par les tâches ménagères

En période de confinement sanitaire, 27% des femmes ont déclaré être surchargées par les tâches ménagères qui concernent tout le ménage, contre 9% des hommes

La conciliation entre les tâches ménagères et l’activité professionnelle a été plus difficile pour les femmes en raison de la charge accrue des responsabilités au sein du foyer

Les femmes vivant dans les ménages avec trois enfants, sont plus nombreuses à déclarer avoir des difficultés à concilier activité professionnelle et travaux domestiques (31% contre 18% pour les ménages sans enfants).

Par milieu de résidence, il ressort qu’il a été plus difficile pour les cadres supérieurs en milieu rural, comparés à leurs homologues de l’urbain, de concilier les tâches domestiques avec le travail professionnel (57% et 28%), ainsi que pour les employés (47,5% et 26%).

Par contre, pour les exploitants agricoles, les difficultés sont moins accentuées pour la femme rurale, soit un pourcentage de 21%, relève le rapport, expliquant que dans l’exercice de l’agriculture, principale activité en milieu rural, les femmes ont l’habitude de concilier tâches agricoles et tâches domestiques.

L'essentiel du rapport

Voici par ailleurs un récapitulatif des principaux points du rapport relatif à l’analyse genre de l’impact de la pandémie de Covid-19 sur la situation économique, sociale et psychologique des ménages, publié par le Haut-commissariat au plan (HCP) en partenariat avec l'ONU Femmes :

I- Indicateurs de santé dans le contexte du confinement et à la sortie :

- Les ménages dirigés par une femme, comparés aux ménages dirigés par un homme, rencontrent plus de difficultés pour bénéficier des services de santé pendant le confinement sanitaire.

- Le manque de ressources financières est la raison principale de privation des soins de santé pendant le confinement sanitaire.

- La présence de femmes actives occupées au sein du ménage augmente les chances d'accès aux services de santé.

- Le non-accès aux soins de santé diffère selon la tranche d’âge et les personnes âgées restent prioritaires en termes d’accès.

- La principale raison du non-accès aux services de santé est la peur de la contamination au coronavirus.

- 21% des femmes contre 16,4% des hommes ont déclaré souffrir plus souvent de la promiscuité dans le logement en période de confinement sanitaire.

II- Crise sanitaire, confinement et impact sur l'éducation : quelles différences entre garçons et filles ?

- Un grand nombre d’enfants appartenant aux ménages dirigés par une femme ne suivent pas les cours à distance.

- La crise sanitaire a exacerbé les disparités en termes d’apprentissage et d’acquisition de connaissances parmi les enfants appartenant aux ménages dirigés par une femme par rapport à ceux dirigés par un homme.

- Les filles sont les premières à pâtir de l’annonce du report ou de l’annulation des examens.

- Les filles restent les plus assidues à suivre l’enseignement à distance.

III- Activité, revenus et contraintes financières : quelles différences de genre de l’impact de la crise sanitaire ?

- La crise sanitaire a impacté négativement la situation financière de nombreux ménages notamment ceux dirigés par une femme.

- La conciliation entre les tâches ménagères et l’activité professionnelle a été plus difficile pour les femmes en raison de la charge accrue des responsabilités au sein du foyer.

- La situation financière des femmes s’est détériorée lors de la crise sanitaire en raison de leur situation vulnérable sur le marché de travail.

IV- Les conditions générales de vie des ménages : quelles différences selon le genre du chef de ménage ?

- 54% des chefs de ménages femmes (CdM-F), appartenant à la catégorie des ménages "moyens et aisés", déclarent que l'indisponibilité de certains produits (farine, huile, sucre, légumes, légumineuses) est due à une faiblesse de l'offre contre seulement 25% pour les chefs de ménage hommes (CdM-H).

- Les femmes cheffes de ménages ont souffert, plus que leurs homologues hommes, de l’impact de la crise sanitaire sur leurs relations familiales, leur état psychologique et leur comportement.