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Travail des enfants : la lutte se poursuit dans une partie pas encore gagnée – Par Assia Makhlouf
Le constat est implacable. Selon les dernières estimations mondiales publiées en 2021, 160 millions d’enfants dans le monde sont toujours privés de leur droit fondamental à l’éducation, livrés aux travaux domestiques, agricoles ou industriels
En ce 12 juin, Journée mondiale contre le travail des enfants, le Maroc comme le reste du monde est invité à mesurer le chemin parcouru et celui qu’il reste à franchir. Derrière les chiffres et les stratégies, c’est une bataille éthique qui est livrée pour préserver l’enfance, garantir l’éducation et barrer la route à l’exploitation. L’engagement est fort, mais le fléau persiste. Et l’urgence demeure.
Par Assia Makhlouf
Un fléau mondial, un combat national
Le constat est implacable. Selon les dernières estimations mondiales publiées en 2021, 160 millions d’enfants dans le monde sont toujours privés de leur droit fondamental à l’éducation, livrés aux travaux domestiques, agricoles ou industriels. Une tragédie silencieuse que la Journée mondiale contre le travail des enfants vient chaque année rappeler aux consciences.
Placée cette année sous le thème « Les progrès sont visibles, mais il reste beaucoup à faire : accélérons nos efforts ! », cette journée sonne comme un appel collectif à l’action. Car si des avancées ont été réalisées, l’objectif 8.7 des Objectifs de développement durable (ODD), qui vise l’élimination du travail des enfants d’ici 2025, paraît hors d’atteinte sans une mobilisation accrue.
Au Maroc, ce combat n’est ni nouveau ni accessoire. Le Royaume a ratifié les principales conventions internationales sur le travail des enfants, et s’est doté d’une feuille de route ambitieuse à l’horizon 2030.
Une stratégie volontariste et intégrée
Pour éradiquer ce phénomène aux multiples facettes, le Maroc a structuré son action autour de trois axes : la prévention, la protection et la répression.
La feuille de route nationale s’appuie d’abord sur l’accélération de la prévention, en s’attaquant aux racines du problème : la pauvreté et l’abandon scolaire. Car derrière chaque enfant exploité se cachent souvent une famille en détresse, un accès défaillant à l’école, ou un tissu social fragilisé. Une partie qui est loin d’être gagnée en dépit de la régression de la pauvreté multidimensionnelle et l’entrée du Maroc dans le cercle des pays à développement humain élevé.
Pour y arriver, le Royaume promeut l’acquisition de compétences professionnelles adaptées pour les jeunes en âge de travailler légalement, afin de leur offrir des alternatives viables à l’exploitation.
Enfin, l’information et la sensibilisation restent essentielles pour changer les mentalités et briser les cercles vicieux de tolérance sociale envers le travail des mineurs.
Une vigilance constante sur le terrain
Sur le plan opérationnel, la stratégie sectorielle de lutte contre le travail des enfants repose sur deux piliers : le contrôle rigoureux de l’application des lois et le soutien actif aux associations engagées sur le terrain. Des actions sans doute utile, mais qui restent limitées par l’ampleur des besoins.
Les services de l’Inspection du travail multiplient les contrôles pour faire respecter autant que faire se peut les dispositions législatives et réglementaires en vigueur. En complément, des partenariats formalisés avec les ONG permettent de financer des projets de terrain, essentiels pour identifier les situations à risque et accompagner les enfants vers des solutions durables.
Sous la bienveillance royale, des mécanismes de suivi ont été instaurés pour veiller à l’application effective des conventions internationales ratifiées par le Maroc.
Cet engagement a d’ailleurs été salué par l’Organisation internationale du Travail (OIT), qui a désigné le Maroc pour organiser en 2026 la sixième Conférence mondiale sur l’élimination du travail des enfants. Un signal fort, et une reconnaissance du chemin parcouru, mais qui reste incontestablement à parfaire.
Un rendez-vous mondial, une responsabilité collective
Le Maroc sera ainsi le premier pays arabe à accueillir cette conférence de portée mondiale. Un honneur, mais surtout une responsabilité.
Car ce sommet doit permettre de dresser un bilan franc des progrès réalisés depuis la précédente conférence de Durban en 2022, et de redéfinir l’action collective à mener au-delà de 2030.
L’enjeu est d’autant plus crucial que, malgré la ratification universelle depuis 2020 de la convention sur les pires formes de travail des enfants, celle sur l’âge minimum reste encore en attente dans 11 pays membres. Le chemin vers l’universalité est donc inachevé.
En accueillant cette conférence, le Maroc confirme son choix irréversible en faveur de la protection des droits humains, de la justice sociale et du respect des normes internationales du travail. Sur le terrain, ce choix se confronte souvent aux réalités socio-économiques du pays.
L’enfance n’est pas négociable
Au fond, il ne s’agit pas seulement de respecter des traités ou de se conformer à des indicateurs de développement. Il s’agit de protéger ce qu’il y a de plus sacré : l’enfance.
Un enfant au travail est un enfant privé d’école, de jeu, de rêve. C’est un futur amputé avant même d’avoir commencé.
Le message du Maroc est clair : cette situation n’est ni acceptable ni tolérable. La lutte contre le travail des enfants est un combat moral autant que social. Et si les progrès sont réels, le fléau persiste. Il nous oblige à accélérer, à innover, à ne jamais relâcher la vigilance.
Car chaque enfant sorti de l’exploitation est une victoire. Et chaque enfant qui y sombre est une défaite pour nous tous.