Un livre de l'association Save Casablanca : Dar Baida ou Casanegra ?

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« Pourquoi cette ville... ne connaît-elle pas concrètement l'essor auquel aspirent les Casablancaises et les Casablancais ? Est-il raisonnable qu'elle reste à ce point un espace de grandes contradictions jusqu'à devenir l'un des modèles les plus faibles en matière de gestion territoriale. » Le Roi Mohammed VI

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Voici « Le Livre Noir de la Ville Blanche » que vient de publier ces jours-ci l'Association "Save Casablanca". Celle-ci s'est formée depuis prés d'une dizaine d'années autour d'un groupe citoyen à l'initiative de l'écrivaine Mouna Hachim. Il s'est beaucoup développé depuis, autour d'un réseau social à telle enseigne qu'il compte aujourd'hui plus de 250.000 membres. Qui dit mieux dans le tissu associatif ? 

Dans cette publication mixant les paroles, les témoignages et les photos de citoyens casablancais, est appréhendé, sous de multiples facettes, le bien-être des habitants de la capitale économique du Royaume. Accablant ! Qui peut encore parler de bien-être ? C'est de dégradation généralisée qu'il s’agi t- le mal-être...

Une « vox populi » qui gronde

C'est là, assurément, un brûlot ; il est l'expression, le lancement d'alerte d'une communauté se posant, légitimement, comme une "vox populi" qui gronde ; qui ne se résigne plus ; qui ne baisse pas les bras ; qui se mobilise - au fond, une nouvelle citoyenneté qui fait sa place ; qui veut se faire entendre : qui tonne et s'insurge. Tous les casablancais vivent cette situation ; mais c’est sans doute la première fois que vient des profondeurs cette lame de fond d'interpellation. De censure. Et de mise en accusation de tous les opérateurs et acteurs. Personne ne pourra tenter de s'absoudre ou de se défausser : tout le monde sait. 

La promotion de ce livre est servi opportunément, si l'on ose dire, par du factuel tout récent : celui de la nuit du 31 mars au 1er avril. Cette nuit-là, précisément, la pollution de l'air a été extrême avec un indice de 95 %. De quoi conforter le 5ème rang de Casablanca, depuis des années, comme étant la métropole la plus polluée au monde derrière Accra, Le Caire, Beyrouth et Katmandou. Ce qui est en cause c'est surtout le taux élevé de particules fines en suspension émises par la combustion de moteurs et d'émissions locales (transport, chauffage, chantiers,...). L'impact d'une telle situation est préoccupant, grave même. Ainsi, 12 % des enfants souffrent de l'asthme. A cela, il faut ajouter les troubles cardiovasculaires, les maladies respiratoires. Autant d'effets sur les personnes vulnérables (enfants, femmes enceintes, personnes âgée). Le cadre de vie n'améliore pas cet état des lieux. Alors que les organisations internationales retiennent un chiffre moyen d'espace vert de 10 m2 par habitant, à Casablanca ce chiffre est divisé par dix... Pollution de l'air donc mais de l'eau avec 440.000 m3 d'eaux usées non traitées déversées sur Casablanca - Settat, polluant les nappes phréatiques, les cours d'eau en surface et le littoral. Plus encore : les décharges sauvages qui sont une autre composante non maitrisée dans le Grand Casablanca. 

Question de gouvernance

Alors ? Que faire ? A quoi tient cette situation ? Pourtant Casablanca est le premier pôle économique et démographique du Royaume : 60 % des échanges commerciaux avec l'étranger, 30 % du réseau bancaire national, 38 % des unités industrielles, 50% de la valeur ajoutée et des investissements, 46% de la population active,... Question de gouvernance sans doute, avec tant de dysfonctionnements. De laisser-aller. Et de laisser faire. Ce n'est pas une fatalité devant laquelle il faut se résigner. Voici plus de sept ans, devant le Parlement, en octobre 2013, SM le Roi avait tiré la sonnette d’alarme : " Pourquoi cette ville... ne connaît-elle pas concrètement l'essor auquel aspirent les Casablancaises et les Casablancais ? Est-il raisonnable qu'elle reste à ce point un espace de grandes contradictions jusqu'à devenir l'un des modèles les plus faibles en matière de gestion territoriale". 

Vécu des citoyens

L'état des lieux est préoccupant ; la grande métropole économique n’arrive pas à surnager. Tous les secteurs sont pratiquement concernés : propreté, environnement, transport, occupation de 1'espace public, état des espaces verts, des chaussées et des trottoirs, assainissement... Voilà pourquoi il faut saluer le cri du cœur et l'indignation des auteurs de ce livre citoyen. Il n'entend pas être une charge contre la gestion de certains élus ; pas davantage, il ne veut pas être une sorte de programme alternatif en ces temps électoraux des prochains mois. C'est au vécu quotidien des citoyens qu'il s’intéresse, au ras de leur travail, de leur vie, de leurs loisirs. C'est une démocratie participative, encore balbutiante ailleurs, qui s'affirme et se fait entendre. Des centaines de photos ont été sélectionnées ; chacune d'entre elles a fait l'objet d'un coefficient exceptionnel de commentaires et de partages. Une prise de parole qui témoigne bien des aspirations non satisfaites et des difficultés d'un mode de vie tellement contraignant et problématique. 

Casablanca paraît pourtant en chantier avec des travaux en cours et qui ne finissent pas parce que d'autres, pas coordonnés, suivent. Il faudra bien s'atteler à une gouvernance tournant le dos à ce qui a conduit à cet état des lieux. Voilà un mode de développement urbain à l'ordre du jour. Il devrait être au cœur des débats lors de prochaine campagne électorale et régionale.