Université : entre diplômes monnayés, silence institutionnel, et cours subtilisés, Abdelaziz Tribak raconte son cas

Université : entre diplômes monnayés, silence institutionnel, et cours subtilisés, Abdelaziz Tribak raconte son cas

Tellement on aimeraient que ces joies ne soient pas faussées….

1
Partager :

Alors que le scandale du professeur d’Agadir éclate au grand jour, révélant un trafic présumé de diplômes universitaires contre espèces sonnantes, un autre dossier de plagiat longtemps étouffé refait surface. Derrière ces dérives, c’est toute une culture de l’impunité, du clientélisme et du mutisme académique qui gangrène l’enseignement supérieur marocain, menaçant l’éthique, l’excellence et la crédibilité des institutions. Témoignage accablant d’un professeur lésé et d’une université en décomposition silencieuse.

Le scandale d’Agadir : une pastèque qui éclate

L’affaire d’un professeur universitaire d’Agadir, accusé d’avoir monnayé des diplômes contre des sommes "respectables", a fait irruption dans l’actualité nationale. Si les faits doivent encore être vérifiés, l’ampleur de la rumeur, les antécédents et l’opacité du système posent question. Derrière l’indépendance affichée de l’Université, s’est installée une logique de vase clos, où l’Omerta est devenue la règle. Les étudiants, sans représentation forte, se trouvent désarmés face à certains enseignants déviants, soutenus par une corporation la plupart du temps solidaire dans le silence.

Laxisme, clientélisme et fuite des responsabilités

Face à ces faits, une question s’impose : qui protège les fraudeurs ? La lenteur des réponses, les versions manipulées, le silence des syndicats et l’indifférence ministérielle renforcent le sentiment d’impunité. L’enseignement public, déjà affaibli par une baisse de niveau généralisée, risque la déréliction si les autorités ne prennent pas les mesures fermes nécessaires. La complaisance tue, et le mutisme institutionnel devient complice.

Aujourd’hui, l’urgence est morale : rendre justice, restaurer la crédibilité de l’Université et protéger la jeunesse contre les marchands de diplômes et les escrocs de la connaissance.

Plagiat universitaire : le long silence autour d’un vol intellectuel

Ce scandale ravive aussi un autre dossier glaçant : celui de l’enseignant qui oppose Abdelaziz Tribak, Ecrivain et chercheur à son étudiant A Y, qu’il accuse d’avoir plagié ses cours, alors qu’il était professeur vacataire, pour construire une thèse de doctorat. L’auteur du contenu dérobé, aujourd’hui retraité, détaille la chronologie de faits : alertes, constitution de commissions, versions divergentes de la thèse, et surtout, une absence criante de réaction effective. Le dossier, bien que documenté selon l’auteur, reste enlise dans les couloirs administratifs, sans conséquence pour l’intéressé qui, entre-temps, a bénéficié d’un poste universitaire et d’une protection implicite de sa structure. En voici ce qu’en dit M. Tribak.

Chronique d’une fraude

Un petit rappel des faits s’impose…

L’affaire éclata le 11 février 2024, par un article intitulé « Un plagiat honteux perpétré par un professeur universitaire de Tétouan … S’étant emparé, des cours du professeur Tribak, il les a inclus dans sa thèse intitulée « la politique coloniale espagnole et son rapport avec la presse 1912-1956 ».

J’ai pris, alors, contact avec le doyen de la faculté des lettres à l’époque, Mustapha el Ghachi, pour le mettre au courant et lui fournir mes cours traduits de ma thèse et de mon livre sur le sujet. Aucun commentaire de sa part. La présidence de l’Université Abdelmalek Saâdi constitua une commission d’enquête sur cette thèse suite à l’article du site électronique « Banassa », une semaine après. Le 15 mars, je fus entendu par cette commission qui me dit ne compter que sur la version « officielle » fournie par le doyen le 19/02/2024, « soutenue et approuvée au titre de l’année universitaire 2018-19 ». Cette version « a été diminuée » de plus de 150 pages, m’a-t-on dit, suite au refus par les professeurs encadrants de la mouture 2016-17 qui était en ma possession et qui n’était, donc, pas « officielle ». J’ai alors informé la commission de l’existence officielle d’une vraie version définitive (Année universitaire 2018-19), à la bibliothèque de la faculté comportant 386 pages et le plagiat dénoncé. Les membres de la commission ont promis alors de la consulter. Chose faite.

Leurs conclusions selon une correspondance qui m’a été envoyée par la présidence (La traduction est de moi) :

« La thèse s’est diversifiée quantitativement et qualitativement (en ce qui concerne le nombre des pages et le contenu) ». En effet, selon la commission, en plus de « la version de 208 pages », année universitaire 2018-19, fournie par le doyen, il y a les passages concernant le plagiat fournis par mes soins, 2016-17, faisant partie d’un ensemble de 337 pages ; la version tirée de la plateforme d’emploi personnelle de Anas el Yamlahi, 2016-17 avec 336 pages ; la version portant le numéro 66 à la bibliothèque de la faculté, année 2016-17, 339 pages, fournie par le responsable de la bibliothèque de la faculté ;  la version portant le numéro 63 à la bibliothèque de la faculté, année 2018-19, 386 fournie par le responsable de la bibliothèque ; et la version déposée au CNRST, année 2018-19, 386 pages.

Pour cette raison, dit la correspondance, « la commission s’est trouvée dans l’impossibilité de tirer des conclusions claires concernant le degré du plagiat, et la présidence de l’université a envoyé une lettre demandant à l’administration de la faculté des lettres et des sciences humaines, et au professeur concerné, des explications de cette diversification ».

Impressionnant ! Mais comme je suis patient, j’ai relancé la présidence pour connaitre la suite et l’on m’informa (En juin 2024) que l’affaire était entre les mains de « la commission scientifique de la faculté des lettres » qui allait l’étudier et rédiger son rapport… Et j’ai attendu en ruminant un tas de questions ! Existe-t-il une version plus officielle que celle fournie au CNRST par la propre faculté suite à l’approbation de la soutenance en 2018-19 ? Version de 386 pages, donc conforme à celle officielle se trouvant à la bibliothèque de la faculté, et qui contient l’ensemble de la partie plagiée.

Comment expliquer la présence de la version 2016-17 sur la plate-forme personnelle de l’emploi de Anas el Yamlahi, alors que cette version avait été refusée (entre autres pour plagiat d’un autre auteur) et que la soutenance n’a eu lieu que deux ans après ?

Et puis d’où sort cette version « raccourcie » du doyen, de 208 pages, version qui n’a pas de numéro d’ordre officiel, qui ne se trouve ni à la bibliothèque de la faculté, ni au CNRST, ni sur la plate-forme personnelle de l’emploi de Anas el Yamlahi ?

Et me voilà une année après encore à attendre (j’espère que pas Godot)! Personne ne pourra dire qu’il n’y a pas eu plainte. Mais en fin de compte à quoi cela sert-il de se plaindre, si ce n’est à confirmer l’image d’impunité des fraudeurs ?

J’avais dénoncé par respect pour l’Université et l’Enseignement supérieur qui devrait être un tremplin pour les futures élites du pays. Je suis un retraité et mon travail « chipé » a déjà été sanctionné par un diplôme il y a environ 30 ans. Donc, je ne suis nullement en « concurrence » avec le fraudeur en question.

Au départ ce ne fut pas facile pour certaines personnes d’accepter cette fraude, car le tricheur avait pour lui sa jeunesse, son statut de membre des instances dirigeantes de l’Usfp à Tetouan, d’élu à la commune de Tetouan… A part un site électronique local, qui a largement couvert l’affaire, et un quotidien national, ce fut presqu’un black-out. Rien aussi du côté des associations spécialisées… ! Malheureusement pour le tricheur, ce scandale de plagiat a coïncidé avec son implication et sa condamnation à trois mois de prison ferme dans une affaire d’arnaque et d’escroquerie. Cela a fait son effet, même si le « silence » est resté de mise. Et puis, apparemment, au niveau du ministère de l’Enseignement Supérieur le temps a suspendu son vol.

Seulement, je ne compte pas lâcher prise, surtout avec ce nouveau scandale d’Agadir qui devrait inciter les pontes de l’Enseignement à montrer un semblant de fermeté contre la fraude. Car notre enseignement public, déjà mis à mal par une baisse de niveau endémique, risque de mourir par tant de laxisme devant la triche.

 Me concernant, je n’attends qu’une réponse officielle pour décider de la suite, clore le dossier s’il y a la sanction logique qui s’impose ou bien aller en procès contre toute la chaîne qui permet et couvre cette fraude.