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CAN 2025 : Des huitièmes sous haute la tension, exploit malien et confirmation sénégalaise - Par Hassan Zakariaa
Le défenseur tunisien n° 20 Yan Valery prend sa tête dans ses mains après que l'attaquant malien n° 17 Lassine Sinayoko signait in extrémis le but égalisateur de son équipe qui allait conduire aux prolongations et aux pénaltys lors du match de huitième de finale de la Coupe d'Afrique des nations contre Tunisie au stade Mohammed V de Casablanca, le 3 janvier 2026. (Photo par Paul ELLIS / AFP)
Par Hassan Zakariaa avec MAP et AFP
La Coupe d’Afrique des Nations Maroc 2025 a franchi un cap décisif avec un début des huitièmes de finale riches en suspense, en émotions et en récits contrastés. À Casablanca, le Mali a signé l’un des exploits majeurs du tournoi en éliminant la Tunisie au terme d’un combat âpre, héroïque et indécis jusqu’aux tirs au but. À Tanger, le Sénégal a confirmé son statut de favori en dominant un Soudan courageux, porté par l’émergence d’un prodige de 17 ans. Entre dramaturgie sportive, gestion mentale et ferveur populaire, la CAN entre pleinement dans sa zone de vérité.
Casablanca, une nuit de tempête et de nerfs pour Mali-Tunisie
Sous une pluie battante et dans une atmosphère électrique au Complexe sportif Mohammed V, le huitième de finale entre la Tunisie et le Mali a tenu toutes ses promesses en matière de tension et d’intensité. Peu spectaculaire dans le jeu, la rencontre s’est transformée en une bataille d’usure où le mental et la discipline ont pris le pas sur l’esthétique.
Dès l’entame, les duels ont été rugueux, parfois à la limite, et l’arbitre sud-africain Abongile Tom a rapidement sorti les cartons pour tenter de contenir l’engagement excessif. La Tunisie a perdu sur blessure son défenseur Dylan Bronn dès la 12e minute, tandis que le Mali a vu sa situation se compliquer brutalement à la 26e minute avec l’expulsion de Woyo Koulibaly, sanctionné pour une intervention jugée dangereuse sur Hannibal Mejbri.
Réduits à dix pendant plus d’une heure, les Aigles du Mali ont alors changé de registre. Bloc bas, solidarité extrême, discipline tactique et gestion des temps faibles sont devenus leurs seuls leviers face à une Tunisie en supériorité numérique mais longtemps stérile dans l’animation offensive.
Un scénario cruel pour la Tunisie, héroïque pour le Mali
Malgré une possession accrue et un contrôle territorial évident, les Aigles de Carthage ont peiné à se créer de véritables occasions franches. Le coaching de Sami Trabelsi, avec l’entrée de Firas Chaouat et Elias Saad, a fini par porter ses fruits à la 89e minute, lorsque Chaouat a ouvert le score d’une tête précise sur un centre d’Elias Saad.
À cet instant, la qualification tunisienne semblait acquise. Mais le football africain aime les renversements brutaux. Dans le temps additionnel, une main de Yassine Meriah dans la surface a offert un penalty au Mali, confirmé après intervention de la VAR. Lassine Sinayoko, meilleur buteur malien du tournoi, n’a pas tremblé et a égalisé à la 96e minute, plongeant le stade dans une stupeur totale.
Les prolongations ont prolongé le même scénario : domination tunisienne, résistance malienne, et un Djigui Diarra impérial dans ses cages. Le gardien malien, déjà décisif dans le jeu, a achevé son œuvre lors de la séance des tirs au but en repoussant deux tentatives tunisiennes, offrant au Mali une qualification mémorable (3-2).
Saintfiet exulte, Trabelsi assume
À l’issue de la rencontre, les discours des sélectionneurs ont reflété l’opposition émotionnelle du match. Côté tunisien, Sami Trabelsi n’a pas caché sa profonde déception. Il a reconnu une domination inefficace, un manque de lucidité dans les derniers instants et une défaillance mentale au moment crucial. Assumant la responsabilité de l’élimination, il a souligné la cruauté du scénario pour un groupe qui se voyait déjà en quarts de finale.
À l’inverse, le sélectionneur malien Tom Saintfiet a salué une prestation qu’il a qualifiée d’héroïque. Jouer à dix pendant plus de 90 minutes, encaisser un but à la 89e minute et trouver les ressources pour revenir puis triompher aux tirs au but relève, selon lui, d’une force mentale exceptionnelle. Il a insisté sur l’unité du groupe, la discipline collective et la capacité de ses joueurs à rester calmes dans l’adversité.
Le Sénégal répond présent à Tanger
Quelques heures plus tôt, au Grand Stade de Tanger, le Sénégal avait validé son billet pour les quarts de finale en s’imposant 3-1 face au Soudan. Le score final ne doit cependant pas masquer la résistance et l’organisation d’une équipe soudanaise accrocheuse, qui a surpris les Lions de la Teranga dès la 6e minute.
Amar Ibrahim a profité d’un moment d’inattention défensive pour ouvrir le score d’une frappe enroulée magistrale, faisant brièvement douter les champions d’Afrique en titre. Mais la réaction sénégalaise a été à la hauteur de son statut. Porté par une possession écrasante et une maîtrise collective affirmée, le Sénégal a progressivement étouffé son adversaire.
Pape Gueye a égalisé à la 29e minute d’une frappe puissante, avant de donner l’avantage aux siens juste avant la pause, à la conclusion d’un mouvement initié par Nicolas Jackson. Malgré deux buts refusés et un penalty annulé après VAR, les Sénégalais ont continué à imposer leur tempo.
Mbaye Ibrahim, 17 ans et déjà dans l’histoire
La seconde période a confirmé la supériorité sénégalaise, malgré une occasion nette manquée par le Soudan face à Edouard Mendy. Les changements opérés par Pape Thiaw ont apporté un souffle nouveau, et l’entrée d’Ibrahim Mbaye a marqué un tournant symbolique.
À seulement 17 ans, l’attaquant du Paris Saint-Germain a inscrit le troisième but sénégalais à la 77e minute, devenant le plus jeune buteur de la CAN au XXIe siècle. Son sang-froid et sa précision dans un angle fermé ont scellé le sort du match et inscrit son nom dans les annales du tournoi.
Ce contraste générationnel a été renforcé par une autre histoire marquante : l’expulsion de Woyo Koulibaly à la 26e minute du Mali-Tunisie, à 26 ans et avec le numéro 26. Une coïncidence presque romanesque, qui rappelle la part de hasard et de cruauté inhérente au football.
Le mental comme ligne de fracture
Après la victoire sénégalaise, le sélectionneur Pape Thiaw a insisté sur l’importance du mental dans les matchs à élimination directe. Encaisser un but précoce aurait pu déstabiliser son équipe, mais la réaction collective, la patience et la maîtrise émotionnelle ont permis de renverser la situation.
Du côté soudanais, Kwesi Appiah a salué la prestation de ses joueurs, estimant que son équipe pouvait sortir la tête haute après avoir tenu tête à l’un des favoris du tournoi. Il a mis en avant l’organisation tactique et l’engagement de ses joueurs, malgré l’élimination.
Des stades marocains en fusion
Au-delà des résultats, ces huitièmes de finale ont confirmé le rôle central du Maroc dans la réussite de cette CAN. À Casablanca comme à Tanger, les stades pleins, vibrants et populaires ont offert un décor à la hauteur de l’événement. La ferveur du public, sa diversité et son engagement ont transformé chaque rencontre en spectacle total.
La CAN 2025 entre désormais dans sa phase la plus intense. Le Mali défiera le Sénégal en quart de finale à Tanger, dans un choc qui opposera héroïsme collectif et puissance confirmée. Entre fatigue, lucidité et gestion des émotions, le tournoi bascule dans un football de vérité, où chaque détail peut devenir décisif.