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CAN-2025 : l’Afrique du Nord en force, des huitièmes très disputés en vue – Hassan Zakariaa
Le supporter de la République démocratique du Congo au stade El Madina de Rabat, le 30 décembre 2025 ne veut pas se faire remarquer, mais envoie un message en imitant ainsi Patrice Lumumba, premier Premier ministre du Congo indépendant en 1960. Figure emblématique de l’anticolonialisme africain, il incarna l’espoir de souveraineté nationale avant d’être assassiné en 1961, devenant un symbole durable de la lutte panafricaine. (Photo de SEBASTIEN BOZON / AFP)
Par Hassan Zakariaa avec MAP et AFP
La phase de groupes de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, organisée au Maroc, a livré un premier verdict riche d’enseignements. Les sélections d’Afrique du Nord ont globalement répondu présentes, validant leurs qualifications pour les huitièmes de finale. Le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et l’Egypte poursuivent l’aventure, chacun selon une trajectoire distincte, entre maîtrise, efficacité et parfois inquiétudes. Dans le même temps, d’autres poids lourds comme le Sénégal, le Nigeria, la Cote d’Ivoire, le Cameroun et l’Afrique du Sud ou la RD Congo ont affirmé leurs ambitions, tandis que des nations comme la Tanzanie ont écrit une page historique. À l’aube de la phase à élimination directe, la CAN entre dans sa zone de vérité. Le Soudan, qualifié meilleur troisième comme la Tanzanie offre un bol d’air au Soudan meurtri.
Le Maroc, autorité tranquille et ambitions assumées
Pays hôte de la compétition, le Maroc, après avoir donné des angoisses à ses supporters, a fini par bien négocier la phase de groupes en terminant en tête du groupe A avec sept points. Deux victoires maîtrisées face aux Comores et à la Zambie, entrecoupées d’un nul frustrant mais sans finalement sans conséquence contre le Mali, ont permis aux Lions de l’Atlas d’aborder la suite du tournoi avec sérénité. La large victoire face à la Zambie a servi de démonstration collective, tant sur le plan tactique que mental, dans un stade Prince Moulay Abdellah acquis à la cause nationale.
Au-delà du classement, le Maroc a affiché une profondeur d’effectif et une variété offensive qui renforcent son statut de favori. Brahim Diaz et Ayoub El Kaabi, auteurs de trois buts chacun, figurent parmi les meilleurs buteurs du tournoi, aux côtés de l’Algérien Riyad Mahrez. Leur efficacité illustre la capacité marocaine à faire la différence dans les moments clés, un critère décisif dans une compétition aussi exigeante.
Un huitième face à la Tanzanie, entre prudence et responsabilité
En huitièmes de finale, le Maroc affrontera la Tanzanie, qualifiée de manière historique en tant que meilleure troisième. Sur le papier, l’affiche semble déséquilibrée. Mais l’histoire récente de la CAN rappelle que les surprises naissent souvent dans ce type de confrontation. Pour les Lions de l’Atlas, l’enjeu sera de conjuguer sérieux, patience et réalisme face à un adversaire libéré, sans pression et porté par un exploit inédit.
Cette rencontre, programmée à Rabat, devra être abordée comme un test de maturité. Le Maroc, favori déclaré, sait que la phase à élimination directe ne tolère aucun relâchement. L’objectif est clair : transformer la domination affichée en phase de groupes en efficacité durable.
Algérie, efficacité précoce et regard tourné vers la RD Congo
L’Algérie a, de son côté, validé sa qualification pour les huitièmes de finale avant même la troisième journée. En battant le Burkina Faso, les Fennecs ont assuré la première place de leur groupe avec autorité. Portée par un Riyad Mahrez toujours décisif, la sélection algérienne a affiché une solidité collective et une discipline tactique qui en font l’un des candidats sérieux au titre.
Mais la suite s’annonce autrement plus exigeante. En huitièmes, l’Algérie croisera la route de la RD Congo, une équipe athlétique, expérimentée et portée par un jeu vertical redoutable. Ce choc s’annonce comme l’un des sommets de ce premier tour à élimination directe, opposant deux sélections aux ambitions assumées.
Tunisie, qualification dans la douleur et doutes persistants
À l’inverse du Maroc et de l’Algérie, la Tunisie a connu une phase de groupes plus laborieuse. Les Aigles de Carthage se sont qualifiés en concédant un match nul face à la Tanzanie lors de la dernière journée, un résultat suffisant mais révélateur des limites actuelles de l’équipe.
Dans une rencontre fermée, hachée et pauvre en rythme, la Tunisie a peiné à imposer son jeu. Le penalty transformé par Ismaël Gharbi avait donné l’avantage aux Tunisiens, rapidement annulé par l’égalisation tanzanienne en début de seconde période. Malgré quelques tentatives en fin de match, les hommes de Sami Trabelsi n’ont jamais réellement pris le contrôle des débats.
Deuxième de son groupe derrière le Nigeria, la Tunisie devra hausser considérablement son niveau face au Mali en huitièmes de finale. La qualification est acquise, mais la manière interroge, tout comme la capacité des Aigles de Carthage à rivaliser avec des blocs plus intenses et mieux structurés.
Tanzanie, une qualification historique qui bouleverse les repères
La Tanzanie a créé l’une des principales surprises de cette phase de groupes. Avec seulement deux points et une différence de buts négative, les Taifa Stars ont décroché leur première qualification pour les huitièmes de finale de la CAN. Un exploit inédit, rendu possible par le format du tournoi et par une discipline défensive remarquable.
Face à la Tunisie, les Tanzaniens ont fait preuve d’organisation, de solidarité et d’un réalisme à toute épreuve. Leur qualification constitue un symbole fort pour le football est-africain et rappelle que la CAN reste une compétition imprévisible, où la hiérarchie peut être bousculée.
Sénégal, puissance collective malgré une ombre au tableau
Le Sénégal a confirmé son statut en terminant en tête du groupe D après une victoire nette face au Bénin. Les Lions de la Téranga ont affiché une maîtrise progressive, combinant pressing haut, solidité défensive et efficacité offensive.
La rencontre a toutefois été marquée par un épisode marquant : l’expulsion de Kalidou Koulibaly, lors de sa centième sélection. Un carton rouge qui a assombri la soirée sénégalaise, sans toutefois remettre en cause le succès final. Réduits à dix, les Sénégalais ont su s’adapter et préserver leur avance, preuve de leur maturité collective.
Avec sept points et une différence de buts favorable, le Sénégal s’avance en huitièmes avec confiance, tout en sachant que la discipline sera un facteur clé pour la suite.
RD Congo, ambitions confirmées et duel explosif à venir
La RD Congo a validé son billet pour les huitièmes en dominant le Botswana avec autorité. Portés par un Gaël Kakuta inspiré, auteur d’un doublé, les Léopards ont affiché un jeu offensif structuré et une maîtrise technique qui en font un adversaire redoutable.
Deuxième du groupe D derrière le Sénégal au goal-average, la RDC affrontera l’Algérie en huitièmes de finale. Un choc aux allures de finale anticipée, opposant deux équipes solides, expérimentées et animées par une forte ambition continentale.
Nigeria, parcours sans faute et message clair
Le Nigeria a signé un parcours parfait en phase de groupes, concluant par une troisième victoire face à l’Ouganda. Même avec un effectif remanié, les Super Eagles ont dominé leur adversaire, s’appuyant sur une possession maîtrisée, une intensité constante et une efficacité offensive remarquable.
Raphaël Onyedika, auteur d’un doublé, a symbolisé la richesse du vivier nigérian, capable de maintenir un haut niveau de performance malgré les rotations. Leader du groupe C, le Nigeria s’avance en huitièmes avec l’étiquette d’équipe la plus régulière du premier tour.
L’Afrique du Sud un départ idéal et un avertissement immédiat
Face au Zimbabwe, l’Afrique du Sud a entamé la rencontre tambour battant, consciente qu’une victoire lui assurerait une qualification sans calcul. Dès la 7e minute, Tshepang Moremi a ouvert le score sur une frappe déviée qui a lobé le gardien zimbabwéen, concrétisant une entame volontaire et offensive.
Mais ce but précoce n’a pas entamé la détermination du Zimbabwe. Bien au contraire. À la 19e minute, Tawanda Maswanhise a remis les deux équipes à égalité d’un geste de grande classe, éliminant deux défenseurs avant d’ajuster une frappe croisée imparable. Un rappel brutal pour les Sud-Africains, qui allaient comprendre que le match ne serait ni simple ni linéaire.
La seconde période a basculé dans un scénario presque irréel, dominé par les approximations défensives et les cadeaux mutuels. Peu après la reprise, une mauvaise communication dans la défense zimbabwéenne a permis à Lyle Foster de redonner l’avantage aux Bafana Bafana (50e), inscrivant au passage son deuxième but dans cette CAN.
Sous pression et visiblement fébriles, les hommes de Hugo Broos ont finalement trouvé la faille sur penalty. Avec six points, l’Afrique du Sud termine deuxième du groupe B, derrière l’Égypte, déjà qualifiée et tenue en échec par l’Angola (0-0) lors de cette dernière journée. Les Bafana Bafana, troisièmes de la précédente édition, accèdent donc aux huitièmes de finale, mais sans réellement rassurer.
Le Zimbabwe sort la tête haute
Éliminé au terme de cette phase de groupes, le Zimbabwe quitte la compétition avec des regrets mais aussi des motifs de satisfaction. Discipline tactique, engagement et éclairs individuels, notamment de Maswanhise, ont permis aux Warriors de rivaliser jusqu’au bout. Leur élimination ne reflète pas totalement l’intensité et la générosité affichées, même si les erreurs défensives répétées leur ont coûté cher.
Une CAN qui monte en intensité et entre dans sa zone de turbulence
Cette qualification sud-africaine confirme une tendance lourde de la CAN-2025 : les écarts se réduisent, les statuts protègent peu et chaque erreur se paie cash. À mesure que la compétition avance, la marge d’improvisation se réduit. Pour les équipes qualifiées, l’heure n’est plus aux ajustements mais aux certitudes.
À l’issue de cette phase de groupes, un constat s’impose : la CAN-2025 tient ses promesses. Les favoris ont globalement répondu présents, mais sans écraser la concurrence. Les écarts se resserrent, les surprises émergent et chaque match à venir prendra des allures de finale.
Pour les sélections d’Afrique du Nord, le bilan est globalement positif. Quatre équipes qualifiées, des individualités en vue et des ambitions intactes. Mais la phase à élimination directe impose un changement de dimension. Désormais, il ne s’agit plus de bien jouer, mais de gagner.
La CAN quitte le terrain des certitudes pour entrer dans celui des choix, de la gestion des temps faibles et de la lucidité sous pression. Et c’est souvent là que se dessinent les destins continentaux.