Sport
CAN 2025 : Un match pour l’histoire et à une marche du sacre - Par Hassan Zakariaa
Le défenseur marocain n° 2 Achraf Hakimi qui revient de loin suite à sa blessure avec le PSG fond en larmes aprèsla victoire du Maroc contre le Nigeria en demi-finale de la Coupe d'Afrique des nations (CAN) au stade Prince Moulay Abdellah de Rabat, le 14 janvier 2026. (Photo : FRANCK FIFE / AFP)
Par Hassan Zakariaa avec MAP et AFP
Vingt-deux ans après sa dernière finale continentale et cinquante ans après son unique sacre, le Maroc est de retour au sommet du football africain. En dominant le Nigeria au terme d’une demi-finale haletante conclue aux tirs au but, les Lions de l’Atlas ont validé leur billet pour la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025. Un aboutissement logique au terme d’un parcours maîtrisé, exigeant et profondément symbolique pour une sélection portée par son public et par l’ambition de renouer avec l’histoire.

Superbe Yassine Bounou qui arrête un premier penalty tiré par l'attaquant nigérian n° 11 Samuel Chukwueze lors de la demi-finale de la Coupe d'Afrique des nations (CAN), puis un second d’un réflexe de la main droite venu d’ailleurs après les prolongations du match Nigeria - Maroc au stade Prince Moulay Abdellah de Rabat, le 14 janvier 2026. (Photo par FRANCK FIFE / AFP)
Une CAN à domicile placée sous le signe de l’attente
Dès l’annonce de l’organisation de la CAN 2025 au Maroc, les attentes ont été immenses. Le pays hôte, fort de ses infrastructures, de son public et d’une génération dorée révélée au monde lors du Mondial 2022, savait qu’il serait attendu au tournant. Pour les Lions de l’Atlas, l’objectif n’a jamais été dissimulé : aller au bout, transformer l’élan populaire en titre continental et refermer une longue parenthèse ouverte depuis 1976.
Sous la conduite de Walid Regragui, le Maroc a abordé la compétition avec une approche pragmatique, loin de l’exubérance. La priorité a été donnée à l’équilibre, à la solidité défensive et à la gestion des temps forts comme des temps faibles, dans un tournoi où la pression du pays hôte peut aussi devenir un fardeau.
Une phase de groupes gérée avec autorité
Dès les premiers matchs, les Lions de l’Atlas ont affiché leur sérieux. Sans forcément écraser leurs adversaires, ils ont imposé un rythme maîtrisé, une discipline collective et une capacité à faire la différence dans les moments clés. La défense, articulée autour de cadres expérimentés, a rapidement donné des garanties, tandis que le milieu de terrain s’est distingué par sa capacité à contrôler le tempo.
Cette phase de groupes a permis au Maroc de se qualifier sans frayeur, mais surtout de poser les bases de son identité dans ce tournoi: une équipe patiente, sûre de ses forces, capable d’attendre son moment sans se désunir.
Les matchs couperets, l’épreuve de la maturité
À partir des huitièmes de finale, la CAN est entrée dans une autre dimension. Chaque rencontre est devenue un test de caractère. Le Maroc a alors montré ce qui distingue les équipes prétendantes au titre: la constance. Sans panique, sans excès de confiance, les Lions ont franchi les tours les uns après les autres, en acceptant parfois de souffrir.
Dans ces rencontres à élimination directe, la profondeur de banc et la gestion physique ont joué un rôle déterminant. Walid Regragui a su maintenir un onze cohérent, en limitant les changements, misant sur la continuité et la confiance accordée à ses cadres.
Une demi-finale de haute intensité face au Nigeria
La demi-finale contre le Nigeria, mercredi soir à Rabat, restera comme l’un des sommets émotionnels de cette CAN. Face à une équipe nigériane triple championne d’Afrique et réputée pour son jeu offensif, le Maroc savait que la moindre erreur pouvait être fatale.
Dès l’entame, les Lions de l’Atlas ont imposé un pressing intense, cherchant à étouffer la relance adverse. Les occasions n’ont pas tardé, avec des tentatives de Saibari, Brahim Diaz ou El Kaabi, sans parvenir à tromper la vigilance du gardien nigérian. En face, les Super Eagles, privés de Wilfred Ndidi, ont tenté de répondre par des transitions rapides, mais se sont heurtés à un Yassine Bounou attentif, et donc infranchissable.
Le match, fermé mais intense, a progressivement basculé dans un bras de fer tactique. Ni le temps réglementaire ni les prolongations n’ont permis de départager les deux équipes. Dans un Stade Prince Moulay Abdellah incandescent, le destin s’est joué aux tirs au but.
Bounou, En-Nesyri et la mémoire du Qatar
La séance des tirs au but a ravivé des souvenirs récents. Comme face à l’Espagne lors du Mondial 2022, Yassine Bounou a endossé le rôle de héros. En stoppant deux tentatives nigérianes, il a offert au Maroc une qualification historique. Son deuxième d’un réflexe de la main droite alors qu’il était parti à gauche et que la balle venait sur le milieu de la cage a été tout simplement anthologique. Achraf Hakimi, impérial, a transformé son tir avec la même sérénité qu’au Qatar, tandis que Youssef En-Nesyri, autre héros de l’épopée mondiale, a assumé son rôle avec sang-froid.
Ce succès a marqué la revanche d’une génération qui refuse de voir son talent rester sans consécration continentale.
Une finale attendue depuis deux décennies
La qualification pour la finale a libéré une émotion contenue depuis longtemps. Battu en finale en 2004 par la Tunisie qui jouait chez elle et éliminé à domicile en demi-finale en 1988, le Maroc n’avait plus atteint ce stade depuis 22 ans. Cette fois, l’histoire offre une nouvelle chance.
Dimanche, les Lions de l’Atlas retrouveront le Sénégal, champion d’Afrique en 2022, vainqueur de l’Égypte en demi-finale. Un adversaire solide, expérimenté, conscient de ce que représente l’attente d’un titre continental.
Regragui, la culture de la gagne et l’esprit de groupe
Après la rencontre, Walid Regragui a insisté sur la dimension mentale de cette qualification. Pour le sélectionneur national, la réussite ne repose pas uniquement sur le talent, mais sur l’état d’esprit, la solidarité et la capacité à rester unis dans l’adversité. Il a salué l’engagement des joueurs, le travail du staff médical et le soutien indéfectible du public marocain.
Ce discours, fidèle à la ligne du technicien depuis sa prise de fonction, met en avant une vision collective du succès. Le Maroc ne gagne pas par individualités isolées, mais par un groupe soudé, discipliné et conscient de sa mission.
Un Walid Regragui salué par le sélectionneur nigérian Eric Chelle , estimant que les Lions de l’Atlas méritaient pleinement leur place en finale. Il a reconnu la pression imposée par le Maroc, la maîtrise collective et la capacité à tenir sur la durée, malgré la fatigue et les occasions manquées de son équipe. Chelle a également félicité l’organisation marocaine et le travail de Walid Regragui, voyant dans cette CAN une réussite pour le football africain.
Un public acteur du parcours
Impossible de dissocier le parcours des Lions de l’Atlas de l’élan populaire qui a accompagné chaque match. À Rabat comme dans les Fan Zones des autres villes, les tribunes ont porté l’équipe, transformant chaque rencontre en communion nationale. Cette ferveur, loin d’être un simple décor, a souvent été citée par les joueurs comme une source d’énergie supplémentaire.
Une dernière marche vers la consécration
Il reste désormais un dernier match, le plus important. Face au Sénégal, le Maroc jouera bien plus qu’une finale. Il jouera la possibilité de refermer un cycle d’attente, de confirmer son statut de grande nation du football africain et de graver cette génération dans la mémoire collective.
Quelle que soit l’issue, le parcours des Lions de l’Atlas dans cette CAN 2025 restera comme l’un des plus aboutis de leur histoire. Mais à l’approche de la finale, une conviction s’impose: le Maroc n’est plus seulement un candidat crédible. Il est à une victoire de devenir champion d’Afrique.