Sport
CAN Maroc-2025 : le football, fête culturelle, populaire et continentale
Dans la vieille ville de Rabat, le 9 janvier 2026, avant le match de quart de finale de la Coupe d'Afrique des nations (CAN) de football opposant le Maroc au Cameroun. (Photo de SEBASTIEN BOZON / AFP)
Par Hassan Zakariaa avec Karima El Othmani, Houdaifa EL HAJJAM et Kawtar Chaat de MAP
Au Maroc, la Coupe d’Afrique des Nations 2025 dépasse largement le cadre du terrain et du score final. Dans les stades, les Fan Zones, les villages culturels, les circuits touristiques et jusque dans les coulisses de l’organisation, la CAN s’impose comme un événement total, mêlant sport, musique, création, hospitalité et engagement humain. Une édition où le ballon rond devient le catalyseur d’une célébration africaine multicolore, portée par les cultures, les sons et les visages du continent.
Une bande-son africaine au cœur des stades

Un supporter sénégalais applaudit avant le match de quart de finale de la Coupe d'Afrique des nations (CAN) entre le Mali et le Sénégal au Grand Stade de Tanger, le 9 janvier 2026. (Photo par Abdel Majid BZIOUAT / AFP)
Dès les premières rencontres, la CAN Maroc-2025 s’est distinguée par une atmosphère sonore et visuelle singulière. Dans les tribunes, les chants des supporters, portés par des tambours, djembés, balafons et tamas, transforment chaque match en rituel collectif. Le tama, surnommé tambour parlant, dialogue avec le jeu et accompagne les moments forts, traduisant encouragements, tension et euphorie. Le djembé impose le tempo, scande les refrains et fédère les foules. À ces instruments ancestraux s’ajoutent cornes, sifflets et cloches, créant une vibration continue qui fait des enceintes sportives de véritables scènes populaires. Cette ferveur sonore renforce l’intensité des matchs et rappelle que, en Afrique, le football est indissociable de la musique et de la célébration.
Fan Zones et villages culturels, la CAN hors des stades
En parallèle des rencontres, les Fan Zones installées dans plusieurs villes prolongent l’expérience footballistique par des animations artistiques et musicales. À Casablanca, le Village This is Africa, installé sur la place Rachidi, s’est imposé comme l’un des symboles de cette CAN culturelle. Pensé comme une agora africaine à ciel ouvert, le site conjugue retransmissions de matchs, concerts, artisanat et gastronomie. Selon Mohamed Jouahri, directeur général de Casa Events & Animation, le village incarne un prolongement vivant de la compétition, ancré dans la ville et ouvert à tous. Ici, le football devient un prétexte fédérateur pour célébrer la diversité africaine et renforcer le sentiment d’appartenance continentale. Jeunes, familles, diasporas et visiteurs étrangers s’y côtoient dans une ambiance inclusive, donnant corps à un dialogue interculturel concret.
Artisanat, gastronomie et économie créative à l’honneur
Au fil des allées du Village This is Africa, l’Afrique se raconte à travers ses savoir-faire. Des exposants venus de plus de vingt pays présentent objets artisanaux, textiles, sculptures et spécialités culinaires. Chaque stand devient un espace d’échange, où l’acte d’achat se double d’un récit et d’une transmission culturelle. Malgré des conditions climatiques parfois difficiles, la dynamique reste positive pour les artisans et restaurateurs, soutenus par une fréquentation constante. L’instauration d’un système de paiement cashless permet de mesurer les retombées économiques et de confirmer l’impact de la CAN sur l’économie créative locale et continentale. Cette dimension économique souligne que la fête culturelle est aussi un levier de développement.
La musique comme langage universel de la CAN

Les supporters ivoiriens lors du match de football des huitièmes de finale de la Coupe d'Afrique des nations (CAN) entre la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso au Grand Stade de Marrakech, le 6 janvier 2026. (Photo par FRANCK FIFE / AFP)
Sur les scènes des Fan Zones, les sonorités traditionnelles marocaines, notamment gnawa, côtoient les rythmes de l’Afrobeats, du reggae et de la musique urbaine. Concerts, jam-sessions et performances improvisées transforment les espaces publics en scènes ouvertes. Cette programmation illustre la vitalité musicale du continent et son aptitude à conjuguer héritage et modernité. La musique s’invite également dans les coulisses des équipes. Dans les vestiaires, les joueurs s’appuient sur des playlists mêlant sons traditionnels et contemporains pour se préparer mentalement. Ces rituels, faits de danses et de chants, témoignent du rôle central de la musique dans la motivation et la cohésion des groupes.
Les héros discrets de la fête : agents de propreté et travailleurs de l’ombre
Derrière l’effervescence, une armée silencieuse veille au bon déroulement de la CAN. Les agents de propreté des stades travaillent dès l’aube et jusque tard dans la nuit pour maintenir les enceintes impeccables. Tribunes, sanitaires, zones mixtes et abords des stades sont nettoyés avec rigueur, souvent en quelques heures seulement après le départ des supporters. Leur travail, invisible mais essentiel, contribue directement à l’image du Maroc en tant que pays hôte organisé et accueillant. Pour ces femmes et ces hommes, participer à la CAN est une source de fierté, un engagement vécu comme une contribution personnelle à la réussite de l’événement continental.
Des tribunes aux médinas, la CAN comme porte d’entrée touristique
La CAN 2025 agit également comme un puissant catalyseur touristique. Entre deux matchs, les supporters venus d’Afrique et d’ailleurs découvrent le Maroc au-delà des stades. Médinas historiques, villes impériales, montagnes de l’Atlas, oasis du Sud et portes du désert figurent parmi les destinations les plus prisées. Les agences de voyages enregistrent un engouement marqué pour des formules combinant football et découverte culturelle. Conçus pour s’adapter au calendrier de la compétition, ces circuits offrent une immersion complète dans l’âme marocaine. Guides et restaurateurs ajustent leurs horaires, tandis que les ruelles des villes résonnent de langues venues des quatre coins du continent.
Une hospitalité marocaine mise à l’épreuve et confirmée
Dans les riads, hôtels et maisons d’hôtes, les témoignages convergent. Les supporters découvrent une hospitalité chaleureuse et une richesse culturelle souvent inattendue. Beaucoup prolongent leur séjour ou envisagent de revenir, séduits par l’architecture, la gastronomie et le mode de vie. Cette dynamique profite aux artisans et commerçants locaux, dont les échoppes connaissent une affluence soutenue. Tapis, poteries, cuir et bijoux deviennent autant de souvenirs tangibles d’un séjour marqué par la convivialité et le partage.
La CAN comme vitrine de la capacité organisationnelle du Maroc
Au-delà de la fête populaire, la CAN Maroc-2025 envoie un message fort à la communauté internationale. Selon Bakary Sambe, président du Timbuktu Institute à Dakar, l’organisation de cet événement démontre la capacité du Royaume à accueillir des manifestations d’envergure mondiale. Dans son analyse consacrée au Maroc africain, il souligne que la CAN s’inscrit dans une vision stratégique globale, portée par des infrastructures modernes, des partenariats continentaux et une diplomatie active. Stades rénovés, aéroports performants et réseau ferroviaire à grande vitesse illustrent cette montée en puissance et préfigurent l’ambition partagée de l’organisation de la Coupe du Monde 2030.
Une africanité assumée et un rôle de puissance-pont

Les supporters du Burkina Faso lors du match de huitièmes de finale de la Coupe d'Afrique des nations (CAN) entre la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso au Grand Stade de Marrakech, le 6 janvier 2026. (Photo de FRANCK FIFE / AFP)
Pour Bakary Sambe, le Maroc incarne aujourd’hui une puissance-pont, enracinée dans son africanité tout en jouant un rôle de liaison entre l’Afrique, l’Europe et le reste du monde. La CAN 2025 devient ainsi un outil de soft power, mettant en scène une Afrique capable d’organiser, de créer et de se projeter. Cette africanité consciente et assumée place le Royaume au cœur d’un projet continental fondé sur la coopération, le développement partagé et la valorisation du potentiel humain africain.
Une fête populaire aux multiples visages
Des tribunes enflammées aux villages culturels, des circuits touristiques aux coulisses logistiques, la CAN Maroc-2025 se révèle comme une expérience globale. Le football y dialogue avec la musique, l’artisanat, le tourisme et l’engagement humain. Chaque match devient une scène, chaque ville hôte un carrefour d’échanges. En conjuguant passion sportive et expressions culturelles, le Maroc offre une édition où l’Afrique se raconte à elle-même et au monde, dans toute sa diversité et sa créativité.