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CAN, mémoire d’un continent : soixante-dix ans d’épopées, de renversements et de gloires africaines
En 1988, Casablanca voit le Cameroun décrocher son deuxième titre. Le Maroc, qui venait d’être le premier pays africain à accéder aux huitièmes de Finale en coupe du Monde, au Mexique en 1986, et qui espérait son deuxième titre à domicile doit se contenter d’une quatrième place
À la veille de la 35e Coupe d’Afrique des Nations organisée au Maroc, un regard rétrospectif sur près de sept décennies de compétition révèle bien plus qu’un palmarès sportif. La CAN est un miroir de l’histoire politique, culturelle et sociale du continent. De 1957 à nos jours, elle a couronné des générations, révélé des nations, renversé des hiérarchies, accompagné des indépendances et offert au monde un théâtre d’émotions, d’exploits et de symboles durables. Retour sur les moments forts qui ont bâti la légende du football africain.
Aux origines : l’Égypte ouvre la voie et impose son règne
Née en 1957 au Soudan, la CAN s’impose d’emblée comme un terrain de confirmation pour l’Égypte, déjà puissance footballistique du continent. Les Pharaons dominent les deux premières éditions : un premier sacre acquis face à l’Éthiopie après avoir éliminé le pays hôte, puis une deuxième couronne obtenue en 1959 lors d’un mini-championnat organisé au Caire.
En finale 1957, l’Égypte s’impose 4-0 face à l’Éthiopie, répétant un scénario déjà vu un an plus tôt en amical. Cette supériorité se confirme en 1959, où les Égyptiens battent leurs voisins soudanais dans les derniers instants. Ces premières éditions installent l’Égypte comme la référence d’un continent en pleine affirmation sportive, culturelle et politique.
1962 : l’Éthiopie renverse l’histoire sur son sol
Après deux revers cuisants face aux Égyptiens, les Éthiopiens obtiennent leur revanche lors de la CAN 1962 organisée à Addis-Abeba. Portée par une ferveur populaire exceptionnelle, la sélection locale élimine la Tunisie puis retrouve l’Égypte en finale. Au terme d’un duel intense, prolongé pour la première fois dans l’histoire de la compétition, l’Éthiopie s’impose 4-2. Ce triomphe, longtemps attendu, marque l’entrée de la CAN dans une nouvelle phase : celle d’un tournoi où l’avantage historique ne garantit plus la victoire.
L’ère ghanéenne : les Black Stars façonnent une identité
Accra accueille la CAN 1963 et inaugure l’une des périodes les plus flamboyantes du tournoi. Le Ghana, porté par une génération talentueuse et une préparation rigoureuse face aux grands clubs européens, domine tous ses adversaires après un premier faux pas contre la Tunisie. En finale, les Black Stars balayent le Soudan 3-0 grâce à un jeu offensif inspiré du 4-2-4 brésilien.
Deux ans plus tard, en Tunisie, le Ghana confirme son statut. Son football spectaculaire impressionne, même face à une sélection tunisienne tenace. Les Ghanéens décrochent un deuxième titre consécutif après un combat acharné en prolongations. Cette période installe durablement les Black Stars comme une puissance continentale.
1968-1974 : l’émergence des nations conquérantes
La CAN 1968 en Éthiopie marque l’arrivée d’un nouvel acteur ambitieux : le Congo-Kinshasa. Les Léopards privent le Ghana d’un troisième sacre consécutif, frappant un grand coup contre une hiérarchie jusque-là dominée par quelques nations.
Deux ans plus tard, le Soudan, l’un des fondateurs de la compétition, triomphe enfin devant son public. Après une qualification arrachée in extremis puis une victoire en demi-finale contre l’Égypte, les Soudanais battent le Ghana en finale et décrochent un titre historique, non sans polémique arbitrale.
En 1972, le Congo-Brazzaville crée, à son tour, la sensation. Outsiders dans un groupe dominé par le Maroc, le Soudan et le Zaïre, les Diables Rouges déjouent les pronostics, éliminent le Cameroun puis remportent une finale haletante contre le Mali, portée par un duo M’Bono-M’Pele inspiré.
En 1974, le Zaïre réaffirme sa suprématie continentale, deux ans avant sa participation historique à la Coupe du Monde en Allemagne. Le pays, alors en plein essor footballistique, remporte son deuxième titre et installe durablement la RD Congo dans la légende africaine.
1976 : le Maroc conquiert l’Afrique et entre dans l’histoire
L’édition 1976, disputée en Éthiopie, reste l’un des moments fondateurs du football marocain. Après un premier tour maîtrisé, les Lions de l’Atlas affrontent la Guinée lors d’un dernier match décisif. Menés au score, ils s’en remettent à un tir foudroyant du défenseur Ahmed Megrouh, dit Baba, pour égaliser à deux minutes de la fin. Ce but scelle le premier – et unique à ce jour – sacre continental du Maroc.
Cette génération dorée inscrit le Royaume dans la mémoire du football africain et fait naître une ferveur qui marque encore aujourd’hui les supporters.
1978-1984 : le Ghana revient, le Nigeria surgit, le Cameroun s’installe
En 1978, le Ghana confirme une fois encore qu’il est difficile de battre un pays hôte. Les Black Stars remportent leur troisième titre, imposant leur football face à l’Ouganda en finale.
Deux ans plus tard, en 1980, le Nigeria explose sur la scène continentale. Devant plus de 100 000 spectateurs à Lagos, les Aigles Verts survolent la compétition et s’imposent en finale face à l’Algérie. Le Maroc, jeune équipe pleine de promesses, décroche une médaille de bronze grâce à des talents émergents comme Badou Zaki.
La CAN 1982 à Tripoli marque le retour du Ghana, emmené par Abedi Pelé. Pour la première fois, une finale se décide aux tirs au but, un exercice que les Ghanéens maîtrisent mieux que la Libye (7-6). Cette édition introduit également une innovation majeure : la possibilité d’aligner des joueurs professionnels, ce qui transformera profondément le niveau des sélections africaines.
En 1984, le Cameroun s’impose avec autorité à Abidjan. Après une Coupe du Monde 1982 remarquable, les Lions Indomptables décrochent leur premier titre continental en battant le Nigeria 3-1 en finale. Une nouvelle puissance africaine est née.
1986-1992 : l’Égypte renaît, le Cameroun confirme, l’Algérie s’affirme, la Côte d’Ivoire émerveille
En 1986, Le Caire accueille une CAN placée sous le signe de la revanche. L’Égypte attendait un sacre depuis 27 ans et ne laisse pas passer l’occasion, s’imposant en finale contre le Cameroun lors d’une séance de tirs au but tendue. Le Maroc, lui, quitte la compétition avec le sentiment d’avoir été lésé par une erreur arbitrale.
En 1988, Casablanca voit le Cameroun décrocher son deuxième titre. Emmanuel Kundé transforme le penalty victorieux face au Nigeria et confirme l’essor d’une génération qui marquera la Coupe du Monde 1990.
En 1990, l’Algérie triomphe sur ses terres. Sous la conduite de Rabah Madjer, Lakhdar Belloumi et Djamel Menad, les Fennecs réalisent un parcours impressionnant, battant tour à tour la Côte d’Ivoire, l’Égypte et le Nigeria.
En 1992, la Côte d’Ivoire écrit l’une des plus belles pages de la compétition. Peu favoris, les Éléphants s’appuient sur un gardien exceptionnel : Alain Gouaméné. Après une demi-finale héroïque contre le Cameroun, la finale contre le Ghana se transforme en marathon : 11-10 aux tirs au but, un record. La Côte d’Ivoire entre alors dans le cercle des champions.
Intertitre
1994-1998 : l’âge d’or nigérian, l’avènement sud-africain, le retour égyptien
En 1994 en Tunisie, le Nigeria porte haut les couleurs d’une génération exceptionnelle : Okocha, Amokachi, Amunike, Yekini. La finale face à la Zambie, endeuillée par un tragique accident d’avion, donne lieu à une démonstration de caractère des Super Eagles, vainqueurs 2-1. Cette équipe poursuivra sa légende aux JO d’Atlanta en 1996.
En 1996, l’Afrique du Sud, récemment réintégrée dans la communauté internationale après l’Apartheid, organise la CAN et la remporte dès sa première participation. Les Bafana Bafana s’imposent comme un symbole d’unité et de renaissance nationale.
En 1998, l’Égypte renoue avec la victoire au Burkina Faso, sous la direction du légendaire Mahmoud Al-Gohary. Les Pharaons égalent alors le Ghana avec quatre titres, grâce à un parcours solide malgré un revers initial face au Maroc. (Quid avec MAP)