Champion du monde de football à 18 ans : une victoire à hauts risques - Par Dr Anwar Cherkaoui

Champion du monde de football à 18 ans : une victoire à hauts risques - Par Dr Anwar Cherkaoui

L'entraîneur des Lionceaux de l’Atlas, Mohamed Ouahbi, et l'attaquant n° 21, Yassir Zabiri, célèbrent leur victoire lors de la finale de la Coupe du monde de football U-20 de la FIFA 2025 entre l'Argentine et le Maroc au stade national de Santiago, le 19 octobre 2025. (Photo de Javier TORRES / AFP)

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Être champion du monde à 18 ans n’est pas seulement un triomphe : c’est une épreuve. Les Lionceaux de l’Atlas, auréolés d’un titre mondial historique, entrent brutalement dans une nouvelle dimension où la gloire, l’argent et la pression se mêlent. Entre vertige du succès et construction de l’identité, ces jeunes héros du football marocain doivent désormais apprendre à durer. Dr Anwar Cherkaoui détaille pourquoi le défi n’est plus seulement sportif : il est psychologique, éducatif et humain. Préserver cette génération, c’est préparer la victoire de 2030.

Dr Anwar Cherkaoui

Expert en communication médicale et journalisme de santé

 Comment protéger nos Lionceaux du vertige du succès avant 2030. Ils ne sont encore que des adolescents.  À peine sortis des terrains de l’académie ou de la ligue 2 dans des clubs européens, les voici champions du monde U20, acclamés par des millions de supporters à travers l’univers réel et fictif. 

Leur vie a basculé en quelques semaines.

Gloire, projecteurs, argent, promesses de carrière fulgurante. Une ascension aussi rapide peut fragiliser les équilibres psychologiques intérieurs.  À 18 ans, le cerveau émotionnel domine encore les décisions.

Comme le rappelle le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, l’adolescence demeure une période où l’identité est en construction, ce qui rend les jeunes champions particulièrement vulnérables au vertige du succès.

 L’histoire du football mondial regorge de talents précoces qui ont tout perdu.

Adriano, effondré après des drames personnels.

Mario Balotelli, noyé sous les excès et l’indiscipline.

Hatem Ben Arfa, incapable de transformer son génie sur la durée.

Paul Gascoigne, rattrapé par l’alcool.

Ronaldinho, autrefois sourire du football, aujourd’hui empêtré dans les difficultés financières et judiciaires.

Autant de destins qui rappellent que le talent ne suffit jamais.

Le psychologue du sport Thomas Fawcett résume parfaitement cette fragilité : « Le succès prématuré est un choc identitaire. Si le joueur ne sait pas qui il est sans le football, il ne saura jamais qui il est avec. »

Pour le Maroc, l’enjeu dépasse ces médailles dorées.  L’horizon s’appelle 2030, la Coupe du Monde à domicile.  Certains de ces jeunes doivent devenir, dans six ans, les leaders de la sélection nationale.  Les préserver aujourd’hui permet de les élever demain.

Cela exige un dispositif complet, mêlant soutien mental, encadrement humain et gestion responsable de la carrière.

Le staff médical possède un rôle central. Le psychiatre Christophe André insiste sur un principe évident : aucune performance durable n’existe sans santé psychique.

Les psychologues du sport, s’ils existent au Maroc, doivent accompagner ces jeunes dans la gestion de la notoriété, prévenir les dérives liées à l’argent et aux réseaux sociaux, détecter au plus tôt anxiété ou dépression.  L’écoute, la confidentialité, la régularité des suivis représentent des armes essentielles pour éviter le burnout ou les addictions.

Le coach et son staff ont la responsabilité de former non seulement des joueurs, mais des hommes équilibrés. Une autorité juste, une vision éducative et un discours qui valorise le collectif permettent de tempérer les excès de confiance et d’éviter les conflits internes qui ont déjà freiné bien des talents prometteurs.

La Fédération Royale Marocaine de football (FRMF) et l’administration sportive doivent, elles aussi, agir en rempart. Agences, sponsors, médias, contrats commerciaux, réseaux d’influence peuvent se transformer en piège. Un encadrement strict des sollicitations et des engagements financiers est nécessaire afin de protéger les joueurs des dérives et des pressions extérieures.

Le football professionnel attire autant les opportunités que les prédateurs. Mais c’est avant tout au joueur lui-même d’apprendre l’art de la patience. Un expert du Real Madrid résume cette philosophie : le succès n’est pas un ascenseur, mais un escalier. Monter marche après marche reste la meilleure garantie d’arriver le plus haut possible. Garder la tête froide, travailler quotidiennement, éviter les provocations médiatiques, gérer son argent avec prudence : ces comportements façonnent les grands champions.

La famille représente également une protection essentielle. Elle doit soutenir, encourager, stabiliser. Elle ne doit jamais chercher à profiter de la réussite naissante au risque de fragiliser le joueur.

Devenir champion du monde à 18 ans est une chance immense. Préserver ce statut, en faire un tremplin vers une grande carrière, constitue un défi bien plus complexe.

Le Maroc, aujourd’hui, possède une génération exceptionnelle. Pour qu’elle le reste demain, il faut la protéger. La prochaine victoire ne se jouera pas seulement sur la pelouse. Elle se jouera aussi dans les coulisses, dans les choix de vie, dans la force mentale.

La Coupe du Monde 2030 sera un rendez-vous historique. Le rêve est à portée de main. Encore faut-il que ceux qui sont appelés à l’écrire gardent les pieds sur terre et le regard tourné vers l’avenir.

Le match le plus délicat commence maintenant, pour gagner demain.

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