Sport
Il était une fois les mondial(s) : De Pelé à Wembley
Le plus grand footballeur de tous les temps, Edson Arantes do Nascimento, Pelé pour le foot, triple vainqueur de la Coupe du monde avec le Brésil (1958, 1962, 1970), pose le 8 août 1987 à Paris aux côtés de deux figurants lors du tournage d'un spot publicitaire pour la société française de paris (Photo de Michel Clément / AFP)
Quid avec MAP
Entre 1958 et 1966, la Coupe du monde connaît plusieurs tournants majeurs qui marquent durablement l’histoire du football. L’émergence de Pelé, le record toujours inégalé de Just Fontaine, le sacre du Brésil sans sa star en 1962 et l’unique titre mondial de l’Angleterre en 1966 façonnent une période où le football international gagne en intensité, en popularité et en dimension symbolique. Ces éditions restent également associées à certaines des attaques les plus prolifiques jamais vues dans un Mondial.
1958, la naissance d’un roi et l’exploit de Just Fontaine

La légende du football brésilien Pelé (à gauche) est présenté à la top-modèle Adriana Karembeu (à droite) par son mari, l'ancien footballeur français Christian Karembeu (au centre), avant le tirage au sort final de la Coupe du monde de la FIFA 2006 à Leipzig, le 9 décembre 2005. (Photo AFP)
La Coupe du monde 1958 organisée en Suède occupe une place particulière dans l’histoire du football. Cette édition voit à la fois l’éclosion spectaculaire d’un adolescent brésilien promis à devenir une légende mondiale et l’établissement d’un record offensif qui résiste encore au temps.
Le Brésil arrive en Suède avec une génération talentueuse, mais sans véritable couronne mondiale. Malgré son potentiel technique reconnu, la Seleção reste marquée par les échecs précédents, notamment la désillusion du Mondial 1950 perdu à domicile face à l’Uruguay. En 1958, le football brésilien affiche pourtant une identité nouvelle : un jeu offensif, rapide, créatif et porté vers l’attaque.
Au cœur de cette transformation apparaît un jeune joueur de 17 ans : Pelé. Encore peu connu au début du tournoi, il devient rapidement l’attraction majeure de la compétition. Après avoir marqué un but décisif contre le pays de Galles en quart de finale, il explose véritablement en demi-finale face à la France en inscrivant un triplé.
La finale oppose le Brésil au pays hôte, la Suède, dans un climat de forte tension. Les Scandinaves ouvrent rapidement le score, mais les Brésiliens reprennent progressivement le contrôle du match grâce à leur maîtrise technique et leur capacité à accélérer le jeu. Le Brésil s’impose finalement 5-2 et décroche sa première Coupe du monde.
Pelé marque deux buts lors de cette finale et impressionne par son aisance technique, son sang-froid et sa maturité malgré son jeune âge. Son talent symbolise une nouvelle manière de concevoir le football : plus fluide, plus spectaculaire et davantage centré sur la créativité individuelle. Cette victoire marque le début de l’ascension du Brésil comme grande puissance mondiale du football.
Mais le Mondial suédois reste aussi associé à l’exploit offensif de Just Fontaine. L’attaquant français réalise une performance unique dans l’histoire de la compétition avec 13 buts inscrits en seulement six rencontres. Aucun joueur n’a réussi à dépasser ce total depuis.
L’équipe de France, conduite notamment par Raymond Kopa, atteint les demi-finales et termine à la troisième place. Fontaine se distingue par sa régularité, son sens du placement et son efficacité devant le but. Son quadruplé contre l’Allemagne de l’Ouest lors du match pour la troisième place reste l’un des grands moments offensifs du tournoi.
La Coupe du monde 1958 devient ainsi l’un des épisodes les plus emblématiques de l’histoire du football. Elle associe la naissance d’une icône mondiale à une performance statistique toujours inégalée.
1962, Garrincha porte le Brésil au sommet

Bien avant la naissance de Ronaldo et Messi, un génie brésilien fascinait déjà les foules : Garrincha qui faisait exploser les défenses sur les deux ailes et contribua au sacre du Brésil lors des Coupes du monde de 1958 et 1962 est considéré comme l’un des pionniers et des plus grands artistes du dribble.
Quatre ans plus tard, la Coupe du monde se déroule au Chili dans des conditions particulières. Le pays sud-américain organise la compétition deux ans après un violent séisme qui avait fortement endommagé plusieurs infrastructures. Malgré ces difficultés, le Chili réussit à accueillir le tournoi et transforme cette édition en symbole de résilience nationale.
Le Brésil arrive comme champion du monde en titre et principal favori. La Seleção possède encore une génération exceptionnelle emmenée par Pelé, mais le tournoi prend rapidement une tournure inattendue.
Dès le deuxième match de la phase de groupes contre la Tchécoslovaquie, Pelé se blesse musculairement et doit renoncer au reste de la compétition. Cette absence semble alors fragiliser considérablement les chances brésiliennes. Pourtant, un autre joueur va prendre les commandes de l’équipe : Garrincha.
Ailier droit au style atypique, Garrincha fascine par ses dribbles imprévisibles et sa capacité à déséquilibrer les défenses adverses. Son influence dépasse largement les statistiques. Il devient le moteur offensif du Brésil et le véritable leader technique de la Seleção durant ce Mondial.
En quart de finale contre l’Angleterre, Garrincha inscrit deux buts décisifs et qualifie son équipe. Il récidive en demi-finale contre le Chili avec un nouveau doublé dans un match particulièrement tendu. À travers ses accélérations, ses changements de direction et sa créativité, il incarne le football brésilien dans sa version la plus spectaculaire.
La finale oppose le Brésil à la Tchécoslovaquie. Menés au score, les Brésiliens réagissent avec maîtrise et renversent la rencontre pour s’imposer 3-1. Malgré l’absence de Pelé, le Brésil conserve son titre mondial grâce à un collectif expérimenté et à l’influence déterminante de Garrincha.
Ce succès confirme l’hégémonie du football brésilien au début des années 1960. Il montre également la profondeur du vivier de talents de la Seleção, capable de continuer à dominer même privée de sa plus grande star.
L’édition 1962 reste également marquée par la rudesse physique de certains matchs. La célèbre “bataille de Santiago” entre le Chili et l’Italie illustre la violence de certaines confrontations de l’époque. Dans ce contexte souvent tendu, les prestations techniques de Garrincha prennent une dimension encore plus remarquable.
Le Mondial chilien entre ainsi dans l’histoire comme celui de la confirmation du Brésil et de la consécration d’un héros inattendu.
1966, Wembley et le sacre orphelin des Anglais

Le sacre de 1966 représente l’apogée du football anglais sur la scène internationale. Au cœur de ce dispositif figure Bobby Charlton. Pourtant, malgré plusieurs générations talentueuses au fil des décennies suivantes, l’Angleterre ne parviendra jamais à remporter une nouvelle Coupe du monde.
La Coupe du monde 1966 transforme l’Angleterre en centre du football mondial. Portés par des stades pleins et une immense attente populaire, les Three Lions avancent progressivement vers ce qui reste encore aujourd’hui leur unique titre mondial.
L’équipe anglaise dispose alors d’une génération solide dirigée par le sélectionneur Alf Ramsey. Son approche repose sur un football discipliné, rigoureux et efficace. Au cœur du dispositif figure Bobby Charlton, véritable moteur technique et offensif de l’équipe.
Après une phase de groupes maîtrisée, l’Angleterre élimine l’Argentine en quart de finale dans un match tendu. En demi-finale, elle affronte le Portugal de Eusébio. Grâce notamment à un doublé de Charlton, les Anglais décrochent leur qualification pour la finale.
Le dernier match se dispute dans le mythique stade de Wembley Stadium face à l’Allemagne de l’Ouest. La rencontre reste l’une des plus célèbres de l’histoire des Coupes du monde.
Après le temps réglementaire, les deux équipes sont à égalité 2-2 et doivent jouer une prolongation. C’est alors qu’intervient l’action la plus controversée du tournoi. Geoff Hurst frappe sous la barre transversale. Le ballon rebondit près de la ligne de but avant de ressortir. Après consultation de son juge de ligne, l’arbitre valide le but malgré les protestations allemandes.
Cette décision continue encore aujourd’hui d’alimenter les débats dans l’histoire du football. Portée par cet avantage psychologique, l’Angleterre inscrit un quatrième but en fin de rencontre, également signé Hurst.
L’attaquant devient le seul joueur à avoir inscrit un triplé en finale de Coupe du monde. L’Angleterre s’impose finalement 4-2 et remporte son premier titre mondial dans une atmosphère de célébration nationale.
Ce sacre représente l’apogée du football anglais sur la scène internationale. Pourtant, malgré plusieurs générations talentueuses au fil des décennies suivantes, l’Angleterre ne parviendra jamais à remporter une nouvelle Coupe du monde.
Le Mondial 1966 demeure donc un moment fondateur pour le football anglais. Entre ferveur populaire, exploits sportifs et controverse arbitrale, cette édition conserve une place singulière dans l’imaginaire du football mondial.
Les grandes machines offensives des Coupes du monde
Au-delà des titres et des héros, certaines Coupes du monde ont marqué l’histoire par leur puissance offensive. Plusieurs sélections ont laissé une trace durable grâce à leur capacité à multiplier les buts et à imposer un football résolument tourné vers l’attaque.
Le record absolu appartient toujours à la Hongrie lors du Mondial 1954 avec 27 buts inscrits en une seule édition. Cette génération hongroise, souvent considérée parmi les plus talentueuses de l’histoire, symbolise l’âge d’or du football offensif européen.
Cette même Coupe du monde 1954 voit également l’Allemagne de l’Ouest inscrire 25 buts, preuve d’un tournoi particulièrement spectaculaire sur le plan offensif. L’Autriche atteint aussi un total impressionnant de 17 réalisations.
Quelques années plus tard, la France de 1958 entre à son tour dans ce classement avec 23 buts. Cette performance offensive reste étroitement liée au record historique de Just Fontaine.
Le Brésil apparaît régulièrement parmi les équipes les plus prolifiques de l’histoire du Mondial. La Seleção inscrit 22 buts en 1950, puis 19 en 1970 lors d’une édition souvent considérée comme l’une des plus belles de l’histoire du football. En 2002, le Brésil retrouve encore cette efficacité avec 18 réalisations.
L’Argentine de la première Coupe du monde en 1930 atteint également 18 buts, un total rejoint plus tard par l’Allemagne lors de son sacre de 2014.
Le Portugal de 1966 figure aussi parmi les attaques les plus efficaces avec 17 buts, porté notamment par Eusébio. L’Allemagne de l’Ouest atteint le même total en 1970.
Ces statistiques rappellent que certaines éditions du Mondial ont été dominées par des philosophies offensives particulièrement marquées. Elles témoignent aussi de l’évolution du football international, où plusieurs générations ont cherché à imposer un jeu spectaculaire basé sur l’attaque.
Au fil des décennies, les Coupes du monde ont ainsi produit des moments devenus mythiques : les dribbles de Garrincha, les gestes de Pelé, les buts de Fontaine ou encore les exploits offensifs anglais à Wembley. Ces épisodes ont contribué à transformer le Mondial en l’un des plus grands rendez-vous sportifs de la planète.
Records, sacres historiques et joueurs devenus légendaires, les éditions de 1958, 1962 et 1966 continuent d’occuper une place centrale dans la mémoire collective du football mondial.