Sport
JO-2026: avec l'hypoxie, simuler l'altitude pour stimuler les athlètes
La skieuse alpine américaine Mikaela Shiffrin s'exprime lors d'une conférence de presse pendant les Jeux olympiques d'hiver de Milan-Cortina 2026, au stade olympique de curling de Cortina d'Ampezzo, le 7 février 2026. (Photo de Stefano RELLANDINI / AFP)
Alors que les Jeux olympiques d’hiver 2026 ont été lancés, les méthodes d’entraînement en hypoxie artificielle reviennent au centre du débat après la mort du biathlète norvégien Sivert Bakken. Très répandue chez les sportifs d’endurance, la simulation d’altitude promet des gains marginaux mais précieux, à condition d’être strictement encadrée pour éviter les dérives et les risques sanitaires.
Milan, Italie - Mis en lumière par la mort fin décembre du biathlète norvégien Sivert Bakken, le visage couvert d'un masque hypoxique, l'entraînement des sportifs, essentiellement d'endurance, par des dispositifs simulant l'altitude est ancien, répandu, mais généralement encadré.
Comment est mort Sivert Bakken ?
A 27 ans, le lauréat du globe 2022 de mass-start a été retrouvé par l'un de ses coéquipiers dans une chambre d'hôtel en Italie entre deux courses, avec sur le visage un masque réduisant l'apport d'oxygène.
Le média norvégien VG affirme que l'appareil était réglé à 7.000 m d'altitude, mais précise qu'il a pu être déréglé lors de la découverte du corps pour tenter de secourir l'athlète. La carrière de Bakken avait par ailleurs été interrompue pendant deux ans par une myocardite (inflammation du muscle cardiaque), dont on ignore encore le possible rôle dans son décès.
Par précaution, la fédération norvégienne -- qui interdisait les masques hypoxiques jusqu'en 2021 -- a demandé à ses sportifs de ne plus les utiliser en attendant les conclusions de l'enquête.
Depuis quand utilise-t-on l'hypoxie artificielle ?
Son usage a d'abord été militaire, "avec les pilotes de chasse américains ou soviétiques pendant la Seconde guerre mondiale", raconte à l'AFP Raphaël Faiss, spécialiste de l'hypoxie et de la physiologie de l'effort à l'Université de Lausanne.
Mais les fédérations sportives, qui organisent des stages en altitude depuis des décennies, ont progressivement doté leurs centres d'entraînement de "chambres" ou "tentes" hypoxiques pour en simuler les effets: placé à l'extérieur, un générateur appauvrit l'air en oxygène, pour le restituer via un tuyau traversant une cloison.
Le même dispositif peut être installé directement chez les athlètes, "pour allonger l'exposition à l'hypoxie sans ajouter de contraintes personnelles", explique Jonas Forot, responsable de l'accompagnement scientifique à la performance auprès des équipes de France de ski nordique et biathlon.
Version miniaturisée des tentes, les masques utilisent un générateur semblable "à un petit climatiseur sur roulettes", selon Raphaël Faiss. Mais d'après Jonas Forot, le taux d'oxygène "est plus difficile à régler" et les Bleus n'en utilisent pas.
Pour quels bénéfices ?
Quand on s'y expose longuement au repos, l'hypoxie "stimule la production de globules rouges", donc la capacité à transporter de l'oxygène dans le sang, selon Raphaël Faiss.
"Il faut au minimum 12 heures par jour pendant 18 jours pour avoir un effet probant", précise le scientifique. "Aucun intérêt", en revanche, à pousser au-delà de 3.000 m d'altitude réelle ou simulée: "La récupération est trop altérée".
Mieux vaut en revanche s'entraîner à basse altitude, sauf pour un exercice précis: les "sprints répétés" en hypoxie, qui stimulent "la capacité des muscles à utiliser l'oxygène". "Ce n'est pas miraculeux, peut-être 1 à 2% de gagnés, mais les médailles se gagnent dans cette marge", souligne Raphaël Faiss.
Comment accompagne-t-on les athlètes ?
La réaction à l'altitude est très individuelle: "on a des athlètes qui dorment à 2.200 et d'autres à 2.800 m, avec le même stress physiologique ressenti", constate Jonas Forot.
D'où l'intérêt de "démarrer le stimuli hypoxique dès les catégories espoirs", et de systématiquement "monitorer la fréquence cardiaque et la saturation en oxygène" pour adapter la charge à chacun, développe le responsable.
Pour Raphaël Faiss, l'accès très facile aux masques, "en vente libre", implique par ailleurs "d'éduquer les athlètes, y compris au niveau junior": le but est d'éviter que certains ne "jouent les apprentis sorciers à la maison", en pensant à tort que pousser l'altitude au maximum leur sera plus profitable.
Est-ce du dopage ?
En 2006, l'Agence mondiale antidopage (AMA) s'était interrogée sur l'hypoxie artificielle: augmentait-elle les performances tout en comportant des risques pour la santé et en étant "contraire à l'esprit du sport", soit les trois critères d'inscription sur sa liste des produits interdits ?
Le comité d'éthique avait déploré "le recours passif" à un stimuli technologique, déclenchant un débat sur l'accès déjà inégal des athlètes à l'altitude réelle: même passivement, les Colombiens en bénéficient plus que les Belges.
Malgré cette réserve, l'AMA avait accepté l'usage des sytèmes hypoxiques, recommandant simplement de surveiller leurs effets sur la santé. La mort de Sivert Bakken "ne remet pas en cause" cette décision, a récemment confirmé Olivier Rabin, directeur Science et Médecine de l'institution. (Quid avec AFP)