La CAN 2025 sous l’angle socio-économique – Par Mustapha Hmimmou

La CAN 2025 sous l’angle socio-économique – Par Mustapha Hmimmou

Le modèle économique de la CAN est clair : le pays hôte finance l’accueil, tandis que la CAF capte l’essentiel des revenus commerciaux continentaux. Dans ce cadre, la CAN 2025 a effectivement engendré des coûts significatifs à la charge du budget de l’État marocain. Toutefois, ces dépenses ne sauraient être analysées comme une charge isolée ou stérile. Une part substantielle des investissements réalisés est de nature structurelle et durable

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Au-delà de la déception sportive liée à la finale perdue, la CAN 2025 apparaît, à la lumière des indicateurs économiques et sociaux, comme un levier de transformation pour le Maroc. Investissements structurels, accélération des grands chantiers, ruissellement économique et gain d’image international ont profondément marqué cette édition. Mustapha Hmimmou revient sur cet aspect de l’évènement qui s’impose ainsi comme un moment charnière, où le sport a servi de catalyseur à une dynamique de développement appelée à s’inscrire dans la durée.

Mustapha HMIMOU

La déception sportive liée à la finale perdue de la CAN 2025 a naturellement marqué l’opinion publique marocaine. Toutefois, lorsqu’on dépasse l’émotion et que l’on observe les résultats socio-économiques réels, le bilan global de l’événement apparaît largement positif, aussi bien sur le plan micro que macroéconomique. Voyons donc cela avec détails.

Un effort public assumé mais stratégique 

Le modèle économique de la CAN est clair : le pays hôte finance l’accueil, tandis que la CAF capte l’essentiel des revenus commerciaux continentaux. Dans ce cadre, la CAN 2025 a effectivement engendré des coûts significatifs à la charge du budget de l’État marocain. Toutefois, ces dépenses ne sauraient être analysées comme une charge isolée ou stérile. Une part substantielle des investissements réalisés est de nature structurelle et durable. Il s’agit certes de la rénovation et de la construction de stades destinés à accueillir des compétitions sportives périodiques, mais surtout d’infrastructures urbaines essentielles : transports, voiries, espaces verts, éclairage public, entre autres services collectifs dont la population bénéficie en continu et sur le long terme.

Il est également fondamental de souligner que ces investissements liés à la CAN 2025 n’ont pas constitué un programme autonome, mais ont agi comme un accélérateur puissant des mégaprojets structurants déjà engagés par le Maroc. La mise à niveau des axes ferroviaires, l’extension du réseau LGV, la modernisation et l’agrandissement des ports et des aéroports, le développement des autoroutes et des réseaux de transport urbain (tramways, bus à haut niveau de service), la requalification urbaine des grandes métropoles ainsi que les investissements massifs dans l’hôtellerie, l’énergie, l’eau et les équipements collectifs ont été boostés, coordonnés et parfois anticipés grâce à l’échéance de la CAN. Ces dynamiques s’inscrivent pleinement dans la perspective encore plus structurante de la Coupe du monde 2030, dont les retombées socio-économiques et territoriales promettent d’être d’une ampleur bien supérieure.

En plus, conçues pour durer, ces infrastructures s’inscrivent dans une trajectoire stratégique plus large, visant le renforcement de l’attractivité touristique du pays, l’amélioration de son image internationale et la préparation d’échéances majeures, au premier rang desquelles figure la Coupe du monde 2030.

Le rôle social clé du ruissellement économique 

L’élément central du bilan positif réside surtout dans ce ruissellement. Pour bien le comprendre, prenons l’exemple de la rénovation du stade Moulay Abdellah, financée par l’État. Tout l’argent public versé ne disparaît pas par enchantement dans des coffres fermés à double tour : il est plutôt réinjecté directement dans des entreprises marocaines de BTP, d’ingénierie et de services divers, qui paient à leur tour des fournisseurs et des sous-traitants. Ces entreprises règlent ensuite leurs fournisseurs et sous-traitants, lesquels redistribuent à leur tour ces montants sous forme de salaires à l’ensemble de leurs ressources humaines, de la direction aux ouvriers, en passant par tous les niveaux hiérarchiques intermédiaires. Les ménages ainsi rémunérés dépensent ces revenus dans la vie quotidienne : logement, alimentation, transport, commerce de proximité, éducation, santé et de nombreux autres services, lesquels génèrent à leur tour des salaires et ainsi de suite.

Tout dirham ainsi perçu et reversé continue sans arrêt à tourner de main en main. Il ne fait donc que transiter sans cesse par les comptes bancaires, les coffres des entreprises, les tiroirs des commerçants et les portefeuilles des salariés et des ménages. De nos jours, même l’épargne est captée par les banques pour être réinjectée dans l’économie sous forme de crédits à la consommation et à l’investissement. Ce mécanisme diffuse donc la dépense publique initiale à travers toutes les couches de la population impliquées directement ou indirectement et la fait circuler sans fin, créant ainsi un effet multiplicateur réel. Ce faisant, une bonne partie de ces flux revient d’ailleurs à l’État via les taxes indirectes, les impôts directs et les cotisations sociales, contribuant à rembourser à terme le capital emprunté pour tout investissement public ainsi que son coût net.

Des retombées macroéconomiques immédiats et tangibles 

À l’échelle nationale, la CAN 2025 a produit des retombées économiques significatives : augmentation de la fréquentation touristique, forte activité dans l’hôtellerie, la restauration, le transport et le commerce, création d’emplois temporaires et dynamisation de nombreuses économies locales. Le Maroc a également bénéficié d’une visibilité internationale renforcée, consolidant son image de pays émergent, sûr et stable, capable non seulement d’organiser des événements de grande envergure, mais aussi d’attirer des investissements étrangers. Ces effets dépassent largement la durée du tournoi. Les infrastructures modernisées et l’image positive consolidée du pays génèrent des bénéfices durables à moyen et long terme, bien au-delà du calendrier sportif.

Capital d’image et de confiance inédit

 Un autre effet, souvent sous-estimé mais pourtant crucial, mérite d’être souligné et devrait légitimement réjouir le citoyen marocain : la révélation du Maroc aux yeux de milliers de visiteurs africains, arabes et européens venus pour la CAN 2025. Beaucoup d’entre eux, parfois avec surprise et admiration, ont découvert un pays bien plus moderne, structuré et avancé qu’ils ne l’imaginaient. Cette fascination s’est largement exprimée sur les réseaux sociaux, notamment sur You Tube entre autres, où des témoignages spontanés ont mis en lumière la qualité des infrastructures, la fluidité des transports, l’organisation urbaine, la sécurité et le niveau de services.

Fait notable, cette mise en miroir a parfois permis aux Marocains eux-mêmes, y compris aux habitants de Rabat, Casablanca, Tanger ou Marrakech, de prendre pleinement conscience du chemin parcouru, et du décalage désormais réel entre le Maroc et bon nombre de pays comparables, voire à priori plus développés. Cet impact immatériel, mais puissant, constitue un capital d’image, de fierté collective et de confiance qui dépasse largement le cadre sportif.

Bilan socio-économique rationnel au-delà de la déception sportive 

Sur le plan sportif, la défaite en finale reste une frustration légitime. Mais sur le plan socio-économique et stratégique, la CAN 2025 représente un succès incontestable. L’État a certes investi, mais ces dépenses ont irrigué l’économie nationale, soutenu l’activité, renforcé la confiance des acteurs économiques et préparé le terrain pour l’avenir. En définitive, malgré le poids initial supporté par le budget public et l’absence de compensation directe de la CAF, la CAN 2025 a produit un bilan micro et macroéconomique largement positif, grâce surtout au ruissellement des investissements, à l’effet multiplicateur et aux bénéfices durables pour l’ensemble de l’économie nationale. L’événement, au-delà du résultat sportif, apporte donc un réconfort tangible sur le plan socio-économique.

Dans cette perspective, la défaite en finale ne devrait être l’arbre qui cache la forêt, ni l’absence de la cerise qui ferait oublier la bonne qualité du gâteau. À l’approche de l’échéance mondiale de 2030, cette CAN apparaît comme une répétition générale réussie, porteuse d’optimisme, de crédibilité internationale et d’ambition assumée. Autant de raisons de se réjouir et de se féliciter, bien au-delà du score final.

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