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Mondial 2026 : entre ambitions retrouvées, héritages tactiques et nouveaux équilibres
L'attaquant espagnol n° 10 du FC Barcelone, Lamine Yamal, célèbre le premier but de son équipe lors du match de championnat d'Espagne de football opposant l'Athletic Club de Bilbao au FC Barcelone au stade San Mamés de Bilbao, le 7 mars 2026. (Photo AFP)
À un an de l’ouverture de la Coupe du monde 2026 aux États-Unis, au Canada et au Mexique, plusieurs sélections avancent avec des trajectoires contrastées mais des ambitions affirmées. Entre l’Allemagne en quête de stabilité, le Paraguay redevenu redoutable dans les matchs fermés, les Pays-Bas à la recherche d’un premier sacre, le Japon confronté au plafond des huitièmes de finale et la Suède portée par une nouvelle génération offensive, le tournoi s’annonce marqué par des identités de jeu fortes et des équilibres plus ouverts qu’auparavant.
Le groupe E entre hiérarchie établie et promesses de surprises

De gauche à droite) Le milieu de terrain allemand n° 20 Serge Gnabry, l'attaquant allemand n° 07 Kai Havertz, le milieu de terrain allemand n° 05 Pascal Gross, l'attaquant allemand n° 11 Nick Woltemade et le défenseur allemand n° 06 Joshua Kimmich célèbrent le premier but de leur équipe, marqué par Havertz, lors du match amical international de football opposant l'Allemagne au Ghana le 30 mars 2026. (Photo AFP)
Le groupe E du Mondial 2026 présente une configuration où une hiérarchie semble se dessiner naturellement, sans pour autant exclure des scénarios de basculement. L’Allemagne y apparaît comme la principale favorite, forte de son expérience historique, de sa profondeur d’effectif et de sa culture des grands rendez-vous. Malgré des résultats parfois irréguliers au cours des dernières années, la Mannschaft conserve une capacité rare à structurer ses campagnes internationales autour d’une rigueur tactique et d’une discipline collective qui continuent de faire référence.
Le principal enjeu allemand résidera toutefois dans sa capacité à retrouver une continuité offensive. Ces dernières années, la sélection a souvent dominé dans le jeu sans parvenir à transformer cette maîtrise en efficacité constante devant le but. Or, dans un tournoi élargi où les marges risquent d’être réduites, cette dimension pourrait devenir déterminante dès la phase de groupes.
Derrière l’Allemagne, la bataille pour la qualification s’annonce particulièrement ouverte. La Côte d’Ivoire avance avec des arguments solides. Portée par une génération athlétique et technique, la sélection ivoirienne dispose d’une puissance physique capable de déséquilibrer de nombreuses équipes européennes. Son potentiel offensif repose sur la vitesse, la percussion et la capacité à imposer un rythme élevé dans les transitions. Mais cette richesse offensive devra s’accompagner d’une plus grande maîtrise tactique pour espérer franchir un cap dans les grands tournois.
L’Équateur représente un profil différent, mais tout aussi redoutable. Habituée à l’intensité des éliminatoires sud-américaines, la sélection andine s’appuie sur une organisation compacte, une forte densité dans les duels et une discipline collective rarement prise en défaut. Son football est moins spectaculaire que celui de certaines nations sud-américaines, mais il repose sur une remarquable capacité à fermer les espaces et à gérer les temps faibles.
Dans ce groupe, la capacité de l’Équateur à obtenir des résultats contre ses concurrents directs pourrait peser lourd dans l’équilibre final. L’expérience acquise face à des adversaires comme l’Argentine, le Brésil ou l’Uruguay a renforcé une maturité compétitive qui lui donne aujourd’hui une réelle crédibilité internationale.
La Curaçao, enfin, constitue l’inconnue de cette poule. Pour cette sélection caribéenne, la participation au Mondial représente déjà un événement historique. Moins expérimentée et moins armée individuellement que ses adversaires, elle pourrait néanmoins jouer un rôle perturbateur grâce à un collectif discipliné et à une forte motivation. Dans les grands tournois, les équipes libérées de toute pression deviennent parfois des arbitres imprévus des équilibres du groupe.
Sur le papier, l’Allemagne semble disposer d’une marge suffisante pour terminer en tête. Mais derrière elle, l’écart entre la Côte d’Ivoire et l’Équateur apparaît extrêmement réduit. Cette rivalité pourrait offrir l’une des luttes les plus disputées du premier tour.
Le Paraguay retrouve sa vieille culture de résistance
Quinze ans après sa dernière apparition en Coupe du monde, le Paraguay revient sur la scène internationale avec une identité de jeu clairement assumée. L’Albirroja ne cherche pas à séduire par le spectacle ou la possession. Elle veut imposer des matchs fermés, physiques et tactiquement verrouillés, où chaque détail devient décisif.
Ce retour au premier plan constitue déjà un événement majeur dans le pays. Depuis le quart de finale atteint en 2010 contre l’Espagne, future championne du monde, le Paraguay avait disparu du paysage mondial, enchaînant les échecs dans les éliminatoires et traversant une longue période d’instabilité sportive.
Le renouveau porte largement la marque de Gustavo Alfaro. Arrivé à la tête de la sélection en août 2024 après l’échec de la Copa América, le technicien argentin a rapidement réinstallé les fondamentaux historiques du football paraguayen : discipline défensive, agressivité dans les duels et culture du sacrifice collectif.
Sous sa direction, le Paraguay est redevenu une équipe difficile à battre. Les éliminatoires sud-américaines ont confirmé cette transformation avec plusieurs résultats marquants face aux grandes puissances du continent. Les victoires contre le Brésil et l’Argentine ont particulièrement renforcé la crédibilité du projet paraguayen.
La principale force de cette équipe réside dans sa capacité à contrôler le rythme des rencontres. Le Paraguay accepte de subir certaines séquences, mais il réduit les espaces, casse les dynamiques adverses et transforme souvent les matchs en confrontations physiques et mentales.
Dans un Mondial élargi où la pression psychologique sera omniprésente, cette approche pourrait devenir un atout considérable. Plusieurs observateurs sud-américains considèrent déjà l’Albirroja comme l’une des sélections capables de provoquer des surprises dans les phases à élimination directe.
Cette montée en puissance s’appuie aussi sur une solidité mentale retrouvée. Après des années de doutes, le groupe semble avoir retrouvé une cohésion qui rappelle les grandes générations paraguayennes du passé. Sans disposer des individualités les plus médiatisées du tournoi, le Paraguay avance désormais avec une identité collective claire et une capacité à rendre les matchs extrêmement inconfortables pour ses adversaires.
Les Pays-Bas entre héritage historique et quête de consécration
Trois fois finalistes de la Coupe du monde sans jamais soulever le trophée, les Pays-Bas abordent le Mondial 2026 avec l’ambition de mettre fin à l’une des plus grandes frustrations du football mondial. Les Oranje arrivent en Amérique du Nord avec une génération jugée parmi les plus complètes de ces dernières années.
La sélection dirigée par Ronald Koeman a traversé les qualifications sans défaite et présente un équilibre intéressant entre cadres expérimentés et jeunes talents. La défense repose sur des références établies comme Virgil van Dijk, Nathan Aké ou Denzel Dumfries, tandis que plusieurs profils plus jeunes offrent davantage de rotation et de flexibilité tactique.
Au milieu de terrain, Frenkie de Jong demeure la pièce centrale du dispositif néerlandais. Autour de lui, Ryan Gravenberch et Tijjani Reijnders incarnent le renouvellement progressif d’un secteur longtemps considéré comme le cœur du modèle néerlandais.
L’attaque, elle, repose sur des profils complémentaires. Memphis Depay conserve un statut important malgré des blessures récentes, tandis que Cody Gakpo apparaît comme le joueur offensif le plus régulier dans les grands rendez-vous récents. Donyell Malen, Justin Kluivert ou Brian Brobbey offrent également des solutions variées selon les configurations des matchs.
Mais au-delà des individualités, c’est surtout l’évolution du modèle néerlandais qui retient l’attention. L’héritage du “football total” reste présent dans la circulation du ballon, la mobilité et la recherche de supériorité collective. Toutefois, cette philosophie s’est progressivement adaptée à un football international devenu plus physique et plus vertical.
Les Pays-Bas semblent aujourd’hui plus pragmatiques que lors de certaines générations précédentes. Cette évolution pourrait leur permettre d’éviter les limites qui ont souvent empêché les Oranje de concrétiser leur domination dans les grands tournois.
Le groupe F, composé du Japon, de la Suède et de la Tunisie, exigera néanmoins une grande vigilance. Le Japon a déjà démontré sa capacité à battre des nations européennes majeures, tandis que la Suède possède une force offensive capable de déséquilibrer n’importe quelle défense. Quant à la Tunisie, sa discipline collective peut rendre chaque rencontre extrêmement fermée.
L’enjeu pour les Pays-Bas sera donc double : confirmer leur supériorité technique tout en développant l’efficacité nécessaire dans les matchs à élimination directe. Car c’est précisément dans ces moments que l’histoire des Oranje reste marquée par des occasions manquées.
Le Japon et la Suède incarnent deux modèles en reconstruction
Le Japon et la Suède abordent le Mondial 2026 avec des trajectoires différentes, mais un objectif commun : franchir un nouveau cap sur la scène internationale.
Le Japon arrive avec une continuité rare. Depuis 1998, les “Samurai Blue” n’ont plus manqué aucune Coupe du monde et se sont progressivement imposés comme la sélection asiatique la plus stable dans les grands tournois.
Sous la direction de Hajime Moriyasu, le Japon a conservé ses principes historiques de discipline collective et de qualité technique, tout en gagnant en densité physique et en maturité tactique. Cette évolution s’est traduite par plusieurs résultats marquants ces dernières années, notamment contre l’Allemagne, l’Espagne, le Brésil et l’Angleterre.
Ces performances ont renforcé l’image d’une équipe désormais capable de rivaliser avec des sélections historiquement supérieures. Mais le principal défi japonais reste inchangé : dépasser enfin le stade des huitièmes de finale, un plafond que la sélection n’a encore jamais franchi.
L’effectif actuel possède pourtant plusieurs arguments solides. Takefusa Kubo apparaît comme la principale référence offensive, tandis que Wataru Endo continue d’apporter son expérience et son équilibre au milieu de terrain. Le Japon devra toutefois composer avec plusieurs absences importantes, notamment celle de Kaoru Mitoma.
Dans un groupe F particulièrement ouvert, les “Samurai Blue” pourraient jouer un rôle majeur dans la hiérarchie finale. Leur organisation collective et leur capacité à gérer les temps faibles en font probablement l’une des équipes les plus difficiles à manœuvrer du tournoi.
La Suède, de son côté, revient à la Coupe du monde après huit années d’absence avec un projet profondément renouvelé. L’arrivée de Graham Potter à la tête de la sélection a marqué un tournant important dans l’évolution du jeu suédois.
Sous sa direction, la Suède a abandonné une approche trop prudente pour développer un football plus vertical, plus intense et davantage tourné vers l’attaque. Cette transformation tactique a permis à plusieurs talents offensifs d’exprimer pleinement leur potentiel.
Viktor Gyökeres s’impose aujourd’hui comme la principale arme offensive des Scandinaves. Son association avec Alexander Isak et Dejan Kulusevski donne à la Suède l’un des secteurs offensifs les plus prometteurs du tournoi.
L’expérience de Victor Lindelof reste également essentielle dans une défense parfois encore irrégulière face aux grandes nations. La question principale concernera la capacité du groupe à gérer la pression des phases finales, plusieurs cadres offensifs découvrant encore ce niveau de compétition.
Dans un groupe extrêmement dense avec les Pays-Bas, le Japon et la Tunisie, la Suède devra rapidement trouver de la stabilité. Mais avec sa nouvelle dynamique offensive et sa génération montante, elle apparaît désormais capable de retrouver une place plus importante dans la hiérarchie européenne et mondiale.