Mondial 2026 : l’Angleterre face au poids de l’histoire - Par Abdelghani Aouifia

Mondial 2026 : l’Angleterre face au poids de l’histoire - Par Abdelghani Aouifia

L'attaquant anglais Morgan Rogers (au centre) se bat face au défenseur japonais Hiroki Ito (à gauche) lors du match amical international de football opposant l'Angleterre au Japon au stade de Wembley, à Londres, le 31 mars 2026. (Photo AFP)

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A l’approche du Mondial 2026, l’Angleterre nourrit l’espoir de mettre fin à une attente qui dure depuis son unique sacre mondial à domicile en 1966. Abdelghani Aouifia correspondant de MAP à Londres raconte cette sélection anglaise portée par une génération talentueuse emmenée par Jude Bellingham, Bukayo Saka et Harry Kane, qui cherche à transformer les progrès enregistrés ces dernières années en consécration. Mais elle devra encore composer avec le poids d’une histoire marquée par les occasions manquées et les désillusions répétées dans les grandes compétitions.

Par Abdelghani Aouifia - MAP

Londres - Depuis 1966, quand l’Angleterre a remporté la coupe du monde au légendaire stade de Wembley, l’histoire des Trois Lions a été celle d’espoirs et de désillusions souvent douloureuses. Une succession de joueurs talentueux n’a pas suffi à cette grande nation de football pour emboiter le pas à la génération de Bobby Charlton et Geoff Hurst.

La série de désillusions a commencé dès 1970 au Mexique, quand le parcours des Trois Lions, tenants du titre, s’est arrêté en quart de finale suite à une défaite 2-3 face à l’Allemagne, leur challenger en finale quatre années plus tôt.

Après, la génération de Kevin Keegan, double Ballon d’Or à la fin des années 1970, n’a même pas réussi à qualifier le pays pour les éditions 1974 et 1978. En Espagne en 1982, l’Angleterre de Keegan et Trevor Brooking quitte la compétition pourtant invaincue. Les blessures des deux stars et un match nul frustrant contre l’Allemagne de l’Ouest lors du second tour restent parmi les plus grands regrets du football anglais.

Quatre années plus tard, au Mexique, l’Angleterre du grand buteur Gary Lineker tombe en quart de finale face à l’Argentine menée par Diego Maradona, lors d’un match entré dans la légende avec le « But du siècle » marqué par El Pibe de Oro.

Les années suivantes allaient marquer l’émergence d’une nouvelle génération de classe mondiale avec David Beckham, Steven Gerrard, Frank Lampard, Paul Scholes, Rio Ferdinand, John Terry ou encore Wayne Rooney.

En 1990, 1998, 2002 et 2006, les éliminations en quart de finale deviennent presque une malédiction. Les tirs au but, notamment contre l’Allemagne en 1990, puis contre le Portugal en 2006, sont toujours vivaces dans la mémoire des Anglais. Beckham évoquait souvent la pression unique liée au maillot national pour expliquer le poids de cette histoire.

Entre 2016 et 2024, la Fédération anglaise (FA) a cherché à rompre avec cette « culture de l’échec ». Gareth Southgate, qui a dirigé le Onze national durant cette période, a multiplié les interventions psychologiques pour aider les joueurs à considérer l’histoire comme une source d’inspiration plutôt que comme un fardeau.

L’approche semblait donner ses fruits. Les résultats ont suivi, avec une demi-finale du Mondial 2018 et deux finales de l’Euro 2021 et 2024. Même si les trophées européen et mondial ont échappé aux Anglais, ces performances ont contribué à raviver l’espoir de voir l’Angleterre rivaliser avec les grosses pointures de la Planète Foot.

Thomas Tuchel, le technicien allemand qui dirige la sélection, hérite aujourd’hui d’un groupe qui semble avoir moins de complexes que ses prédécesseurs, argumentent les commentateurs. Tuchel a régulièrement insisté sur la nécessité de libérer les joueurs du poids de l’histoire et de concentrer le groupe sur les exigences tactiques et mentales. Son expérience des grandes compétitions européennes avec Chelsea, le Paris Saint-Germain et le Bayern Munich constitue un atout majeur pour la sélection.

L’Angleterre semble disposer de la génération la plus complète depuis 1966. Jude Bellingham s’est imposé comme l’un des meilleurs milieux de terrain du monde par sa maturité, son impact physique et sa créativité. Bukayo Saka est devenu l’un des ailiers les plus décisifs, tandis que Declan Rice et Harry Kane offrent un équilibre impressionnant entre talent individuel et expérience internationale.

Cette équipe paraît mieux construite collectivement par rapport aux générations précédentes. Si le groupe Beckham-Gerrard-Lampard souffrait parfois d’un manque de complémentarité, le groupe actuel présente une plus grande polyvalence technicotactique, expliquent les analystes du ballon rond anglais.

Pour eux, les jeunes joueurs anglais évoluent désormais dans des environnements européens exigeants et semblent davantage préparés à gérer la pression médiatique.

Mais cela suffira-t-il pour briser le signe indien ? Dans les conversations des amateurs du football en Angleterre, l’histoire revient toujours, entretenue par les médias, les supporters et le souvenir des déceptions depuis 1966.

Au sein de la FA, on ne cache plus la détermination de faire de cette histoire une motivation et non pas une malédiction. Si Bellingham, Saka et leurs coéquipiers parviennent à traduire leur talent en performances lors du Mondial 2026, ils pourraient enfin offrir aux Anglais l’étoile qui leur échappe depuis près de six décennies.