Sport
Pourquoi une blessure au mollet peut stopper net un joueur comme Azzedine Ounahi
Le milieu de terrain marocain blessé n° 8, Azzedine Ounahi, forfeit pour le reste de la Coupe d'Afrique des nations (CAN), ici lors du match Maroc - Tanzanie au stade Prince Moulay Abdallah de Rabat, le 4 janvier 2026. (Photo de SEBASTIEN BOZON / AFP)
La blessure au mollet d’Azzedine Ounahi illustre une réalité souvent sous-estimée du football moderne : derrière ce muscle discret se cache un maillon essentiel de la performance. Véritable moteur de l’explosivité, de l’équilibre et de la répétition des efforts à haute intensité, le mollet conditionne la capacité d’un joueur à accélérer, presser et enchaîner les gestes décisifs.

Dr Anwar CHERKAOUI
Expert en communication médicale et journalisme de santé
Dans le cas d’Azzedine Ounahi, joueur fondé sur la mobilité, le pressing et les changements de rythme, une blessure au mollet explique pleinement une indisponibilité de plusieurs semaines.
Dans le football moderne, ce petit muscle discret peut devenir un immense obstacle. On parle souvent des genoux, des chevilles ou des ligaments croisés. On oublie trop souvent le mollet.
Pourtant, c’est lui qui met le corps en mouvement. C’est lui qui transforme l’intention en accélération, l’appui en frappe, l’équilibre en efficacité. Sans mollet solide, le football perd sa vitesse et son explosivité.
Le Dr Ricard Pruna, médecin emblématique du FC Barcelone, le résume avec une formule simple : « La puissance d’un tir ne commence pas dans le pied, elle commence dans l’appui. Et l’appui, c’est le mollet. » Quand ce point d’ancrage est fragilisé, toute la chaîne du geste s’effondre.
À Aspetar, centre mondial de référence en médecine du sport, les spécialistes décrivent le mollet comme un ressort biologique. Il emmagasine l’énergie à l’appui et la restitue dans la foulée suivante. C’est ce mécanisme invisible qui fait la différence entre une course ordinaire et une accélération tranchante. Lorsqu’il est touché, le joueur peut encore courir, mais il ne peut plus répéter les efforts explosifs sans danger.
L’histoire du football regorge d’exemples qui confirment cette réalité. David Beckham en a fait l’amère expérience en fin de carrière. À Paris, plusieurs alertes au mollet ont freiné son rythme, l’obligeant à gérer ses matchs avec une extrême prudence. Pour un joueur dont la précision dépendait de la stabilité de l’appui, chaque douleur dans cette zone devenait une alerte rouge.
Gareth Bale, l’un des joueurs les plus explosifs de sa génération, a vu ses saisons se fragmenter à cause de blessures répétées du mollet. À chaque retour précipité, la rechute guettait. Son cas est devenu emblématique d’un paradoxe moderne.
Plus un joueur est puissant et rapide, plus son mollet est exposé. Même Neymar, pourtant connu pour ses dribbles et sa créativité, a été stoppé net à plusieurs reprises par des atteintes musculaires du bas de la jambe. À ce niveau, quelques millimètres de fibres fragilisées suffisent à faire basculer une saison entière.
Le Dr Noel Pollock, spécialiste britannique des blessures musculaires du sport de haut niveau, insiste sur un point clé du football actuel. Les situations les plus dangereuses pour le corps sont celles qui combinent vitesse, arrêt brutal, changement d’orientation et frappe.
Dans cette succession ultra-rapide de gestes, le mollet est sollicité à chaque fraction de seconde. Quand il est affaibli, la blessure devient presque inévitable.
C’est pourquoi, dans le cas d’un joueur comme Azzedine Ounahi, le repos prolongé, la rééducation progressive et parfois l’usage des béquilles ne relèvent pas du confort, mais de la stratégie médicale. Il s’agit de permettre au muscle de cicatriser pleinement pour retrouver son rôle de moteur et de stabilisateur.
En football professionnel, on peut parfois jouer avec une douleur. Mais on ne peut pas tricher avec un mollet. Sans lui, il n’y a ni accélération franche, ni dribble sûr, ni frappe vraiment décisive. Le mollet ne fait pas la une des journaux. Mais quand il lâche, c’est toute une carrière qui ralentit.