Puissance affirmée et qualification arrachée, deux visages du football africain à la CAN 2025 – Par Hassan Zakariaa

Puissance affirmée et qualification arrachée, deux visages du football africain à la CAN 2025 – Par Hassan Zakariaa

Le milieu de terrain nigérian n° 10 Fisayo Dele-Bashiru (à gauche) face au défenseur mozambicain n° 02 Infren Matola, s’accroche au maillot de ce dernier lors du match de huitième de finale de la Coupe d'Afrique des nations (CAN) entre le Nigeria et le Mozambique au stade du Complexe sportif de Fès, le 5 janvier 2026. (Photo de SEBASTIEN BOZON / AFP)

1
Partager :

 Par Hassan Zakariaa avec MAP et AFP

La Coupe d’Afrique des Nations Maroc-2025 continue de dessiner ses lignes de force entre démonstrations de puissance et qualifications obtenues dans la douleur. Tandis que le Nigeria a impressionné par un récital offensif face au Mozambique, l’Égypte a dû puiser dans son expérience et sa résilience pour écarter un Bénin courageux après prolongation. Deux scénarios opposés, mais une même leçon : dans les moments décisifs, les grandes équipes trouvent toujours un chemin.

Le Nigeria en démonstration, le Mozambique submergé

À Fès, les Super Eagles ont envoyé un message clair à l’ensemble du tableau. Face au Mozambique, le Nigeria n’a laissé aucune place au doute, s’imposant largement sur le score sans appel de 4 buts à 0. Dès les premières minutes, l’intention était manifeste. Le pressing haut, la circulation rapide du ballon et la mobilité constante des attaquants ont rapidement étouffé les Mambas, incapables de sortir proprement de leur camp.

Le premier but, inscrit par Ademola Lookman à la 19e minute, a concrétisé une domination déjà nette. Placé idéalement dans la surface après un travail collectif précis, l’ailier nigérian a ouvert le score d’un plat du pied maîtrisé. Cinq minutes plus tard, Victor Osimhen a doublé la mise à la conclusion d’une action limpide, symbolisant la complémentarité offensive d’un Nigeria sûr de ses forces.

Une première période à sens unique

La première demi-heure restera comme l’une des plus abouties de cette CAN pour les Nigérians. Construction depuis l’arrière, variations dans le jeu et efficacité devant le but ont dessiné le portrait d’une équipe parfaitement en place. Le Mozambique, souvent contraint de défendre bas, a tenté de répondre par quelques ballons longs et des contres isolés, sans jamais inquiéter sérieusement la défense adverse.

Au-delà des buts, c’est l’état d’esprit collectif qui a frappé. Osimhen, loin de se contenter de son rôle de finisseur, a multiplié les appels et les replis défensifs, donnant le ton d’un groupe engagé et discipliné. Lookman, omniprésent, a incarné cette capacité à déséquilibrer par le dribble et la vitesse, tout en restant juste dans ses choix.

Une seconde période maîtrisée jusqu’au bout

Au retour des vestiaires, le scénario n’a guère changé. Dès la 47e minute, Lookman a une nouvelle fois fait parler sa technique en éliminant deux défenseurs avant de servir Osimhen au second poteau pour le troisième but. À ce stade, la rencontre était définitivement pliée.

La défense mozambicaine, déjà éprouvée, a continué de subir les vagues successives d’un Nigeria lancé à pleine vitesse. Le quatrième but, inscrit par Paul Adams à la 75e minute, est venu sceller une qualification nette et sans bavure. Pour la première fois depuis le début du tournoi, le Mozambique encaissait quatre buts dans un même match. Avec douze réalisations en quatre rencontres, le Nigeria confirme son statut de meilleure attaque de la CAN et avance avec des ambitions clairement assumées.

L’Égypte face à la résistance béninoise

À Agadir, le décor était tout autre. L’Égypte, nation la plus titrée de la compétition, a dû livrer un combat de 120 minutes pour venir à bout d’un Bénin accrocheur et sans complexe. Le score final, 3 buts à 1 après prolongation, ne reflète qu’imparfaitement la physionomie d’un match longtemps indécis.

Les Pharaons ont peiné à trouver des espaces face à des Guépards bien organisés, compensant leur infériorité théorique par un engagement constant. Les occasions égyptiennes ont existé, mais la maladresse et la vigilance du gardien béninois ont retardé l’échéance. Pendant de longues minutes, l’Égypte a semblé prisonnière de son statut, face à un adversaire libéré.

Un scénario renversant et des erreurs décisives

La délivrance est finalement venue à la 69e minute par Marwan Attia, auteur d’une frappe puissante à l’entrée de la surface. Mais ce but n’a pas suffi à éteindre les espoirs béninois. Profitant d’erreurs du portier Mohamed El-Shenawy, Jodel Dossou a égalisé à la 83e minute, envoyant les deux équipes en prolongation et plongeant le stade dans une tension palpable.

Ce moment a symbolisé la fragilité égyptienne du soir, mais aussi la capacité du Bénin à croire jusqu’au bout. Sous la direction de Gernot Rohr, les Guépards ont frôlé l’exploit, faisant douter une sélection pourtant rompue à ce type de rendez-vous.

L’expérience égyptienne fait la différence

Dans la prolongation, l’Égypte a toutefois rappelé pourquoi elle reste une référence continentale. À la 97e minute, Yasser Ibrahim a redonné l’avantage aux Pharaons d’une tête lobée sur corner, surprenant une défense jusque-là irréprochable. Ce but a agi comme une libération mentale.

Alors que le Bénin poussait pour revenir une nouvelle fois au score, Mohamed Salah a scellé la qualification sur un contre dans le temps additionnel de la prolongation. Un but symbolique pour le capitaine égyptien, toujours en quête de son premier sacre continental après deux finales perdues.

Les mots des sélectionneurs, entre lucidité et espoir

En conférence de presse, le sélectionneur égyptien Hossam Hassan n’a pas cherché à masquer les difficultés rencontrées. Pour lui, cette qualification illustre une vérité simple : les grandes équipes savent répondre présentes dans les moments décisifs. Il a insisté sur le travail d’analyse effectué pour chaque adversaire et sur l’importance de la gestion physique dans un tournoi aussi exigeant.

Du côté béninois, Gernot Rohr a préféré retenir les enseignements positifs malgré l’élimination. Le technicien a salué l’engagement de ses joueurs et rappelé que cette CAN avait permis à plusieurs jeunes de se révéler. Selon lui, on apprend souvent plus dans la défaite que dans la victoire, un message tourné vers l’avenir d’une sélection en reconstruction.

Deux parcours, une même leçon

Entre la démonstration nigériane et la qualification arrachée de l’Égypte, la CAN Maroc-2025 offre une illustration saisissante de la diversité des chemins menant au succès. La maîtrise collective et la puissance offensive peuvent faire la différence, mais l’expérience, la patience et la capacité à souffrir restent tout aussi décisives.

À l’approche des quarts de finale, ces deux sélections avancent avec des certitudes différentes, mais une ambition commune. Dans une compétition où chaque détail compte, la CAN rappelle que le football africain se joue autant sur le talent que sur la résilience mentale.

lire aussi