Quand la CAF parle d’intégrité… après l’avoir fragilisée - Par Nawfel Raghay

Quand la CAF parle d’intégrité… après l’avoir fragilisée - Par Nawfel Raghay

Patrice Motsepe et le sénégalais Sadio Mané, posant avec le trophée de meilleur joueur de la compétition après la finale de la Coupe d'Afrique des nations (CAN) : « Nous condamnons fermement le comportement (...) de quelques joueurs sénégalais et des membres du staff technique. Il est inacceptable de quitter le terrain de cette manière" (Infantino dans un communiqué juste après la finale). Photo AFP

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Dans sa déclaration publiée après la finale Maroc–Sénégal, le président de la Confédération africaine de football, Patrice Motsepe, a voulu réaffirmer les principes d’intégrité et de tolérance zéro. Mais cette prise de parole, loin de dissiper les interrogations met en lumière les contradictions d’une gouvernance qui reconnaît ses failles sans les assumer pleinement. Entre sanctions jugées peu dissuasives, hiérarchisation contestée des faits et sentiment d’injustice ressenti au Maroc, ce discours institutionnel alimente un malaise durable autour de la crédibilité disciplinaire et de l’autorité sportive de la CAF. Nawfel Raghay, tout en colère retenue, procède dans cette chronique à la ecture critique de la déclaration du président de la CAF.

Nawfel Raghay

La déclaration publiée le 30 janvier 2026 par Patrice Motsepe, président de la Confédération africaine de football, se veut solennelle, rassurante et institutionnelle.

Elle parle d’« intégrité », de « réputation », de « compétitivité mondiale » et de « tolérance zéro ».

Sur le papier, tout y est.

Dans les faits, presque rien ne résiste à l’analyse.

Car cette déclaration, censée apaiser après l’une des finales les plus chaotiques de l’histoire récente de la CAN, révèle surtout une chose : la CAF reconnaît implicitement ses propres insuffisances, sans jamais les assumer clairement — et sans réparer l’injustice subie par le Maroc.

Une indignation tardive, déclenchée après coup

Le président de la CAF affirme avoir été « extrêmement déçu par les incidents inacceptables » survenus lors de la finale.

Mais une question s’impose immédiatement : où était cette fermeté lorsque ces incidents se produisaient, en direct, sous les yeux du continent et du monde ?

Car les faits sont désormais connus : une contestation collective inédite, une sortie de terrain de l’équipe sénégalaise, une interruption prolongée d’une finale continentale, une pression manifeste sur l’arbitrage, un climat de tension extrême.

Ce n’est pas un dérapage mineur.

C’est une atteinte frontale à l’autorité sportive, à la crédibilité de la compétition et à l’image même de la CAF.

Or, à aucun moment, dans sa déclaration, le président n’explique pourquoi cet acte fondateur du chaos n’a pas été traité comme tel par le Conseil de discipline.

Le paradoxe central : parler de dissuasion après avoir sanctionné sans dissuader

Le passage le plus révélateur du communiqué est sans doute celui-ci :

« …review the CAF Regulations, including the CAF Disciplinary Code, to ensure that the CAF Judicial Bodies have the power to impose appropriate and dissuasive sanctions for serious violations… »

Autrement dit, le président de la CAF reconnaît publiquement que : les sanctions actuelles ne sont pas suffisamment dissuasives, le cadre disciplinaire n’est pas adapté aux violations graves, les outils juridiques ont montré leurs limites.

Mais alors une évidence surgit : si les règles doivent être revues pour être dissuasives, c’est bien parce que les sanctions rendues ne l’ont pas été.

Dès lors, comment justifier que ces mêmes décisions soient présentées comme équilibrées, justes et définitives ?

La CAF se retrouve enfermée dans une contradiction majeure : elle valide des sanctions… tout en expliquant qu’elles ne permettent pas de prévenir ce qui vient pourtant de se produire.

Une équivalence artificielle entre fautes structurelles et incidents périphériques

Le cœur du malaise réside ici.

Les décisions disciplinaires ont mis sur un même plan un comportement collectif remettant en cause la continuité même du match, et des incidents post-match, émotionnels, regrettables mais périphériques.

Résultat

des amendes financières lourdes d’un côté,

des suspensions sportives impactantes de l’autre, et une impression d’« équilibre comptable » totalement déconnectée de la hiérarchie réelle des faits.

Or, en matière disciplinaire, tout ne se vaut pas.

Quitter le terrain en finale continentale n’est pas un simple manquement : c’est une rupture du contrat sportif fondamental.

En ne traitant pas cet acte comme une ligne rouge absolue, la CAF envoie un message dangereux : demain, dans une autre finale, ailleurs, d’autres pourront tenter la même pression.

Le Maroc : victime collatérale d’une gouvernance prudente

Le Maroc, pays organisateur, finaliste, hôte exemplaire du tournoi, se retrouve au final dans une situation paradoxale : il subit les conséquences sportives et symboliques, il voit sa demande rejetée, il assiste à une lecture « neutralisée » d’événements pourtant asymétriques.

Le sentiment dominant n’est pas celui d’un favoritisme envers le Sénégal, mais celui d’une CAF soucieuse d’éviter le précédent, quitte à diluer la responsabilité.

Une justice qui cherche d’abord à préserver l’institution plutôt qu’à qualifier clairement les faits finit toujours par fragiliser sa crédibilité.

L’arbitrage : discours volontariste, silence sur l’instant décisif

Le président de la CAF insiste longuement sur l’indépendance du comité des arbitres, les progrès du VAR, les investissements futurs, la perception mondiale.

Mais là encore, une question demeure absente : que s’est-il passé concrètement, ce soir-là, pour protéger l’arbitre et l’autorité du match ?

Car défendre l’arbitrage, ce n’est pas seulement former, équiper ou communiquer.

C’est assumer, publiquement et fermement, que l’arbitre a autorité, même sous pression extrême.

Or cette défense n’apparaît nulle part dans la déclaration.

Une communication qui révèle plus qu’elle ne rassure

En réalité, cette déclaration présidentielle dit beaucoup plus qu’elle ne le souhaite.

Elle reconnaît implicitement que le cadre disciplinaire est insuffisant, que la dissuasion n’a pas fonctionné, que la gouvernance de crise doit être repensée, que la finale a porté atteinte à la réputation de la CAF.

Mais elle ne répond pas à la question essentielle : qui a réellement payé le prix de cette défaillance ?

À cette question, aujourd’hui, beaucoup de Marocains ont le sentiment de connaître la réponse.

Pour finir, rappelons au Président Motsepe que l’intégrité ne se proclame pas, elle se démontre

L’intégrité du football africain ne se défend pas uniquement par des communiqués solennels cher Président. Elle se construit par : la clarté des règles, la hiérarchie des fautes, la proportionnalité réelle des sanctions, et le courage institutionnel dans les moments critiques.

En parlant d’« avenir », de « réformes » et de « mesures à venir », la CAF admet que le présent a failli.

Mais pour le Maroc, cette finale n’est pas un cas d’école pour demain.

C’est une injustice vécue aujourd’hui.

Et c’est précisément là que le malaise persiste.

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