Rouge et vert jusqu’à l’aube : le Maroc en liesse, les Lions de l’Atlas à deux pas de l’histoire

Rouge et vert jusqu’à l’aube : le Maroc en liesse, les Lions de l’Atlas à deux pas de l’histoire

Les supporters marocains célèbrent leur victoire à Agadir après le match de quart de finale de la Coupe d'Afrique des nations (CAN) de football entre le Cameroun et le Maroc, disputé à Rabat le 9 janvier 2026. (Photo de FRANCK FIFE / AFP)

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Par Hassan Zakariaa avec MAP

Vendredi soir, le Maroc n’a pas seulement remporté un quart de finale de Coupe d’Afrique des Nations. Il a vécu un moment de communion nationale rare, une nuit suspendue où le football s’est mué en langage collectif. La victoire maîtrisée face au Cameroun (2-0), synonyme de qualification pour les demi-finales de la CAN 2025 disputée à domicile, a provoqué un ouf général de soulagement et déclenché une euphorie immédiate et massive à travers tout le Royaume. Dans les rues, sur les places, dans les cafés et les foyers, une même certitude s’est imposée : cette équipe avance avec force, et l’histoire continentale n’est plus qu’à deux matchs.

Le Maroc a enfin convaincu sur tous les plans : Défensivement solide, avec une charnière sereine et un gardien vigilant, le milieu a su dicter le tempo, alterner conservation et accélération, tandis que les couloirs ont été constamment animés.  (Photo AFP)

Une nuit rouge et verte, du nord au sud

À peine le coup de sifflet final retenti au Stade Prince Moulay Abdellah que le Maroc s’est embrasé. De Tanger à Dakhla, d’Oujda à Essaouira, en passant par Laayoune, Casablanca, Settat ou encore Fès, Marrakech et Agadir, les villes se sont illuminées de la joie de leurs populations, de klaxons, de chants et de drapeaux. Les artères principales se sont transformées en lieux de célébration spontanée. La circulation est devenue accessoire, presque symbolique. Les voitures avançaient au pas, fenêtres ouvertes, occupants debout sur les sièges, enfants brandissant des écharpes rouges et vertes, smartphones levés pour immortaliser une nuit promise à la mémoire collective.

Dans les quartiers populaires comme dans les centres-villes, les scènes se répétaient à l’identique. Des familles entières sorties célébrer ensemble, des groupes de jeunes scandant “Dima Maghrib”, des passants se congratulant sans se connaître. Les chants patriotiques couvraient le bruit des moteurs, l’hymne national résonnait à intervalles réguliers, repris à pleins poumons. Le football redevenait ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : un espace de partage et de fierté commune.

Les cafés, encore ouverts tard dans la nuit, repassaient en boucle les temps forts du match. On commentait les actions, on revivait les buts, on analysait les phases défensives, parfois avec un sérieux d’expert improvisé. Les sourires étaient larges, les voix souvent rauques. “Cette équipe nous ressemble et nous rassemble”, glissait un supporter enveloppé dans le drapeau national, comme une évidence partagée.

Un Maroc maître de son quart de finale

Sur le terrain, la sélection nationale a livré son match le plus abouti depuis le début de la compétition. Face à un Cameroun quintuple champion d’Afrique, réputé pour sa densité physique et son expérience des grands rendez-vous, le Maroc n’a jamais donné l’impression de subir. Organisation tactique rigoureuse, pressing haut constant, maîtrise des tempos : les Lions de l’Atlas ont dominé leur sujet avec une maturité réconfortante.

Dès les premières minutes, les intentions étaient claires. Le Maroc voulait le ballon, voulait le jeu, voulait imposer son rythme. Les Camerounais ont été rapidement contraints de défendre bas, peinant à franchir le premier rideau marocain. Les duels étaient remportés, les deuxièmes ballons récupérés, les transitions rapides. Ce contrôle territorial et mental s’est traduit logiquement par l’ouverture du score à la 26e minute, sur un coup de pied arrêté parfaitement exploité.

Le deuxième acte n’a pas changé la physionomie générale. Même lorsque le Cameroun a tenté de se projeter davantage, le Maroc est resté solide, discipliné, sans jamais céder à la précipitation. Le second but, inscrit à la 74e minute, a définitivement scellé une victoire construite avec méthode, patience et réalisme.

Brahim Diaz, l’homme des records

S’il fallait incarner cette CAN marocaine, un nom s’impose avec évidence : Brahim Diaz. En ouvrant le score face au Cameroun, l’attaquant du Real Madrid est entré dans l’histoire de la compétition. Il est devenu le premier joueur à marquer lors de ses cinq premières apparitions en phase finale de la Coupe d’Afrique des Nations, un exploit inédit en 67 ans.

Avec des buts inscrits face aux Comores, au Mali, à la Zambie, à la Tanzanie et au Cameroun, Brahim Diaz rejoint un cercle extrêmement restreint. Il est également le seul, depuis plus d’un demi-siècle, à avoir trouvé le chemin des filets lors des cinq premiers matchs d’une même édition. Plus qu’un simple buteur, il est devenu le visage offensif de cette sélection, capable de faire basculer un match tout en s’inscrivant pleinement dans le collectif.

Mais réduire la performance marocaine à un seul homme serait une erreur. Ce quart de finale a surtout révélé un groupe enfin complet, équilibré, où chaque ligne a répondu présent.

Une équipe qui a trouvé son équilibre

Longtemps critiqué pour un jeu jugé prudent, parfois trop calculateur, le Maroc a cette fois convaincu sur tous les plans. Défensivement solide, avec une charnière sereine et un gardien vigilant, le milieu a su dicter le tempo, alterner conservation et accélération, tandis que les couloirs ont été constamment animés.

Ismaël Saibari, jusque-là en retrait dans la compétition, a livré une prestation référence. Disponible, discipliné, efficace, il a symbolisé cette montée en puissance collective en inscrivant le deuxième but. Un but libérateur, mais surtout révélateur d’une équipe où les responsabilités ne reposent plus sur une poignée de joueurs.

Achraf Hakimi, infatigable, a encore démontré son importance dans l’équilibre général, tandis que les remplaçants ont apporté leur contribution sans faire baisser l’intensité. Le Maroc ne dépend plus d’un plan unique : il sait s’adapter, gérer, accélérer, fermer le jeu si nécessaire.

Le douzième homme, omniprésent

Impossible d’évoquer ce parcours sans souligner le rôle du public. À Rabat, plus de 60 000 supporters ont transformé le Stade Prince Moulay Abdellah en forteresse. Dès l’échauffement, l’ambiance était électrique. Pendant 90 minutes, chaque récupération de balle, chaque duel gagné, chaque projection offensive était accompagnée d’un rugissement collectif.

Les joueurs l’ont reconnu unanimement. “Nous avons joué à douze”, a affirmé le sélectionneur, saluant une atmosphère qu’il n’a pas hésité à comparer à celle du Mondial 2022. Cette ferveur dépasse largement les tribunes. Elle se prolonge dans les rues, sur les réseaux sociaux, dans les discussions quotidiennes. Cette CAN à domicile est devenue un événement national total.

Les déclarations d’après-match traduisent cette conscience collective. Sofyan Amrabat a insisté sur l’unité du groupe et l’impact décisif des supporters. Romain Saïss a évoqué un plafond de verre enfin brisé, rappelant que le Maroc n’avait plus atteint le dernier carré continental depuis 2004. Tous ont répété le même message : fierté, mais vigilance.

À deux matchs du sommet

Le symbole est immense. Depuis le sacre de 1976, le Maroc poursuit une deuxième étoile africaine qui semble parfois inaccessible. Cette génération, nourrie par l’expérience du Mondial 2022 et portée par une dynamique exceptionnelle, se trouve aujourd’hui à deux rencontres d’un exploit historique. À domicile, devant son public, face à l’Afrique entière, les Lions de l’Atlas ont une opportunité rare.

La demi-finale, contre le vainqueur du choc Nigeria-Algérie, promet une affiche de très haut niveau. Walid Regragui, fidèle à son approche, refuse toute projection excessive. “Nous n’avons encore rien accompli”, martèle-t-il, appelant à garder les pieds sur terre. Mais derrière cette prudence assumée, une conviction profonde s’installe.

Un pays qui recommence à croire

Cette CAN 2025 a réveillé quelque chose de profond au Maroc. Elle a ravivé une fierté collective, autant pas son infrastructure, son organisation que son équipe, a  redonné au football son rôle de miroir national, rappelé sa capacité à rassembler au-delà des différences sociales, générationnelles ou régionales. Le Maroc ne se contente plus d’espérer. Il avance, sûr de sa force, conscient de son potentiel.

“Dima Maghrib”. Plus qu’un slogan, une profession de foi.

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