Sécurisation du sport à l’ère numérique : le Maroc affine son modèle à l’épreuve des grands rendez-vous internationaux

Sécurisation du sport à l’ère numérique : le Maroc affine son modèle à l’épreuve des grands rendez-vous internationaux

L’inauguration du Centre de coopération policière africaine à Salé le jeudi 18 décembre 2025. De G à D : Yassien Mansouri (DGED), Abdellatif Hammouchi (DGSN/DGST), Nasser Bourita (AE), Mohamed Haramou (Gendarmerie Royale), Mohamed Berrid (FAR) et Mohammed Yaacoubi (Wali)

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En marge de la Coupe d’Afrique des Nations Maroc-2025 et à l’approche de la Coupe du monde 2030, le Royaume affine un modèle inédit de sécurisation des grandes manifestations sportives. À Rabat, magistrats, responsables sécuritaires, décideurs publics et experts internationaux ont dressé le bilan d’une approche intégrée où droit, prévention, technologie et valeurs citoyennes convergent pour faire du sport un espace sûr, inclusif et porteur de cohésion sociale.

Une justice de proximité au cœur des stades

L’une des innovations majeures mises en œuvre lors de la CAN-2025 réside dans l’installation de bureaux judiciaires au sein même des stades. Selon le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, près de soixante contraventions ont été traitées directement sur place, sans transfert vers les commissariats. Les infractions constatées ont été jugées séance tenante, avec règlement immédiat des amendes. Cette justice de proximité a permis de désengorger les services de police tout en renforçant le sentiment d’efficacité et de dissuasion. Elle illustre une volonté claire de concilier fermeté, célérité et respect des droits, tout en saluant le comportement globalement discipliné des supporters durant la compétition.

Le sport face à de nouveaux défis sociétaux

Pour Khaled bin Abdulaziz Al-Harfash, responsable à l’Université arabe Naif des sciences de la sécurité, le sport est aujourd’hui confronté à des défis multiples qui menacent sa vocation fédératrice. Fanatisme, racisme, discours de haine et violences parasitent certains événements et en détournent le sens. Face à cette réalité, il appelle à une intensification de la coopération entre institutions sécuritaires et sportives, fondée sur la science, la bonne gouvernance et l’intégration des Objectifs de développement durable. Le sport, rappelle-t-il, demeure un levier stratégique de paix et de développement dans l’Agenda 2030 des Nations Unies, à condition que sa sécurité soit pensée de manière globale.

Fermeté judiciaire et responsabilité collective

Le Premier président de la Cour de cassation, Mohamed Abdennabaoui, a insisté sur l’urgence de traiter les dérives liées au sport avec fermeté et responsabilité. Les grands événements ne se limitent plus à un match dans un stade, mais constituent désormais des écosystèmes complexes, physiques et numériques, impliquant des villes entières, des infrastructures critiques et des millions de spectateurs connectés. Cette mutation expose le sport à de nouvelles menaces, notamment cybernétiques, qui exigent une adaptation du cadre juridique et judiciaire. Le Maroc, engagé dans la perspective du Mondial 2030, se prépare à relever ce défi par la modernisation de ses dispositifs légaux et par un investissement accru dans la recherche et la coopération internationale.

La politique pénale au service des valeurs sportives

Le procureur général du Roi et président du ministère public, Hicham Balaoui, a rappelé que la lutte contre les atteintes à l’intégrité du sport constitue une priorité de la politique pénale. Des circulaires ont été adressées aux parquets pour garantir l’application stricte des lois réprimant la violence lors des manifestations sportives. La création de bureaux judiciaires dans les stades s’inscrit dans cette logique d’intervention rapide et équitable. Cette expérience, qualifiée de pionnière, pourrait être élargie à l’avenir afin de répondre aux exigences spécifiques des espaces sportifs et de préserver durablement l’ordre public.

Un dispositif sécuritaire proactif et intégré

Du côté des forces de sécurité, la DGSN et la Gendarmerie Royale ont mis en avant un modèle fondé sur l’anticipation et la neutralisation des risques à la source. Le préfet Zitouni El Hail a détaillé un dispositif reposant sur des plans opérationnels précis, un commandement coordonné et une veille numérique permanente. Grâce à l’intelligence artificielle, les services analysent en continu les contenus suspects en ligne afin de détecter appels à la violence, fraudes à la billetterie, discours racistes ou campagnes de désinformation. La Gendarmerie Royale, pour sa part, a souligné son rôle dans la sécurisation des axes de transport, des sites d’hébergement et des déplacements des supporters, considérant les espaces périphériques aux stades comme des prolongements naturels de l’événement sportif.

Dissuasion et prévention, deux piliers indissociables

Le ministre de l’Éducation nationale, du préscolaire et des Sports, Mohamed Saad Berrada, a présenté une stratégie nationale articulée autour de la dissuasion et de la prévention. Si l’application rigoureuse de la loi reste indispensable, elle doit être complétée par des actions de sensibilisation ciblant principalement les jeunes. La société civile, les fédérations sportives et les médias sont appelés à jouer un rôle central dans la promotion d’une culture d’encouragement positif, de respect et de fair-play. L’objectif est clair : empêcher que des comportements marginaux ne viennent ternir l’image d’un sport profondément ancré dans les valeurs de tolérance de la société marocaine.

Le numérique, nouveau champ de vigilance

Les débats du symposium ont également mis en lumière les enjeux juridiques et numériques liés à la sécurisation des grands événements sportifs. Des experts internationaux ont insisté sur la nécessité d’une planification fine de la gestion des foules et sur l’apport décisif des technologies dans la prévention des risques. La Convention de Saint-Denis du Conseil de l’Europe a été présentée comme un cadre normatif de référence, fondé sur une approche multi-acteurs. L’expérience portugaise a montré l’importance d’une gouvernance coordonnée, allant au-delà des seules mesures policières, pour sanctionner les comportements violents et améliorer les standards de sécurité.

Le sport comme rempart contre l’extrémisme

Au-delà des dispositifs techniques et juridiques, le rôle du sport dans la prévention de l’extrémisme violent a occupé une place centrale dans les discussions. Des intervenants africains et onusiens ont souligné la capacité du sport à intégrer les jeunes et les catégories vulnérables, en leur offrant un cadre d’expression positif. Les entraîneurs, en particulier, sont appelés à devenir des passeurs de valeurs, capables de transmettre bien plus que des compétences techniques. À l’inverse, sans éducation à la tolérance, les arènes sportives peuvent devenir des vecteurs de haine et de radicalisation.

Vers un modèle marocain de sécurisation sportive

À travers ces échanges, le Maroc apparaît comme un laboratoire d’expériences en matière de sécurisation des grands événements sportifs. Justice de proximité, veille numérique, coopération interinstitutionnelle et prévention sociale composent les piliers d’un modèle appelé à se consolider à l’horizon 2030. En misant sur l’équilibre entre fermeté et pédagogie, technologie et humanisme, le Royaume entend faire du sport non seulement un spectacle mondial, mais aussi un espace de sécurité, de citoyenneté et de paix durable.

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