5e Africa Financial Summit pour libérer la souveraineté financière de l’Afrique

5e Africa Financial Summit pour libérer la souveraineté financière de l’Afrique

La souveraineté ne vise ni l’isolement ni la rupture avec le reste du monde, mais la maîtrise de son propre destin. « L’Afrique ne veut pas ériger de murs, mais orienter ses priorités selon ses besoins » (Nadia Fettah)

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Casablanca a ouvert lundi les portes du 5e Africa Financial Summit (AFIS), rendez-vous majeur de la finance africaine, autour du thème évocateur : « Notre capital, notre puissance : libérons la souveraineté financière de l’Afrique ». Deux jours de débats pour repenser les mécanismes du financement du développement, à l’heure où le continent cherche à transformer son capital en levier de puissance. Cette édition réunit plus de 1.200 décideurs venus de tout le continent pour tracer les contours d’une finance africaine intégrée, inclusive et audacieuse.

Pour un nouveau leadership africain

Le ton du sommet est donné : l’Afrique ne veut plus être un simple réceptacle de capitaux étrangers, mais un producteur de richesse et un acteur souverain du jeu économique mondial. La ministre Nadia Fettah l’a affirmé avec conviction : « Nous disposons du capital, mais il ne circule pas suffisamment ». Pour elle, trois maîtres-mots s’imposent : la confiance, l’interopérabilité et l’audace.

La confiance, d’abord, entre États, régulateurs et investisseurs, repose sur des institutions solides, des règles stables et des marchés profonds. L’interopérabilité, ensuite, est la condition sine qua non pour fluidifier les flux de capitaux, harmoniser les régulations et connecter les systèmes financiers africains. Quant à l’audace, elle doit permettre la création d’instruments conçus par et pour l’Afrique : fonds d’infrastructures, obligations vertes, titrisations régionales ou mécanismes de paiement interafricains.

Ces idées prennent déjà forme. La ministre a cité le Pan-African Payment and Settlement System (PAPSS), opérationnel dans seize pays, qui permet des paiements directs en monnaies locales et pourrait économiser jusqu’à 5 milliards de dollars par an en frais de conversion. Autre initiative phare : le African Exchanges Linkage Project (AELP), connectant sept bourses africaines pour favoriser l’investissement croisé et renforcer la liquidité des marchés.

Dans cette dynamique, la montée en puissance des fintechs africaines – près de 40 milliards de dollars de revenus projetés d’ici 2025 – incarne la vitalité d’un écosystème en pleine mutation, où l’inclusion financière devient un moteur de croissance durable.

Un continent décidé à penser et financer son avenir

L’AFIS 2025, organisé à l’initiative de Jeune Afrique Media Group en partenariat avec l’IFC, s’impose comme une plateforme de dialogue stratégique entre le public et le privé. Six grands axes structurent les débats : la stabilité économique mondiale, les perspectives bancaires, les marchés des capitaux, la finance durable, l’expansion de l’assurance et la révolution numérique portée par les fintechs.

Nadia Fettah a rappelé que cette souveraineté ne vise ni l’isolement ni la rupture avec le reste du monde, mais la maîtrise de son propre destin. « L’Afrique ne veut pas ériger de murs, mais orienter ses priorités selon ses besoins », a-t-elle insisté. Cette ambition passe par la mise en place d’outils concrets : création de pools d’assurance régionaux pour faire face aux chocs climatiques, cybernétiques ou logistiques ; émissions d’obligations de développement durable adossées à des projets d’eau, d’énergie et d’éducation ; ou encore mise en réseau des banques et assurances pour renforcer les capacités locales de financement.

Le Maroc, fort de son expérience des partenariats public-privé et de son rôle moteur dans la coopération Sud-Sud, y contribue activement. Casablanca, pôle financier émergent, se positionne comme une passerelle entre le continent et les marchés internationaux. « L’Afrique n’a pas besoin d’être sauvée », a conclu Nadia Fettah. « Elle doit simplement mobiliser sa propre force – celle de ses institutions, de ses femmes, de ses jeunes et de son épargne. »

Le sommet, qui se poursuit jusqu’au 4 novembre, se veut ainsi un laboratoire d’idées et d’actions pour donner corps à cette vision : une finance africaine unie, audacieuse et tournée vers l’avenir, où la souveraineté se mesure moins à la dépendance qu’à la capacité de créer et de partager la valeur.

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