Actu
À Doha, le Maroc renforce son offensive anticorruption et place l’intégrité des affaires au cœur de la compétitivité économique
« La corruption constitue une défaillance profonde des mécanismes de marché. Lorsqu’elle devient un moyen d’obtenir un avantage concurrentiel, elle pénalise les entreprises vertueuses et fausse les règles de la concurrence » ( Mohamed Benalilou)
En marge de la 11e Conférence des États parties à la Convention des Nations unies contre la corruption, tenue à Doha, le Maroc a signé un mémorandum d’entente entre l’INPPLC et l’Académie internationale de lutte contre la corruption, couplée aux prises de position de Mohamed Benalilou sur l’intégrité des affaires pour consacrer une vision où transparence, confiance et performance économique deviennent indissociables.
Un accord au cœur de la gouvernance mondiale anticorruption
La signature du mémorandum d’entente entre l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption et l’Académie internationale de lutte contre la corruption s’inscrit dans un moment diplomatique et institutionnel porteur. Paraphé à Doha par Mohamed Benalilou et Drago Kos, doyen par intérim de l’IACA, l’accord établit un cadre général de coopération fondé sur l’échange d’expertises, la formation, la recherche scientifique et le développement de programmes conjoints en matière de prévention de la corruption.
Cet accord, conclu en marge d’un rendez-vous multilatéral majeur, traduit la volonté des deux institutions de s’aligner sur les standards internationaux consacrés par la Convention des Nations unies contre la corruption. Il marque également une reconnaissance mutuelle du rôle central de la coopération internationale face à un phénomène dont les ramifications dépassent largement les frontières nationales.
La corruption, un défi global aux effets systémiques
Selon l’INPPLC, le mémorandum découle d’une prise de conscience partagée des impacts profonds de la corruption sur la stabilité des sociétés, la crédibilité des institutions démocratiques et la solidité de l’État de droit. Au-delà de ses dimensions juridiques et morales, la corruption est perçue comme un frein majeur au développement durable, à la prospérité économique et à la pleine jouissance des droits humains.
Dans cette perspective, les deux parties affirment que la lutte contre la corruption ne peut relever d’une action isolée ou strictement institutionnelle. Elle suppose une mobilisation globale impliquant les pouvoirs publics, le secteur privé, la société civile et les citoyens, dans une logique de responsabilité partagée et d’engagement collectif.
Des domaines de coopération étendus et opérationnels
Le mémorandum prévoit un ensemble de champs d’action concrets. Il inclut le lancement de projets communs, l’organisation de réunions périodiques d’évaluation, l’échange d’informations d’intérêt commun et la mise en place de programmes de renforcement des capacités institutionnelles. La formation, l’éducation et la recherche scientifique occupent une place centrale, tout comme l’organisation de séminaires spécialisés, de conférences et l’octroi d’une assistance technique ciblée.
À travers cet accord, l’INPPLC entend consolider son positionnement en tant qu’acteur constitutionnel clé de la politique nationale d’intégrité, tout en renforçant son ancrage dans les réseaux internationaux spécialisés. La dimension symbolique de cette signature est d’autant plus forte que l’IACA est considérée comme une institution de référence mondiale dans le domaine de la formation et de la recherche anticorruption.
Le Maroc, un acteur engagé sur la scène internationale
La présence du Maroc à Doha souligne l’importance accordée par le Maroc à cette coopération. Cette dynamique reflète également la reconnaissance croissante du rôle de l’INPPLC comme partenaire crédible au sein de l’écosystème mondial de lutte contre la corruption, capable d’articuler les enjeux nationaux avec les standards et pratiques internationaux.
En parallèle de la signature du mémorandum, Mohamed Benalilou a porté la voix du Maroc lors de la réunion annuelle du Réseau d’intégrité des affaires pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord. Dans son allocution d’ouverture, il a souligné que l’intégrité des affaires est devenue une condition fondamentale de l’investissement durable et de l’adaptation aux mutations rapides des marchés et de la finance internationale.
Selon lui, les chaînes de valeur mondiales ne peuvent plus être appréhendées comme de simples dispositifs logistiques. Elles sont désormais des structures de confiance mesurables, où la crédibilité d’un acteur économique repose autant sur sa capacité de production que sur son respect des principes de transparence et d’intégrité.
La corruption comme distorsion du marché
Mohamed Benalilou a rappelé que la corruption constitue une défaillance profonde des mécanismes de marché. Lorsqu’elle devient un moyen d’obtenir un avantage concurrentiel, elle pénalise les entreprises vertueuses et fausse les règles de la concurrence. La restauration d’un marché équitable passe ainsi par l’identification et la réforme des segments les plus vulnérables à la corruption.
Dans ce contexte, l’évaluation des risques liés à l’intégrité des affaires n’est plus un exercice formel destiné aux auditeurs. Elle devient un langage commun entre l’État et le marché, un outil d’aide à la décision fondé sur l’analyse des vulnérabilités, la mesure de l’impact des risques et la définition de mécanismes de prévention et d’intervention.
Action collective et solutions pragmatiques
Le président de l’INPPLC a insisté sur le fait que l’action collective en matière d’intégrité ne peut se limiter à des engagements symboliques. Elle doit se traduire par des outils concrets, tels que la standardisation des critères, la mise en place de mécanismes transparents de signalement et de protection, ainsi que l’adoption de protocoles clairs pour les transactions économiques.
L’objectif est de réduire ce qu’il a qualifié de privilège de la corruption, en instaurant un seuil minimal commun qui érige l’intégrité en principe général du marché. Une telle approche permettrait de renforcer la confiance, de sécuriser les investissements et de favoriser une concurrence loyale.
L’intégrité comme investissement stratégique
Dans une région caractérisée par une forte dynamique économique mais aussi par des défis structurels persistants, Mohamed Benalilou a appelé à transformer les débats en solutions adaptées aux contextes nationaux, sans céder à la complaisance. Il a souligné que l’intégrité ne constitue pas un coût supplémentaire pour les entreprises, mais un investissement stratégique dans un capital immatériel essentiel : la confiance.
Cette confiance conditionne l’accès aux financements, la pérennité des entreprises et la résilience des économies. En ce sens, le renforcement de l’intégrité des affaires contribue non seulement à protéger les institutions, mais aussi à améliorer la compétitivité et à ouvrir des perspectives de développement plus équitables et durables.