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Atlantic Dialogues à Rabat : le Maroc au cœur d’un nouvel horizon atlantique, entre géopolitique, croissance et avenir du travail
« La tenue de la conférence au sein de l’UM6P n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans la continuité d’une infrastructure intellectuelle que le PCNS entend consolider, en articulant recherche, dialogue stratégique et transmission aux jeunes générations » (Karim El Aynaoui)
Réunis à Rabat pour la 14e édition des Atlantic Dialogues, décideurs politiques, diplomates, chercheurs et acteurs économiques ont dressé le portrait d’un Atlantique en recomposition. Portée par la Vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, la conférence du Policy Center for the New South s’est affirmée comme un laboratoire d’idées où se croisent ambitions géopolitiques, intégration africaine, transition économique et refondation du travail à l’ère des mutations globales.
Un rendez-vous devenu une culture du débat
Depuis sa création en 2012, The Atlantic Dialogues s’est progressivement imposée comme bien plus qu’une conférence annuelle. À l’ouverture de cette 14e édition, organisée du 11 au 13 décembre à Rabat, au siège du Policy Center for the New South sur le campus de l’Université Mohammed VI Polytechnique, le président exécutif du PCNS, Karim El Aynaoui, a rappelé cette ambition fondatrice : faire de cet événement un espace ouvert, structuré et durable de débat. Sous le Haut Patronage du Roi Mohammed VI, la rencontre a réuni une constellation de personnalités marocaines et étrangères, diplomates, responsables politiques, chercheurs, experts de think tanks et représentants du secteur privé, venus des quatre rives de l’Atlantique.
La tenue de la conférence au sein de l’UM6P n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans la continuité d’une infrastructure intellectuelle que le PCNS entend consolider, en articulant recherche, dialogue stratégique et transmission aux jeunes générations. Au fil des années, les Atlantic Dialogues ont forgé une véritable communauté de réflexion, forte de plus de 2.000 participants, animée par une méthode privilégiant l’échange franc, la confrontation d’idées et la recherche de solutions concrètes.
Un Atlantique repensé face aux crises globales
Cette édition s’inscrit dans un contexte international marqué par une accumulation de crises : tensions géopolitiques persistantes, remise en question du multilatéralisme, fragilisation des démocraties, chocs climatiques et vulnérabilité accrue des chaînes de valeur mondiales. Fidèle à son format élargi depuis 2024, la conférence a adopté une approche pluridisciplinaire pour analyser ces bouleversements et proposer des pistes de réforme adaptées aux réalités contemporaines.
Dès le premier panel, une question structurante a été posée : la démocratie est-elle encore capable de tenir ses promesses dans un monde traversé par la défiance et des transformations profondes ? Autour de cette interrogation, neuf sessions plénières et une vingtaine d’ateliers en petits groupes ont permis d’explorer les dynamiques atlantiques sous des angles multiples, allant de la gouvernance politique aux enjeux économiques, sécuritaires et environnementaux.
Parmi les thèmes émergents, la place accordée aux corridors maritimes internationaux a retenu l’attention. Longtemps abordés sous l’angle strictement commercial, ces espaces sont désormais envisagés comme des biens communs stratégiques, essentiels à la réduction des tensions géopolitiques, à la fluidité du commerce mondial et à la protection des écosystèmes marins.
L’Initiative Royale Atlantique, une architecture de long terme
Au cœur des discussions, l’Initiative Atlantique lancée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI a occupé une place centrale. Intervenant lors d’un panel consacré à l’engagement du Maroc vers l’Atlantique, l’ambassadeur du Royaume aux États-Unis, Youssef Amrani, a présenté cette Initiative comme une vision stratégique de long terme, capable de transformer un espace fragmenté en une région géopolitique cohérente et intégrée.
Selon lui, cette approche repose sur des piliers clairs : ordre, stabilité, connectivité et création d’opportunités. Elle vise à ériger la façade atlantique africaine en un espace d’anticipation, de sécurité et de prospérité partagée, en partant d’un principe fondamental : aucune architecture régionale ne peut être viable sans stabilité durable, ni développement sans gouvernance prévisible.
Dans cette perspective, la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations Unies sur la question du Sahara marocain a été qualifiée de tournant stratégique. En consacrant l’Initiative d’autonomie sous souveraineté marocaine comme base unique de solution politique, elle apporte, selon M. Amrani, la clarté nécessaire à la mise en œuvre de projets structurants à haute valeur géopolitique et économique.
Des projets structurants pour un Atlantique africain intégré
L’Initiative Royale Atlantique se décline à travers une série de projets d’envergure, appelés à redessiner les équilibres régionaux. Le Corridor Atlantique Dakhla-Sahel, le Port Atlantique de Dakhla, le complexe portuaire Tanger Med, le Gazoduc Africain Atlantique ou encore les futurs corridors énergétiques figurent parmi les leviers majeurs de cette transformation.
Ces infrastructures ne répondent pas uniquement à des impératifs logistiques. Elles s’inscrivent dans une logique d’intégration régionale, de transition énergétique et de sécurisation des échanges. À travers elles, l’Afrique atlantique est appelée à devenir un arc géostratégique reliant le Sahel à l’Europe et aux Amériques, au sein d’un réseau de stabilité, d’énergie, de logistique et de coopération climatique.
Pour Youssef Amrani, cette dynamique permettra de faire émerger un espace stratégique unifié, où les politiques convergent et où la planification de long terme devient possible. Elle repose sur une vision inclusive, fondée sur des partenariats équilibrés, une prise de décision africaine assumée et la capacité du continent à faire entendre sa propre voix sur la scène internationale.
Le Maroc, puissance régionale en consolidation
Cette lecture a été largement partagée par Paulo Portas, ancien ministre portugais des Affaires étrangères et membre de l’Académie du Royaume du Maroc. Pour lui, la Vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI confirme et renforce le statut du Maroc en tant que puissance régionale en Afrique, à travers une présence multidimensionnelle accrue sur le continent.
L’ancien chef de la diplomatie portugaise a souligné que l’orientation africaine du Royaume s’inscrit dans la durée. Elle se manifeste par l’implantation d’entreprises marocaines, des investissements massifs dans des secteurs stratégiques et des initiatives de coopération Sud-Sud qui traduisent une diplomatie économique active et structurée. Dans un contexte continental complexe, cette approche contribue, selon lui, de manière essentielle à la stabilité régionale.
Sur la question de l’intégrité territoriale, Paulo Portas a salué ce qu’il considère comme un remarquable succès diplomatique du Maroc. La consolidation d’un large consensus international autour de l’Initiative d’autonomie pour les provinces du Sud, soutenue notamment en Europe, illustre une diplomatie persévérante et cohérente, en phase avec les principes de stabilité et de développement.
Réinventer la croissance pour penser le travail de demain
Au-delà des enjeux géopolitiques, les Atlantic Dialogues ont également été un espace de réflexion sur les transformations économiques et sociales en cours. Le ministre de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences, Younes Sekkouri, a appelé à repenser en profondeur l’avenir du travail, en l’inscrivant dans une équation plus large, centrée sur le futur de la croissance.
Selon le ministre, anticiper les mutations économiques, technologiques et environnementales est devenu indispensable pour définir les profils de compétences dont le marché du travail aura besoin dans les prochaines décennies. Il a insisté sur le fait que certaines compétences humaines fondamentales, comme le leadership, la prise de décision ou la gestion de situations complexes, restent irréductibles à l’intelligence artificielle, car elles sont intimement liées à l’expérience vécue et à l’interaction humaine.
Pour autant, la montée en puissance des compétences numériques, notamment en intelligence artificielle, en science des données et en technologies de nouvelle génération, ne peut être ignorée. L’enjeu, a-t-il souligné, ne réside pas seulement dans la maîtrise technique de ces outils, mais dans la capacité à les mobiliser pour stimuler l’innovation et créer de la valeur.
Compétences vertes, métiers techniques et inclusion
La transition écologique a occupé une place centrale dans cette réflexion. Younes Sekkouri a rappelé que les décisions internationales en matière environnementale ont des répercussions directes sur des industries clés comme l’automobile, l’aéronautique ou les industries mécaniques. Ces mutations entraînent des impacts économiques et sociaux majeurs, rendant nécessaire le développement de compétences adaptées pour accompagner la transition et s’aligner sur les nouvelles normes internationales.
Le ministre a également mis en avant l’importance des compétences commerciales et de la formation professionnelle, soulignant que les métiers manuels et techniques demeurent essentiels et structurants pour l’économie. Pour lui, la question centrale de l’avenir de l’emploi réside dans la capacité des gouvernements, du secteur privé et de la société civile à agir de manière intégrée, afin de mobiliser les ressources nécessaires et produire des résultats tangibles.
Inégalités, éducation et responsabilité collective
Cette réflexion a été enrichie par l’intervention de l’économiste et écrivain Jacques Attali, qui a dressé un constat critique des systèmes éducatifs actuels. Selon lui, ces derniers peinent à répondre aux besoins des individus et contribuent à creuser les inégalités sociales. Les nouvelles technologies, loin de réduire ces écarts, tendent parfois à les amplifier, alors qu’elles devraient faire partie des solutions.
Jacques Attali a insisté sur la nécessité de cultiver chez les apprenants la volonté de réussir, la capacité à résister aux échecs et l’adaptabilité face au changement. La session consacrée à l’avenir de l’apprentissage et du travail a ainsi exploré les moyens de concevoir des systèmes éducatifs plus inclusifs, flexibles et réactifs, capables non seulement d’anticiper les mutations, mais aussi de les accompagner activement.
Former les leaders de demain
En marge de la conférence, le Policy Center for the New South a organisé la 12e édition du programme Atlantic Dialogues Emerging Leaders. Destiné à quarante jeunes professionnels âgés de 25 à 35 ans, principalement issus des pays de l’espace atlantique, ce programme incarne la volonté de transmission qui anime les Atlantic Dialogues. Il vise à doter une nouvelle génération de leaders des outils intellectuels et relationnels nécessaires pour relever les défis complexes du bassin atlantique.
En parallèle, la présentation de la 12e édition du rapport Atlantic Currents, publié depuis 2014, a permis de dresser un panorama des grandes tendances économiques, politiques et stratégiques de l’espace atlantique, consolidant le rôle du PCNS comme producteur de savoir et acteur du débat global.
Un laboratoire d’idées au service de l’action
À l’issue de cette 14e édition, les Atlantic Dialogues confirment leur statut de carrefour stratégique, où se croisent visions, diagnostics et propositions. À Rabat, l’Atlantique n’a pas été pensé comme une simple géographie, mais comme un espace politique, économique et humain en devenir.
Portée par la vision du Roi Mohammed VI, l’approche marocaine s’affirme comme une tentative structurée de relier stabilité, développement et intégration régionale, en plaçant l’Afrique atlantique au cœur des équilibres mondiaux. Dans un monde fragmenté, les Atlantic Dialogues rappellent qu’un dialogue exigeant, ancré dans les réalités et orienté vers l’action, demeure l’un des leviers essentiels pour transformer les crises en opportunités.