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Ce Maroc qui brise le silence : une campagne nationale contre la violence numérique faite aux femmes
Amina Bouayach, a mis en garde contre l’ampleur et la nature corrosive des violences véhiculées par les plateformes numériques. Selon elle, la révolution technologique, la vitesse de diffusion des contenus et la porosité des frontières numériques ont fait de ces violences l’un des phénomènes les plus graves en matière de droits humains.
Le Conseil national des droits de l’Homme a lancé à Rabat une vaste campagne pour lutter contre la violence numérique visant les femmes et les filles. Face à une menace devenue structurelle dans l’espace virtuel, le CNDH appelle à une mobilisation nationale, à une meilleure prévention et à un encadrement juridique renforcé.
Une pandémie silencieuse mise en lumière
Le Conseil national des droits de l’Homme a donné, mercredi à Rabat, le coup d’envoi d’une campagne nationale contre la violence numérique à l’égard des femmes et des filles, sous le thème Ne nous taisons pas face à la violence.
L’initiative s’inscrit dans la campagne internationale Tous unis pour mettre fin à la violence numérique à l’égard de toutes les femmes et les filles, et a été lancée à l’occasion d’une conférence-débat intitulée La violence facilitée par la technologie contre les femmes et les filles, une pandémie numérique silencieuse.
Cette rencontre vise à renforcer la mobilisation pour la protection des droits des femmes, dévoiler les mécanismes technologiques utilisés pour porter atteinte à ces droits et promouvoir des stratégies de prévention adaptées aux risques émergents du numérique. Le CNDH insiste également sur la nécessité d’encourager les victimes à dénoncer les violences subies et sur la responsabilité des grandes plateformes numériques dans l’identification, la réduction et la sanction des contenus violents.
Une violence transfrontalière, rapide et profondément intrusive
Dans son allocution, la présidente du CNDH, Amina Bouayach, a mis en garde contre l’ampleur et la nature corrosive des violences véhiculées par les plateformes numériques. Selon elle, la révolution technologique, la vitesse de diffusion des contenus et la porosité des frontières numériques ont fait de ces violences l’un des phénomènes les plus graves en matière de droits humains.
Ces atteintes numériques dépassent les écrans et s’installent dans la vie quotidienne des victimes : harcèlement en ligne, chantage, cyberharcèlement, piratage, diffamation, diffusion non autorisée d’images et de données personnelles, discours de haine, et plus récemment, utilisation de deepfakes et campagnes coordonnées visant journalistes, militantes ou responsables politiques.
Amina Bouayach rappelle que la transformation numérique, bien qu’elle ouvre des horizons d’innovation, sert aussi de terreau à de nouvelles formes d’exclusion et de discrimination. La lutte contre ces violences devient ainsi un enjeu majeur de dignité et d’intégrité.
Une campagne de terrain pour sensibiliser et accompagner
En dehors du cadre numérique, la violence faites aux femmes telle qu’établie par le rapport annuel de la présidence du Ministère public révèle qu’en 2023, environ 86.000 plaintes liées à la violence à l’égard des femmes ont été enregistrées, précisant que l’époux demeure le principal mis en cause, représentant 51 % du total des plaintes contre 44 % en 2022.
La campagne nationale se déploiera jusqu’au 10 décembre et repose sur une stratégie de proximité. Une caravane traversera 12 régions et 12 villes du pays durant 16 jours, avec pour mission d’écouter, informer et guider les citoyennes et citoyens. Un espace interactif, dédié aux risques du numérique et aux bonnes pratiques, sera installé pour renforcer la sensibilisation.
Le Haut-commissaire au Plan, Chakib Benmoussa, a souligné l’extension spectaculaire de la violence numérique, aggravée par l’usage massif des réseaux sociaux. Les femmes célibataires, étudiantes et diplômées constituent les cibles les plus exposées. La violence prend plusieurs formes : diffamation, chantage, injures, cyberharcèlement.
Les statistiques du HCP montrent toutefois une baisse générale des violences faites aux femmes entre 2009 et 2019, particulièrement en milieu urbain. Benmoussa insiste sur la nécessité d’une vision globale qui tienne compte des évolutions sociales et numériques, tout en affirmant que les enquêtes nationales continueront d’alimenter la base de données genrée essentielle aux politiques publiques.
Une approche globale réclamée au niveau international
Pour Myriem Ouchen Noussairi, représentante d’ONU Femmes au Maroc, la lutte contre la violence numérique nécessite une approche intégrée mêlant sensibilisation, renforcement juridique et dispositifs de protection. L’espace numérique, conçu pour l’échange et le dialogue, devient trop souvent un espace d’agressions multiples.
Marie Louise Abomo, Commissaire et présidente du Groupe de travail sur les Droits des Personnes âgées et handicapées, a rappelé que les femmes âgées ou en situation de handicap subissent une double vulnérabilité : en tant que femmes et en tant que personnes marginalisées. Elles sont davantage exposées à l’exclusion sociale et à l’atteinte à leur liberté d’expression.
Dans une intervention préenregistrée, la présidente du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, Nahla Haidar, a averti que les lois actuelles ne couvrent pas encore l’essentiel des violations dans l’espace numérique. Ce vide favorise la peur, limite la participation des femmes et augmente le risque d’exploitation, notamment par l’utilisation abusive de leurs photos ou informations personnelles. Elle appelle les États et le secteur privé à intensifier leurs efforts pour bâtir des cadres juridiques plus efficaces.
Un événement marqué par une forte dimension visuelle
La rencontre a également été marquée par une présentation innovante utilisant la technologie du mapping sur la façade du siège du CNDH. Cette mise en scène immersive a ajouté une dimension visuelle puissante, contribuant à transmettre un message clair sur l’urgence d’agir contre la violence numérique.
En parallèle, une galerie du CNDH a été inaugurée à Mahaj Ryad pour sensibiliser le grand public aux risques numériques et aux moyens d’y faire face, renforçant ainsi la dimension pédagogique de la campagne.
Avec cette initiative, le Maroc franchit une étape importante dans la lutte contre les violences numériques faites aux femmes et aux filles. Une lutte qui exige de la vigilance, des outils adaptés et une mobilisation constante.