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COP30 : Koptera, voix indigène d’Amazonie
Vingt-huit organisations autochtones des neuf pays de l’Amazonie ont présenté leurs propres contributions climatiques, en appelant à la reconnaissance des terres indigènes, à l’accès direct aux ressources, à la protection des défenseurs de la forêt et à la valorisation des savoirs traditionnels
Sous le soleil lourd de Belém, au milieu de la foule pressée des délégués de la COP30, Koptera marche en silence. Venu du cœur de l’Amazonie après plus de vingt-quatre heures de voyage, cet homme du peuple Kayapó incarne la parole tranquille mais implacable de ceux qui vivent encore au rythme de la forêt. Wahiba RABHI de l’agence marocaine Maghreb Arabe Presse, revient sur de personnage qui sans slogans ni chiffres, il rappelle au monde que la survie de l’Amazonie ne se négocie pas : elle se respecte.
Par Wahiba RABHI - MAP
Belém (Brésil) - Sous la moiteur de Belém, il avance lentement, son pas tranquille tranchant avec la hâte des délégués de la COP30. Les regards s’attardent sur lui, curieux. Koptera, lui, garde le silence, les traits impassibles, les yeux plissés, comme s’il écoutait ce que d’autres ne perçoivent pas. Plus de vingt-quatre heures de voyage à travers la forêt amazonienne l’ont conduit jusqu’ici, depuis son village près d’Oriximiná, à plus de 1.500 kilomètres à l’ouest de Belém. Il est venu avec d’autres membres de sa tribu pour savoir, dit-il simplement : « O que vai acontecer com os índios ? », ce qu’il adviendra des siens.
À soixante ans passés, Koptera parle peu. Sa voix est calme, son regard d’une franchise désarmante. « Là-bas, nous avons notre Amazonie. Nous ne voulons pas qu’elle soit détruite. Nous voulons qu’elle reste un lieu où il fait bon vivre », confie-t-il à MAP-Brésil, dans un portugais hésitant. Sa langue, c’est le tupi. Il appartient au peuple Mebêngôkre, « ceux venus de l’eau », connus du monde sous le nom de Kayapó. Leur territoire s’étend le long du Xingu, l’un des grands affluents de l’Amazone.
Dans sa famille, ils sont vingt-cinq, mais sa tribu compte environ 1.800 âmes vivant dans une clairière entourée de forêts denses. Son cocar de plumes jaunes - sans doute d’aras, les traits rouges sur son visage, les peintures sur sa peau racontent mieux que les mots la mémoire d’un peuple lié à la nature. Quand on lui demande ce qu’il espère dire au monde, il réfléchit longuement. Puis : « Nous voulons que la forêt reste pour nous », répète-t-il, comme une prière. Dans sa bouche, le mot respect semble plus fort que tous les engagements signés dans les pavillons de la COP. Il ne parle ni de carbone, ni de neutralité climatique, mais de continuité : de la chasse, de la pêche, des fêtes, de la vie telle qu’elle doit rester. Il sourit parfois, à demi. Son visage se creuse légèrement lorsqu’il parle des menaces : « Ils arrivent et ils prennent. L’or, la terre. Ils détruisent ce qu’on cultive ». Son ton ne trahit ni colère ni résignation, seulement une lucidité usée, forgée dans le temps long des cycles de la forêt.
Les Kayapó se protègent eux-mêmes. Dans son village, le chef s’appelle Tututura ; ensemble, ils surveillent les abords du territoire. « Quand un garimpeiro (chercheur d’or) entre, on le renvoie. Puis, on prévient la Funai (Fondation nationale des peuples indigènes) », explique-t-il. Mais ailleurs, d’autres communautés ont dû fuir, parfois tout abandonner. « Mais cela est terminé aujourd’hui », assure Koptera, faisant référence aux opérations menées par le gouvernement brésilien pour chasser les envahisseurs de certaines terres indigènes. Le territoire kayapó, déjà fragilisé par l’exploitation illégale de l’or, est aussi l’un des plus ravagés par les incendies. Selon l’Institut brésilien de l’environnement (Ibama), les feux sont souvent provoqués par des prospecteurs ouvrant de nouvelles zones d’orpaillage. Les images satellites confirment cette tragédie : les foyers d’incendie se superposent aux zones minières récemment défrichées.
Depuis son retour au pouvoir, le président Lula da Silva multiplie les gestes en faveur de la protection de l’Amazonie et de ses peuples. La déforestation recule sous son mandat. S’il a tenu à organiser la COP30 en Amazonie malgré les problèmes de logistique, c’est justement pour que le monde mesure l’ampleur du défi et voie la forêt telle qu’elle est : habitée, fragile, essentielle à l’équilibre face à l’urgence climatique.
À Belém, Koptera n’a pas accès à la zone bleue du centre de conventions. Ce langage fait de chiffres et de rapports lui échappe. Il attend un autre indigène de son groupe ; c’est lui qui devra prendre la parole lors d’une réunion pour faire « passer le message ». Cette année, près de 1.600 dirigeants participent à la COP30. Ils réclament que la reconnaissance de leurs territoires devienne une politique climatique à part entière. « Sans territoire, il n’y a pas de vie, pas de climat et pas d’avenir », affirme Toya Manchineri, coordinatrice générale de Coiab, la Coordination des organisations autochtones de l’Amazonie brésilienne.
Vingt-huit organisations autochtones des neuf pays de l’Amazonie ont présenté leurs propres contributions climatiques, en appelant à la reconnaissance des terres indigènes, à l’accès direct aux ressources, à la protection des défenseurs de la forêt et à la valorisation des savoirs traditionnels. « Pour tous les Brésiliens, l’autochtone naît et a déjà un salaire. C’est faux. Qui va fournir des bus aux autochtones ? C’est difficile, très difficile », concède-t-il, alors que la pluie tropicale s’abat sur le toit du centre de conférences. Il est arrivé dimanche soir. Il repartira le 21, une fois la conférence terminée. « Là-bas, c’est mieux », glisse-t-il. Là-bas, c’est la forêt. Pendant que le monde parle d’elle, lui continue à en vivre. Et, peut-être, quelque part, à la sauver.