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De Marrakech à Essaouira, la mémoire en couleurs et le jazz en partage
La 9e édition du Festival Jazz sous l’Arganier, fidèle à son identité de carrefour culturel, la C a vibré dès la soirée inaugurale au son d’une fusion subtile entre jazz contemporain et musiques du monde
À la croisée des arts visuels et des musiques du monde, Marrakech et Essaouira vivent au rythme d’événements culturels qui célèbrent la mémoire, la création et le dialogue. Entre l’hommage pictural rendu à Mohammed Ben Allal au musée du Patrimoine Immatériel Jamaâ El-Fna et l’ouverture vibrante du Festival Jazz sous l’Arganier dans la Cité des Alizés, le Maroc culturel affirme une fois encore sa capacité à faire dialoguer héritage populaire et expressions contemporaines.
Marrakech, la mémoire populaire mise en peinture
Au cœur de la médina, le musée du Patrimoine Immatériel Jamaâ El-Fna accueille l’exposition “Mohammed Ben Allal : Récits du quotidien”, consacrée à l’un des peintres autodidactes les plus singuliers de la scène marocaine. Organisée par la Fondation Nationale des Musées en collaboration avec le Musée Bank Al-Maghrib et le MACAAL, cette rétrospective, ouverte jusqu’au 25 mai 2026, propose une immersion sensible dans la mémoire urbaine de Marrakech.
Natif de la cité ocre, Mohammed Ben Allal a fait de la vie quotidienne sa matière première. Souks animés, fêtes populaires, rituels familiaux et scènes artisanales composent un univers pictural où chaque toile agit comme un fragment de mémoire collective. Sa peinture, marquée par une frontalité assumée, des perspectives aplaties et une palette éclatante, évoque la force du récit oral et la spontanéité du conte populaire.
Une archive sensible de la ville ocre
Pensée en résonance avec la vocation patrimoniale du lieu, l’exposition interroge le lien entre art et mémoire vivante. Les œuvres de Ben Allal ne se contentent pas de représenter Marrakech : elles en conservent les rythmes, les gestes et les formes de sociabilité. La place Jamaâ El-Fna y occupe une place centrale, non comme simple décor, mais comme espace de transmission, de parole et de patrimoine immatériel.
Dans une déclaration, Mehdi Qotbi, président de la Fondation Nationale des Musées, a souligné que l’artiste offre “un regard unique sur Marrakech, où l’authenticité populaire dialogue avec une modernité picturale assumée”. Jack Lang, président de l’Institut du Monde Arabe, a quant à lui salué une œuvre capable, malgré son apparente naïveté, de toucher à l’universel.
Essaouira, quand le jazz épouse les vents de l’Atlantique
À quelque deux cents de kilomètres, Essaouira a levé le rideau sur la 9e édition du Festival Jazz sous l’Arganier. Fidèle à son identité de carrefour culturel, la Cité des Alizés a vibré dès la soirée inaugurale au son d’une fusion subtile entre jazz contemporain et musiques du monde. Initié par l’Association Essaouira-Mogador, le festival s’impose comme un rendez-vous incontournable du paysage musical marocain.
Présent à l’ouverture, André Azoulay, conseiller de SM le Roi et président fondateur de l’association, a rappelé que le jazz incarne à Essaouira une “musique de liberté et d’universalité”, en parfaite cohérence avec l’ADN culturel de la ville. Pour lui, la musique demeure avant tout un langage commun, capable de rassembler au-delà des différences.
Des rencontres musicales sans frontières
La soirée d’ouverture a donné le ton avec le trio du guitariste marocain Mohamed Derouich, entouré du batteur belge Stefan Galland et du saxophoniste roumain Mihai Pirvan. Leur performance, à la fois exigeante et chaleureuse, a offert un jazz ouvert, nourri d’influences multiples et porté par une grande complicité scénique.
Le public a ensuite découvert le Jet Fuel Trio, formation réunissant des musiciens du Danemark et de la Gambie. La rencontre entre la kora de Dawda Jobarteh, le saxophone de Michael Blicher et la batterie de Stefan Pasborg a illustré avec force les passerelles possibles entre jazz moderne et racines africaines, dans une énergie communicative.
L’esprit souiri du partage
Fidèle à l’esprit d’ouverture qui caractérise Essaouira, la soirée s’est prolongée par une jam session nocturne, réunissant artistes invités et musiciens locaux. Ces instants improvisés, intimistes et libres, incarnent l’âme du festival : un espace de dialogue permanent entre traditions, improvisation et création.
Pour le directeur artistique Majid Bekkas, la programmation de cette 9e édition a été pensée comme un lieu de rencontre entre générations et esthétiques, confirmant la vocation de la ville à accueillir toutes les musiques et à promouvoir l’échange interculturel.