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Eau et résilience : la remontée notable des réserves redonne de l’oxygène hydrique au Maroc
À l’échelle nationale, le volume total de l’ensemble des barrages est passé de 7.586 millions de mètres cubes le 8 janvier à 7.715 millions de mètres cubes le 12 janvier, un gain de 129 millions de mètres cubes en seulement quatre jours
Le niveau des barrages au Maroc connaît une nette amélioration en ce début d’année, traduisant l’impact positif des récentes précipitations sur les ressources hydriques nationales. Avec un taux de remplissage dépassant désormais les 46 %, les retenues offrent des perspectives plus rassurantes pour l’approvisionnement en eau potable, l’irrigation agricole et la sécurité hydrique globale du Royaume, après plusieurs années marquées par une forte pression hydrique. Au niveau régional, les provinces de Taroudant et de l’oriental respirent mieux.
Un rebond national porté par les pluies
Selon les données publiées sur la plateforme Maghreb Assoudoud, le taux de remplissage des barrages s’établit à 46,03 %, représentant un volume de plus de 7,71 milliards de mètres cubes. À la même période de l’année précédente, ce taux ne dépassait pas 28,31 %, illustrant un redressement significatif des réserves. Cette progression témoigne de l’effet direct des précipitations enregistrées ces derniers mois, dans un contexte où la gestion de l’eau demeure un enjeu stratégique majeur.
Des bassins affichant des niveaux élevés
Le bassin du Bouregreg se distingue par un taux de remplissage exceptionnel de 94,98 %, avec des ressources estimées à 1,27 milliard de mètres cubes. Cette performance est largement soutenue par le barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah, dont le niveau atteint 99,25 %, assurant une sécurité appréciable pour l’alimentation en eau de la région. Le bassin du Tensift affiche également une situation favorable avec un taux de 71,33 %, correspondant à 162,13 millions de mètres cubes, tandis que le bassin du Loukkos enregistre un remplissage de 62,89 %, pour un volume avoisinant 1,20 milliard de mètres cubes.
Des disparités régionales persistantes
D’autres bassins présentent des niveaux plus contrastés. Le bassin du Sebou atteint un taux de 54,81 %, grâce notamment aux barrages Bab Louta, Allal El Fassi et Bouhouda, totalisant 3,43 milliards de mètres cubes. En revanche, les bassins de Drâa-Oued Noun et de l’Oum Er Rbia demeurent sous tension, avec des taux respectifs de 29,83 % et 20,8 %, confirmant la persistance de déséquilibres hydriques régionaux.
Après plusieurs années marquées par la sécheresse et la pression croissante sur les ressources hydriques, les récentes précipitations enregistrées dans différentes régions du Royaume ont profondément modifié la donne. À Taroudant comme dans le bassin de la Moulouya, les barrages suivent la tendance nationale et affichent une nette remontée de leurs niveaux de retenue, renforçant la sécurité hydrique, soutenant l’agriculture et offrant une marge de manœuvre précieuse face aux effets du changement climatique.
Le barrage Aoulouz retrouve des niveaux historiques
Au niveau régional, dans la province de Taroudant, le barrage Aoulouz connaît une situation hydrologique exceptionnelle. À la faveur des pluies abondantes tombées récemment sur la région du Souss-Massa, les retenues de cet ouvrage ont dépassé 89 millions de mètres cubes, portant le taux de remplissage à près de 100 %. Une évolution spectaculaire si l’on considère qu’à la fin du mois de décembre dernier, le barrage ne dépassait pas 28 % de sa capacité. Selon les données de l’Agence du bassin hydraulique du Souss-Massa, ce niveau n’avait plus été atteint depuis 2018, illustrant un retournement significatif de la situation hydrique locale.
Sécuriser l’eau potable et soutenir l’agriculture
Cette amélioration se traduit directement par une plus grande stabilité de l’approvisionnement en eau potable pour la ville de Taroudant et les communes environnantes, fortement dépendantes de cet ouvrage hydraulique. Le barrage constitue en effet l’une des principales sources d’alimentation en eau pour la population locale. Dans le même temps, la remontée des réserves bénéficie au secteur agricole, pilier de l’économie régionale. L’eau d’irrigation, longtemps rationnée, redevient disponible, ce qui devrait améliorer les rendements, préserver les cultures et soutenir la sécurité alimentaire dans une zone particulièrement vulnérable aux aléas climatiques.
Un ouvrage stratégique face au changement climatique
Dans une déclaration à la MAP, le directeur du barrage Aoulouz, Mohamed Ait Wakrim, a souligné que les précipitations récentes ont permis au barrage d’atteindre un niveau couvrant pleinement les besoins en eau potable et agricole. Il a rappelé que cet ouvrage, d’une capacité totale de 108 millions de mètres cubes, joue un rôle central dans la mobilisation et la régulation des ressources hydriques du bassin du Souss. Mis en service au début des années 1990, le barrage contribue également à la réduction des risques d’inondation et à la recharge de la nappe phréatique, renforçant ainsi la résilience du territoire face aux épisodes climatiques extrêmes.
Des infrastructures intégrées pour l’eau potable
Au-delà de l’irrigation, le barrage Aoulouz s’inscrit dans un dispositif plus large de sécurisation de l’eau potable. Un système intégré, mis en œuvre par l’Office national de l’électricité et de l’eau potable, comprend une station de traitement d’une capacité de plus de 17.000 mètres cubes par jour, ainsi qu’un réseau d’adduction s’étendant sur près de 80 kilomètres. Réservoirs, conduites et installations de contrôle assurent une distribution fiable vers Taroudant et plusieurs communes voisines, réduisant la vulnérabilité des populations face aux pénuries.
Dans la Moulouya, un renforcement progressif de la sécurité hydrique
Plus à l’est, dans la région de l’Oriental, les récentes précipitations ont également contribué à améliorer la situation hydrique du bassin de la Moulouya. Longtemps confrontée à un stress hydrique aigu, aggravé par la succession des années de sécheresse, cette zone voit ses réserves se reconstituer progressivement. Le Secrétaire général de l’Agence du bassin hydraulique de la Moulouya, Mostafa Bouazza, a indiqué que les pluies enregistrées ont eu un impact positif à la fois sur les barrages et sur les nappes phréatiques.
Des barrages revigorés par les pluies
Grâce à ces apports, les retenues des principaux barrages du bassin atteignent désormais un taux de remplissage moyen d’environ 40 %, représentant un volume global de 319 millions de mètres cubes. Le barrage Oued Za concentre la part la plus importante avec plus de 152 millions de mètres cubes, suivi du barrage Mohammed V et du barrage Hassan II. Cette amélioration, bien que partielle, constitue un signal encourageant pour la région, en renforçant la capacité à répondre aux besoins en eau potable, agricole et industrielle.
Anticiper l’avenir par l’investissement hydraulique
Consciente des défis structurels liés au changement climatique, l’Agence du bassin hydraulique de la Moulouya poursuit une stratégie proactive axée sur le renforcement des infrastructures. Plusieurs projets structurants sont en cours, notamment la construction des barrages Targa Ou Madi et Béni Aziman, ainsi que la surélévation du barrage Mohammed V. Ces chantiers visent à porter la capacité globale de stockage du bassin de 800 millions à près de 1,94 milliard de mètres cubes, offrant une réponse durable à la variabilité climatique.
Le barrage Mohammed V, pilier historique en surélévation
Mis en service en 1967, le barrage Mohammed V figure parmi les ouvrages hydrauliques les plus anciens et les plus stratégiques de l’Oriental. Il joue un rôle clé dans l’irrigation, l’approvisionnement en eau potable et la production hydroélectrique. Selon Abderrahmane Adli, responsable du barrage, cette infrastructure demeure un maillon essentiel de la sécurité hydrique régionale. Sa surélévation, en cours de réalisation par des compétences marocaines, permettra d’augmenter considérablement sa capacité de stockage.
Une montée en capacité déterminante
Les travaux de surélévation du barrage Mohammed V avancent à un rythme soutenu, avec un taux d’avancement avoisinant les 68 %. À terme, le volume de stockage passera de 165 millions à près de 981 millions de mètres cubes, selon Soufiane El Ayoubi, responsable des travaux de génie civil. Cette transformation renforcera durablement la capacité du bassin de la Moulouya à faire face aux périodes de sécheresse et à soutenir le développement socio-économique de la région.
Une dynamique hydrique porteuse d’espoir
A Taroudant à l’Oriental, la remontée des niveaux des barrages illustre l’impact direct des précipitations sur la sécurité hydrique nationale générale à toutes les régions du Maroc. Si ces résultats ne sauraient occulter la nécessité d’une gestion rigoureuse et durable de l’eau, ils offrent un répit bienvenu aux territoires les plus exposés. À travers la mobilisation des ressources, l’investissement dans les infrastructures et l’anticipation des risques climatiques, le Maroc poursuit ainsi une stratégie visant à concilier développement, sécurité hydrique et résilience face aux défis de demain.