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Economie : l’instance de pilotage macroprudentiel dresse un tableau globalement rassurant
La feuille de route adoptée repose sur cinq axes structurants
Réuni à Rabat au siège de Bank Al-Maghrib, le Comité de coordination et de surveillance des risques systémiques a validé une nouvelle feuille de route destinée à renforcer durablement la stabilité financière nationale. Dans un contexte international marqué par l’incertitude, l’instance de pilotage macroprudentiel dresse un tableau globalement rassurant de l’économie marocaine, tout en soulignant la nécessité d’anticiper les risques émergents. Banques, assurances et marchés financiers affichent des fondamentaux solides, soutenus par une croissance économique en amélioration, une inflation maîtrisée et des équilibres extérieurs et budgétaires sous contrôle.
Une nouvelle feuille de route pour renforcer la stabilité financière
Lors de sa vingt-deuxième réunion, le Comité de coordination et de surveillance des risques systémiques a validé une nouvelle feuille de route visant à consolider les acquis du dispositif national de stabilité financière et à en renforcer l’efficacité face aux chocs potentiels. Cette orientation stratégique s’inscrit dans une démarche de continuité, tout en intégrant les enseignements tirés des évolutions récentes de l’environnement économique et financier, tant au niveau national qu’international.
La feuille de route adoptée repose sur cinq axes structurants. Le premier concerne le renforcement du cadre institutionnel et légal, afin d’adapter la gouvernance financière aux standards internationaux et aux nouveaux risques. Le deuxième axe vise l’approfondissement du dispositif analytique, avec une amélioration des outils de suivi et d’anticipation des vulnérabilités systémiques. Le troisième porte sur le développement des instruments macroprudentiels, destinés à prévenir l’accumulation de déséquilibres. Le quatrième axe concerne le renforcement du cadre de résolution et de gestion de crise, tandis que le cinquième met l’accent sur l’amélioration de la communication en matière de stabilité financière, afin de renforcer la transparence et la confiance des acteurs économiques.
Une lecture globale des risques et des perspectives macroéconomiques
Le CCSRS a procédé à un examen approfondi de la cartographie des risques systémiques, s’appuyant notamment sur les travaux de son sous-comité mensuel. Cette approche permet une analyse holistique de la situation du système financier marocain et des tendances macroéconomiques observées et projetées.
Sur le plan international, le Comité relève que l’économie mondiale a fait preuve d’une résilience relative au premier semestre 2025, mais devrait connaître un ralentissement plus marqué en 2026, avant une amélioration attendue en 2027. Cette trajectoire demeure entourée de fortes incertitudes, liées notamment à l’évolution de la politique tarifaire américaine et aux tensions géopolitiques persistantes dans plusieurs régions du monde.
Dans ce contexte contrasté, l’économie marocaine affiche des perspectives favorables. La croissance nationale devrait atteindre 5% en 2025, après 3,8% en 2024, portée par la dynamique de l’investissement et la reprise de plusieurs secteurs productifs. Cette croissance devrait ensuite se consolider autour de 4,5% en moyenne sur la période 2026-2027. L’inflation, quant à elle, reste contenue : après un taux moyen de 0,8% sur les onze premiers mois de 2025, elle devrait s’établir à 1,3% en 2026 puis à 1,9% en 2027, traduisant un ancrage solide des anticipations de prix.
Des équilibres extérieurs et budgétaires sous contrôle
Les comptes extérieurs constituent un autre facteur de résilience mis en avant par le CCSRS. Le déficit du compte courant devrait demeurer contenu à 1,8% du PIB en 2025 et rester inférieur à 2% sur les deux années suivantes. Cette performance s’accompagne d’un renforcement continu des avoirs officiels de réserve, qui assurent une couverture équivalente à environ cinq mois et demi d’importations de biens et services.
Sur le plan des finances publiques, la trajectoire budgétaire s’inscrit dans une dynamique d’assainissement progressif. Le déficit budgétaire devrait s’atténuer, passant de 3,8% du PIB en 2024 à 3,5% en 2025, avant de converger vers 3% sur la période 2026-2028. Dans ce sillage, le ratio de la dette du Trésor au PIB devrait reculer graduellement pour atteindre 64% à l’horizon 2028, renforçant la soutenabilité des finances publiques.
Le secteur des assurances porté par une dynamique robuste
Le CCSRS souligne par ailleurs la solidité persistante du secteur des assurances, qui continue d’afficher des fondamentaux financiers robustes. À fin octobre 2025, les primes émises ont atteint 53,6 milliards de dirhams, en progression annuelle de 8,1%. Cette croissance est équilibrée entre les branches non-vie et vie, traduisant une dynamique globale de la demande assurantielle.
Le portefeuille des placements du secteur s’est apprécié de 5% pour atteindre près de 258 milliards de dirhams, tandis que les plus-values latentes ont enregistré une hausse exceptionnelle de plus de 70%, profitant de la bonne tenue du marché boursier et de la baisse des taux. Le résultat net du secteur s’est amélioré de 13,4%, porté par la performance de l’activité financière.
En matière de solvabilité, les compagnies d’assurances affichent une marge moyenne largement supérieure au minimum réglementaire, confirmant la solidité de leur assise financière. Cette robustesse contribue à la stabilité globale du système financier et renforce la capacité du secteur à absorber d’éventuels chocs.
Marchés financiers : une dynamique haussière confirmée
La place boursière de Casablanca s’inscrit également dans une dynamique favorable. À fin décembre 2025, l’indice MASI affiche une progression annuelle de 28,2%, tandis que la capitalisation boursière a bondi de 38% pour atteindre plus de 1.039 milliards de dirhams. La volatilité du marché a légèrement reculé au second semestre, tandis que le ratio de liquidité a poursuivi sa tendance haussière, traduisant un regain d’intérêt des investisseurs.
Sur le marché obligataire, la tendance baissière des taux s’est maintenue en 2025. Les émissions de bons du Trésor ont atteint 154,6 milliards de dirhams à fin novembre, tandis que les émissions de dette privée se sont élevées à 100,3 milliards, portant l’encours total à près de 297 milliards de dirhams. Ces évolutions témoignent d’un marché financier profond et diversifié, capable de soutenir le financement de l’économie.
Un secteur bancaire résilient malgré des défis persistants
Le secteur bancaire marocain confirme, lui aussi, le renforcement de ses fondamentaux financiers. À fin juin 2025, le résultat net du secteur a progressé de 25% sur base sociale, soutenu par les performances des activités d’intermédiation et de marché. Cette rentabilité soutenue a permis de consolider la solvabilité des établissements, avec un ratio moyen de fonds propres de catégorie 1 de 13,8% et un ratio global de 16,4%, largement supérieurs aux minima réglementaires.
Sur base consolidée, les ratios demeurent également confortables. Les tests de résistance menés par Bank Al-Maghrib confirment la capacité du secteur bancaire à faire face à des chocs macroéconomiques sévères, dans le respect des exigences prudentielles. Le ratio de liquidité à court terme reste supérieur au seuil réglementaire, malgré une augmentation attendue du besoin de liquidité bancaire, qui pourrait atteindre 158 milliards de dirhams en 2027, notamment sous l’effet de la progression de la circulation fiduciaire.
Le crédit bancaire au secteur non financier devrait s’accélérer, atteignant 4,1% en 2025 et 5% en moyenne à moyen terme. Toutefois, le taux des créances en souffrance demeure relativement élevé, à 8,7% à fin septembre 2025, bien que le taux de provisionnement, proche de 69%, constitue un facteur d’atténuation du risque.
Une vigilance renforcée face aux défis futurs
Enfin, le CCSRS a été informé du lancement officiel du processus d’évaluation mutuelle du dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, prévu à partir de novembre 2026. Cette échéance mobilisera l’ensemble des parties prenantes nationales et s’inscrit dans l’engagement du Maroc à se conformer aux standards internationaux en matière d’intégrité financière.
À travers cette réunion, le Comité réaffirme une approche fondée sur l’anticipation, la coordination institutionnelle et la vigilance permanente, afin de préserver la stabilité financière dans un environnement mondial incertain.