Israël interdit l'accès à Gaza à 14 ONG, 1.000 décès en attendant une évacuation médicale

Israël interdit l'accès à Gaza à 14 ONG,  1.000 décès en attendant une évacuation médicale

Des Palestiniens déplacés marchent dans les eaux de crue après de fortes pluies à Gaza City, le 15 décembre 2025. (Photo AFP)

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Alors que la bande de Gaza traverse une catastrophe humanitaire sans précédent, Israël a interdit l’accès au territoire à quatorze ONG internationales à la suite de nouvelles procédures d’enregistrement jugées arbitraires et politisées par les acteurs humanitaires. Cette décision intervient dans un contexte d’aide largement insuffisante, de restrictions persistantes et d’effondrement du système de santé, marqué par plus de mille décès de patients en attente d’une évacuation médicale. Les organisations internationales alertent sur un risque imminent de paralysie humanitaire, aux conséquences dramatiques pour une population déjà exsangue.

Les ONG internationales redoutaient de ne plus pouvoir travailler à Gaza: depuis les nouvelles procédures draconiennes d'enregistrement par Israël, leurs craintes se confirment et quatorze sont désormais interdites d'accès, plusieurs responsables humanitaires dénonçant une volonté de "contrôle politique" de leur action.

En pleine catastrophe humanitaire dans le territoire palestinien dévasté par la guerre, toujours privé d'eau courante et d'électricité, une grande incertitude pèse sur les organisations internationales avant la date butoir du 31 décembre, à laquelle toutes devraient être fixées sur leur sort.

Sur la centaine de demandes d'enregistrement soumises ces derniers mois, "seules 14 ont été rejetées" à fin novembre, affirme dans une déclaration du ministère de la Diaspora et de la Lutte contre l'antisémitisme, qui pilote depuis mars cette nouvelle procédure obligatoire.

"Les autres ont été approuvées ou sont en cours d'examen", ajoute-t-il, en précisant: "Israël encourage l'action humanitaire, mais n'autorisera aucun acteur hostile ni aucun soutien au terrorisme à opérer (...) sous couvert d'aide humanitaire".

Cette décision intervient alors que l'aide qui entre à Gaza demeure largement insuffisante.

Si l'accord de cessez-le-feu du 10 octobre prévoyait l'entrée de 600 camions par jour, dans les faits, seuls 100 à 300 transportent de l'aide humanitaire, selon les ONG et les Nations unies, le reste étant surtout des marchandises commerciales inaccessibles à la grande majorité des Gazaouis.

Parmi les ONG non autorisées figurent Save the children, l'une des plus connues et anciennes à Gaza, où elle vient en aide à 120.000 enfants; ou encore l'association American Friends Service Committee (AFSC), selon une première liste officielle récemment rendue publique.

Elles disposent alors de 60 jours pour retirer tout leur personnel international de la bande de Gaza, de Cisjordanie occupée et d'Israël, et ne pourront plus acheminer aucune aide sur place - sans compter les difficultés d'accès au système bancaire israélien dont elles dépendent pour payer loyers et salariés.

Les agences des Nations unies et plusieurs ONG ont dénoncé un processus d'enregistrement qui "repose sur des critères vagues, arbitraires et fortement politisés", dans un communiqué commun.

"L'ONU ne pourra pas compenser l'effondrement des opérations des ONG internationales" qui fournissent plus d'un milliard de dollars d'aide par an et un soutien crucial aux ONG locales sur le terrain, soulignent-elles.

Médecins sans frontières, par exemple, gère aujourd'hui environ un tiers des 2.300 lits hospitaliers à Gaza. Et les cinq centres de stabilisation pour enfants atteints de malnutrition aiguë sévère sont tous soutenus par des ONG internationales.

Près de 70% des points de distribution de repas chauds, "dépendent directement des ONG internationales pour le personnel, les fournitures ou le fonctionnement".

"Etau bureaucratique"

Israël refuse l'enregistrement aux organisations jugées de manière discrétionnaire, "hostiles" ou ‘’impliquées’’ dans le "terrorisme" ou l'"antisémitisme", mais aussi à celles accusées de "délégitimer l'Etat d'Israël".

Une notion floue, selon l'avocat israélien Yotam Ben-Hillel qui accompagne plusieurs d'entre elles dans leurs démarches et a déjà déposé des recours devant la Haute Cour de Justice.

"On ne sait même pas ce que veut dire +délégitimer+. Les autorités n'apportent aucune preuve de ce qu'elles avancent donc il est très difficile pour les ONG de répondre à ces allégations", explique-t-il.

"Si des ONG qui transmettent des témoignages des populations, qui font de l'opérationnel, qui racontent ce qui se passe, c'est considéré comme nuisant aux intérêts d'Israël et ça débouche sur une interdiction de travail, c'est très problématique", estime Jean-François Corty, président de Médecins du monde.

Les ONG contactées par l'AFP affirment s'être pliées à la plupart des exigences israéliennes pour fournir un dossier complet. Mais certaines ont refusé de franchir une "ligne rouge" en fournissant des informations sensibles sur leur personnel palestinien.

"Pour avoir parlé de génocide, dénoncé les conditions dans lesquelles la guerre se menait, mais aussi les limitations imposées à l'entrée de l'aide, on coche toutes les cases", frémit le responsable d'une autre ONG qui s'attend, sans illusion, à voir son autorisation refusée.

"Une nouvelle fois, l'étau bureaucratique est utilisé à des fins de contrôle politique avec des conséquences catastrophiques" dénonce-t-il.

"Jamais entendu parler"

Tous émettent des inquiétudes sur ce qu'il va se passer début 2026, et le risque de voir sélectionnées des ONG qui n'auraient pas la capacité ni l'expertise des organisations présentes de longue date dans les territoires palestiniens.

"S'il y a des criblages des bénéficiaires, s'il y a une conditionnalité des distributions... c'est inquiétant. D'autant que le tout (serait) géré uniquement par des militaires", assure Jean-François Corty.

Plusieurs acteurs humanitaires ont affirmé ne "jamais avoir entendu parler" de certaines des ONG accréditées, qui n'ont pour l'heure aucune présence à Gaza mais auraient été intégrées au plan du président américain Donald Trump pour Gaza.

"Les Etats-Unis sont dans une logique de page blanche (sur la coordination humanitaire) et avec la nouvelle procédure d'enregistrement, des ONG vont partir", souligne une source diplomatique européenne dans la région. "Ils vont peut-être se réveiller le 1er janvier en voyant qu'ils n'ont pas de solution pour les remplacer".

Plus de 1.000 personnes décédées en attendant une évacuation médicale depuis juillet 2024


Plus de 1.000 personnes sont décédées entre juillet 2024 et la fin du mois dernier dans la bande de Gaza alors qu'elles attendaient leur évacuation médicale, a annoncé vendredi l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

"1.092 patients sont décédés entre juillet 2024 et le 28 novembre 2025 alors qu'ils attendaient une évacuation médicale", a annoncé sur le réseau social X le chef de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, estimant que ce chiffre provenant du ministère de la Santé de Gaza était "probablement sous-évalué".

"Depuis octobre 2023, l'OMS et ses partenaires ont évacué de Gaza plus de 10.600 patients souffrant de graves problèmes de santé, dont plus de 5.600 enfants nécessitant des soins intensifs", a ajouté le chef de l'OMS.

Tedros a également appelé à "davantage de pays d'accueillir des patients en provenance de Gaza et demande le rétablissement des évacuations médicales vers la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est".

"Des vies en dépendent", a-t-il insisté.

Après plus de deux ans de guerre  génocidaire d’Israël contre les Palestiniens, une trêve fragile est entrée en vigueur le 10 octobre sous la pression des Etats-Unis, mais les évacuations sanitaires s'effectuent toujours au compte-gouttes.

Il y a quelques semaines, l'OMS indiquait que plus de 16.500 Gazaouis demeuraient en attente d'une évacuation sanitaire urgente.

Mais un responsable de Médecins Sans Frontières (MSF) a indiqué début décembre que ces chiffres ne prenaient en compte que les patients officiellement inscrits, et que le nombre réel de patients en attente était beaucoup plus élevé.

À ce jour, plus de 30 pays ont accueilli des patients gazaouis, mais seuls quelques-uns, dont l'Égypte et les Émirats arabes unis, les ont réceptionnés en grand nombre, selon MSF. (Quid avec AFP)

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