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La lutte contre les maladies infectieuses : enjeux stratégiques, sociétaux, nationaux et internationaux
Le paysage infectieux mondial a profondément changé de nature. Les maladies transmissibles ne relèvent plus d’événements ponctuels ou exceptionnels, mais constituent désormais des risques permanents, nourris par la mobilité humaine, l’urbanisation accélérée, les mutations environnementales et les limites des systèmes de surveillance sanitaire.
Réuni à Marrakech à l’heure d’une recomposition profonde des risques sanitaires mondiaux, le 24ᵉ Congrès national de la Société Marocaine de Lutte contre les Maladies Infectieuses s’impose comme un moment clé de réflexion stratégique. Face à l’émergence de nouveaux pathogènes, à la résistance aux antibiotiques, aux effets du changement climatique et à la montée de la désinformation sanitaire, cet événement scientifique met en lumière l’urgence d’une approche intégrée, fondée sur l’anticipation, la coopération intersectorielle et la souveraineté sanitaire, afin de renforcer durablement la sécurité sanitaire nationale et régionale.

Dr Anwar CHERKAOUI

Avec le concours du Pr Saïd ZOUHAIR, doyen de la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Marrakech et président de la SMALMI
À l’heure où le monde fait face à une recomposition profonde et durable des menaces infectieuses, la tenue du 24ᵉ Congrès national de la Société Marocaine de Lutte contre les Maladies Infectieuses (SMALMI), à Marrakech les 15 et 16 mai, s’impose comme un rendez-vous scientifique, sanitaire et stratégique de tout premier plan.
Ce congrès s’inscrit dans un contexte international marqué par une instabilité sanitaire persistante, l’émergence répétée de nouveaux agents infectieux et une fragilisation croissante des équilibres de santé publique, tant au niveau régional que mondial.
Le paysage infectieux mondial a profondément changé de nature. Les maladies transmissibles ne relèvent plus d’événements ponctuels ou exceptionnels, mais constituent désormais des risques permanents, nourris par la mobilité humaine, l’urbanisation accélérée, les mutations environnementales et les limites des systèmes de surveillance sanitaire.
Par sa position géographique stratégique, son ouverture sur l’Afrique, l’Europe et le reste du monde, ainsi que par l’intensité de ses échanges, le Maroc se trouve en première ligne de cette nouvelle réalité infectieuse, exposé à des menaces multiples et évolutives.
Les infections respiratoires émergentes continuent de rappeler leur capacité de déstabilisation rapide des sociétés et des systèmes de soins. Leur diffusion parfois silencieuse met à l’épreuve les dispositifs de détection précoce, la coordination des réponses sanitaires et la qualité de la communication avec les populations. Dans ce contexte, la vigilance n’est plus une option, mais une condition essentielle de sécurité sanitaire.
Les maladies d’origine animale constituent un autre axe majeur de préoccupation. La proximité croissante entre l’homme, l’animal et l’environnement favorise l’émergence de nouveaux pathogènes et impose une approche intégrée de la santé. Cette réalité renforce la nécessité d’une coopération étroite entre les secteurs médical, vétérinaire et environnemental, dans une logique de santé globale.
La résistance aux antibiotiques s’impose aujourd’hui comme l’un des dangers les plus préoccupants. Elle progresse de manière insidieuse, fragilise l’efficacité des traitements, complique les prises en charge hospitalières et remet en question des acquis fondamentaux de la médecine moderne. La lutte contre cette menace exige une mobilisation collective, fondée sur le bon usage des antibiotiques et le renforcement des politiques de contrôle.
Le changement climatique redessine progressivement la géographie des maladies infectieuses. Des infections autrefois limitées à certaines zones apparaissent désormais dans de nouveaux territoires, portées par des vecteurs favorisés par les transformations environnementales. Cette évolution lente mais continue impose une adaptation permanente des stratégies de surveillance, de prévention et d’anticipation.
Certaines infections persistent en raison des inégalités sociales et territoriales. Elles rappellent que la lutte contre les maladies infectieuses ne peut se limiter aux seules avancées technologiques, mais doit intégrer l’amélioration des conditions de vie, l’accès équitable aux soins et l’éducation sanitaire. Leur impact réel reste souvent sous-estimé, alors qu’elles structurent durablement la santé publique.
Les établissements de soins demeurent eux-mêmes des espaces de vigilance constante. Les infections associées aux soins, notamment chez les patients les plus vulnérables, posent un défi permanent en matière d’organisation, d’hygiène et de formation des professionnels. La sécurité des soins est aujourd’hui indissociable de la lutte contre les infections.
À ces menaces biologiques s’ajoute un facteur aggravant majeur : la désinformation sanitaire. En fragilisant la confiance, en alimentant les peurs et en compromettant l’adhésion aux mesures de prévention, elle constitue désormais un risque sanitaire à part entière, capable de compromettre les stratégies les mieux construites.
C’est dans ce contexte exigeant que s’inscrit le congrès de la Société Marocaine de Lutte contre les Maladies Infectieuses. Ce rendez-vous scientifique offre un espace essentiel de réflexion, de partage d’expertise et de construction collective de réponses adaptées aux défis présents et à venir.
Plus qu’un événement académique, ce congrès se veut un temps d’alerte, de mobilisation et de responsabilité collective, au service de la santé publique nationale.
Anticiper, surveiller, prévenir et informer sont devenus les piliers d’une véritable souveraineté sanitaire. Dans un monde exposé à des menaces infectieuses permanentes, la lutte contre les maladies transmissibles n’est plus seulement une question médicale : elle est désormais un enjeu stratégique, sociétal et national majeur.