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Le Maroc en Culture : Création, mémoire et transmission panorama des dynamiques culturelles de la semaine
A Figuig, la 18e édition du Festival des cultures des oasis se tient sous le thème "Oasis du futur et le modèle de développement territorial intégré".
De Rabat à Casablanca, de Figuig à Abou Dhabi, la scène culturelle marocaine se déploie entre hommage aux grandes figures du savoir, réflexion critique sur les formes artistiques contemporaines, innovations technologiques au service du cinéma, initiatives culturelles en milieu carcéral et reconnaissance internationale de la création littéraire.
Abdelhak El Mrini, une vie au service du savoir et de l’engagement associatif
À Rabat, la 7e édition du Florilège culturel, organisée par l’Association Ribat Al Fath pour le développement durable sous le Haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, a rendu un hommage appuyé à Abdelhak El Mrini, figure majeure de la pensée historique et de l’engagement associatif au Maroc. Disparu en 2025, ce chercheur et homme de culture a marqué plusieurs générations par son travail de documentation et son attachement profond aux valeurs nationales.
La conférence, placée sous le thème "Abdelhak El Mrini entre l’engagement associatif et la documentation du savoir", a réuni universitaires, chercheurs et acteurs de la société civile autour d’un même constat : l’œuvre d’El Mrini dépasse le cadre académique pour s’inscrire dans une démarche citoyenne et mémorielle. Le Haut Commissaire aux Anciens Résistants et Anciens Membres de l’Armée de Libération, El Mustapha El Ktiri, a souligné le rôle central joué par le défunt au sein du Comité consultatif scientifique du Haut-Commissariat, où il a contribué à structurer la réflexion sur la mémoire de la résistance et de l’Armée de libération.
Historien rigoureux, Abdelhak El Mrini était aussi un homme de terrain, engagé dans le tissu associatif et attentif aux enjeux de transmission. Pour Mustapha El Jaouhari, vice-président de l’Association Ribat Al Fath, son apport dépasse la production intellectuelle : il réside également dans les archives, documents et témoignages qu’il a mis à disposition pour nourrir la mémoire collective. Une figure plurielle, unanimement reconnue comme un pilier discret mais essentiel de la vie culturelle marocaine contemporaine.
La bande dessinée africaine, une histoire racontée depuis les marges
Toujours à Rabat, l’Institut royal pour la recherche sur l’histoire du Maroc a accueilli une conférence consacrée aux récits marginalisés dans la bande dessinée africaine. Animée par l’historien-anthropologue Aomar Boum, membre de l’Académie du Royaume, cette rencontre a proposé une réflexion originale sur la manière dont l’image peut devenir un outil d’écriture de l’Histoire.
À travers le concept de "marges", le conférencier a montré comment la bande dessinée permet de raconter autrement les effets durables du colonialisme, sans céder aux récits héroïques classiques. Pour le directeur de l’IRRHM, Rahal Boubrik, cette approche invite à déplacer le regard, en considérant la marge non comme un espace périphérique, mais comme un lieu central de production de sens.
La conférence a également mis en lumière le rôle croissant du roman graphique et de la bande dessinée comme supports éducatifs et culturels dans plusieurs pays africains. Des écoles comme celle de Kinshasa ont su s’émanciper des modèles européens pour aborder des thématiques sociales et économiques ancrées dans leur réalité. Le Maroc, dont la bande dessinée s’est surtout développée à partir des années 1980 et 1990, dispose lui aussi d’un héritage visuel ancien, perceptible notamment dans l’omniprésence du zellige. Une réflexion qui ouvre la voie à une école marocaine de l’image, connectée à son histoire et tournée vers les jeunes générations.
Une nouvelle ère pour le cinéma à Rabat avec l’IMAX laser
La modernité technologique s’est également invitée au cœur de la capitale avec l’inauguration, à Arribat Center, de la première salle IMAX avec laser du groupe Megarama Maroc. Cette nouvelle infrastructure marque une étape importante dans l’évolution de l’offre cinématographique nationale, en proposant une expérience immersive reposant sur des standards internationaux de très haut niveau.
Selon le directeur de Megarama Maroc, Cyril Audineau, la salle a fait l’objet d’une restructuration complète afin de répondre aux exigences spécifiques de l’IMAX, tant sur le plan géométrique que sur celui de l’acoustique. L’image dépasse la résolution 4K classique, offrant des contrastes profonds et une colorimétrie renforcée, tandis que le son tridimensionnel enveloppe le spectateur sans perturber les espaces adjacents.
L’ouverture coïncide avec la sortie nationale du film "Avatar : de Feu et de Cendres", troisième volet très attendu de la saga de James Cameron. Projeté en IMAX, le film promet une immersion totale dans l’univers de Pandora. Avec une politique tarifaire annoncée comme raisonnable, Megarama confirme son ambition de démocratiser l’accès aux technologies cinématographiques de pointe et de consolider la place du Maroc dans le paysage régional du cinéma premium.
Le Festival du Film d’Oukacha, quand le cinéma devient outil de réinsertion
À Casablanca, le cinéma a pris une dimension sociale forte avec le coup d’envoi de la 6e édition du Festival du Film d’Oukacha, organisé au sein du Centre de réforme et de rééducation relevant de la prison locale Aïn Sbaâ. Porté par l’Association Relais Prison-Société, en partenariat avec la Délégation Générale à l’Administration Pénitentiaire et à la Réinsertion, ce festival s’inscrit sous le signe des peines alternatives entrées en vigueur en 2025.
L’événement se distingue cette année par la participation, pour la première fois, de mineures détenues et par l’intégration de nouvelles formes d’expression artistique, comme le rap, le podcast et le stand-up. Pour Abdessalam Sahli, directeur du centre, le festival constitue un espace d’expression et de citoyenneté, contribuant à la réhabilitation des jeunes détenus et à leur projection dans l’avenir.
Au-delà des projections de courts métrages réalisés en détention, le festival propose des débats, des ateliers encadrés par des professionnels et une compétition officielle. Pour les membres du jury, dont Saâd Chraibi, l’initiative revêt une portée symbolique forte, en révélant des talents souvent invisibles et en faisant de la culture un levier concret de réinsertion sociale.
La littérature marocaine à l’honneur sur la scène arabe
La reconnaissance internationale de la création marocaine s’illustre également par la sélection du roman "Dans les labyrinthes du professeur F. N." d’Abdelmajid Sebbata dans la liste longue du Prix international de la fiction arabe 2026. Cette sélection, parmi 137 romans en compétition, confirme la place singulière de l’auteur, déjà finaliste lors de l’édition 2021.
Les œuvres retenues cette année explorent des univers narratifs variés, mêlant civilisations anciennes, dystopies contemporaines et interrogations identitaires. Pour le président du jury, Mohamed Elkadhi, cette diversité témoigne de la vitalité du roman arabe contemporain et de son attention accrue aux mondes intérieurs des personnages, ainsi qu’à une lecture critique de l’Histoire.
Figuig célèbre les oasis entre héritage et avenir
Enfin, à Figuig, la 18e édition du Festival des cultures des oasis se tient sous le thème "Oasis du futur et le modèle de développement territorial intégré". Organisé par le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, ce rendez-vous met en lumière l’oasis marocaine comme espace de durabilité, de créativité et de mémoire vivante.
La programmation associe spectacles artistiques, démonstrations de tbourida, expositions de produits de terroir et colloque scientifique consacré aux perspectives de développement intégré des oasis. Des ateliers dédiés à la poésie féminine, des activités éducatives pour les enfants et des excursions dans les palmeraies complètent cette approche globale, visant à sensibiliser les jeunes générations à la fragilité et à la richesse des écosystèmes oasiens.
À travers ce festival, Figuig affirme son rôle de laboratoire culturel et territorial, où tradition et modernité dialoguent pour imaginer un avenir durable.