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Le Maroc en Culture : cinéma, arts et dialogues culturels au Maroc, entre ancrage local et horizons africains
Le long métrage La mer au loin, réalisé par Saïd Hamich Benlarbi, a dominé le palmarès en décrochant le Grand Prix, confirmant l’intérêt du festival pour des œuvres qui interrogent les trajectoires migratoires avec finesse et complexité
De Agadir à Nador, en passant par Settat, Rabat et El Jadida, la scène culturelle marocaine vit un moment de densité et de renouvellement. Festivals de cinéma, forums des industries créatives, rencontres théâtrales et expositions interculturelles dessinent un paysage où les questions de migration, de création, de marché artistique et de coopération africaine s’entrecroisent.
Agadir célèbre le cinéma des migrations et les récits de l’exil
Le Festival international Cinéma et Migrations d’Agadir a refermé sa 21e édition sur une note de reconnaissance artistique forte. Le long métrage La mer au loin, réalisé par Saïd Hamich Benlarbi, a dominé le palmarès en décrochant le Grand Prix, confirmant l’intérêt du festival pour des œuvres qui interrogent les trajectoires migratoires avec finesse et complexité. Le film, qui a également valu à Ayoub Gretaa le prix de la meilleure interprétation masculine, met en scène Nour, jeune Marocain en situation irrégulière à Marseille, pris dans une existence marginale bouleversée par une rencontre inattendue avec un policier et son épouse.
Au-delà de sa récompense principale, La mer au loin a marqué les esprits par sa capacité à dépasser les clichés, en explorant la migration comme un espace de contradictions, de désirs et de vulnérabilités. Le jury critique a également distingué Ayoub Gretaa comme jeune talent prometteur, soulignant l’émergence d’une génération d’acteurs capables de porter des récits intimes à portée universelle.
Le festival a par ailleurs honoré des œuvres venues d’horizons divers, à l’image du film franco-palestinien Palestine Islands, lauréat du prix Paulin Soumanou Vieyra, ou encore de Têtes brûlées, Belles de nuit et Katanga: la valsa des scorpions, primés pour l’interprétation féminine, la réalisation et le scénario. Organisé par l’association L’initiative culturelle, l’événement a réuni huit longs métrages et huit courts métrages en compétition, confirmant Agadir comme un espace de dialogue cinématographique autour des migrations contemporaines, avec l’Angola comme pays invité d’honneur.
À Settat, le cinéma amateur comme école de création et de transmission
Dans un registre complémentaire, la ville de Settat s’apprête à accueillir la 17e édition du Festival national du film d’amateurs. Prévu du 23 au 27 décembre, cet événement illustre la vitalité du cinéma amateur marocain et son rôle dans l’émergence de nouveaux talents. Quinze courts métrages, sélectionnés parmi quatre-vingts candidatures, seront en lice pour les prix de cette édition placée sous la présidence du réalisateur Yassine Fennane.
Au-delà de la compétition, le festival se distingue par son engagement pédagogique. Quatre ateliers de formation, touchant à l’écriture de scénario, au jeu d’acteur, à la prise de vue et à l’analyse filmique, permettront à plus d’une centaine de participants de se former aux fondamentaux du langage cinématographique. Cette dimension formative s’inscrit dans une volonté de démocratiser l’accès à la création et de structurer une relève consciente des exigences artistiques et techniques du cinéma.
L’ouverture culturelle du FNFA se manifeste également par l’accueil de projets venus de Palestine, notamment à travers une sélection de films portés par l’institution Écrans du cinéma de la femme palestinienne et le projet Gaza à distance zéro. En intégrant ces regards, Settat confirme sa vocation de carrefour d’échanges, où le cinéma amateur dialogue avec les grandes questions du monde.
Rabat et le défi de structurer durablement l’art contemporain
À Rabat, le Forum marocain des industries culturelles et créatives a mis en lumière un enjeu central : la nécessité de bâtir un écosystème pérenne pour l’art contemporain. Les débats ont souligné les fragilités d’un secteur riche en talents mais encore insuffisamment structuré, notamment en matière de marché, de fiscalité et de diffusion internationale.
Pour Hicham Daoudi, fondateur de Art Holding Morocco, l’avenir de l’art contemporain passe par un cadre juridique renouvelé et une meilleure circulation des œuvres. Jean-Michel Crovesi, directeur général de Hangar Y en France, a insisté sur l’intérêt d’un modèle hybride associant acteurs publics et privés, afin de diversifier les financements et d’élargir les publics.
La question de la formation et du plaidoyer international a également été soulevée par Meryem Sebti, qui a rappelé l’importance de doter les artistes et les professionnels culturels d’outils leur permettant d’exister sur les scènes mondiales. De son côté, Mehdi Ben Cheikh a mis en avant le rôle des réseaux sociaux comme accélérateurs de visibilité, rappelant que la dynamique artistique précède toujours la logique marchande.
Placée sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, cette édition du FOMICC a confirmé que la structuration du marché de l’art contemporain est un chantier de long terme, nécessitant cohérence, professionnalisation et vision stratégique.
Exporter les industries culturelles africaines, un défi collectif
Dans la continuité de ces réflexions, un autre panel du FOMICC a appelé à une action africaine concertée pour favoriser l’export des industries culturelles et créatives. Les intervenants ont souligné le potentiel économique considérable de ces secteurs, encore insuffisamment exploité à l’échelle continentale.
La Zone de libre-échange continentale africaine a été identifiée comme un levier majeur, à condition d’y adosser des stratégies nationales et une vision continentale claire pour les ICC. Les participants ont insisté sur la nécessité de connecter les marchés africains entre eux avant de viser l’international, et de renforcer les écosystèmes créatifs à travers des réseaux professionnels, des financements adaptés et une meilleure circulation des biens et des personnes.
Le storytelling, la qualité des produits et la valorisation du savoir-faire africain ont été présentés comme des clés de différenciation sur les marchés mondiaux. L’idée d’un label africain fort, capable d’incarner une identité culturelle partagée, a également émergé comme piste structurante pour l’avenir.
El Jadida et le monodrame, l’intime au cœur du théâtre
À El Jadida, la troisième édition du festival national du monodrame d’El Brija a mis à l’honneur une forme théâtrale exigeante, centrée sur la puissance d’un seul personnage. Sous le thème Monodrame : reflet du moi sur les planches du théâtre, l’événement rend hommage à des figures majeures du théâtre marocain, tout en offrant un espace de réflexion et de transmission.
Le directeur du festival, Abderrahim Nessnassi, a souligné l’importance d’inscrire ce rendez-vous dans la durée et de lui donner une dimension internationale. Les débats, master class et ateliers prévus témoignent d’une volonté de faire du monodrame un laboratoire d’expérimentation artistique, où la parole individuelle devient miroir des tensions collectives.
Pour les responsables culturels locaux, le soutien à ce type de festivals répond à un objectif plus large : encourager la création, révéler des vocations et renforcer le rôle du théâtre comme outil de développement culturel et social.
À Nador, l’interculturalité africaine à l’épreuve du réel
La 10e édition de l’Expo interculturelle Africa, organisée à Nador, a placé la migration, la diaspora et les droits des femmes au centre des transformations durables. Cet événement, inscrit dans la célébration de la Journée internationale des migrants, illustre l’engagement du Maroc en faveur d’une approche humaine et inclusive des questions migratoires.
Selon les organisateurs, le choix du thème reflète la conviction que le développement durable en Afrique passe par l’autonomisation des femmes et des filles, migrantes ou non. Soutenue par l’Agence de développement de l’Oriental, l’Expo offre un espace d’échange entre acteurs africains, coopératives, artistes et représentants de la société civile.
Les conférences, ateliers et expositions solidaires ont mis en valeur les bonnes pratiques de coexistence et l’économie sociale et solidaire, tout en célébrant la diversité culturelle africaine à travers des performances artistiques et musicales. L’événement confirme Nador comme un lieu de dialogue interculturel, ouvert sur l’Afrique et ses diasporas.