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Le Maroc en Culture : Photographie, ouvrage, savoirs, et échanges méditerranéens
“L’enseignement français en milieu amazigh : Azrou et Aïn Leuh (1915-1956)”. Fruit d’un travail doctoral approfondi DU chercheur El Mustapha Ouaziz
De Rabat à Agadir, de Rissani à Valence, la scène culturelle marocaine se déploie en 2025 et 2026 dans une dynamique dense où se croisent recherche historique, création artistique, réflexion patrimoniale et diplomatie culturelle. Présentations d’ouvrages académiques, universités d’été, festivals musicaux, conférences internationales et grandes manifestations photographiques dessinent un paysage vivant, où la culture devient à la fois outil de connaissance, vecteur de dialogue et levier de rayonnement régional et international.
Un livre pour interroger l’école coloniale en milieu amazigh
À Rabat, l’Institut Royal de la culture amazighe a accueilli la présentation de l’ouvrage de l’écrivain et chercheur El Mustapha Ouaziz intitulé “L’enseignement français en milieu amazigh : Azrou et Aïn Leuh (1915-1956)”. Fruit d’un travail doctoral approfondi, ce livre s’inscrit dans une démarche scientifique visant à éclairer un pan encore peu exploré de l’histoire éducative du Maroc sous le protectorat.
À travers l’étude du lycée d’Azrou et de l’école primaire agricole appliquée d’Aïn Leuh, l’auteur analyse la mise en place et les limites de l’enseignement français dans le Moyen Atlas amazighophone. L’ouvrage, structuré en deux grandes parties, replace d’abord ces expériences scolaires dans leur contexte colonial, avant d’en examiner les évolutions concrètes sur le terrain. Loin d’une simple description institutionnelle, le travail met en lumière les logiques culturelles, sociales et religieuses qui ont influencé la réception de l’école française et contribué, selon l’auteur, à son échec relatif dans ces territoires.
Les échanges ayant suivi la présentation ont souligné la valeur ajoutée de cette approche locale et empirique. Les intervenants ont insisté sur la richesse des sources mobilisées, la densité de la bibliographie et la pertinence d’un regard qui articule politique éducative, histoire régionale et dynamiques culturelles amazighes.
Rissani, mémoire savante et Sahara marocain
Dans le sud-est du Royaume, la ville de Rissani accueille les travaux de la 28e session de l’Université Moulay Ali Chérif, rendez-vous académique majeur consacré cette année au thème du Sahara marocain, cinquante ans après la Marche Verte. Placée sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, cette session réunit historiens, juristes et spécialistes des relations internationales autour des dimensions historiques, politiques et stratégiques de l’intégrité territoriale du Royaume.
Les débats s’articulent autour de deux axes principaux : la genèse historique de la souveraineté marocaine sur le Sahara et l’évolution du dossier au sein des Nations Unies, à la lumière des résolutions du Conseil de sécurité et des initiatives royales successives. En parallèle, des activités culturelles et artistiques viennent enrichir le programme, notamment la projection d’un documentaire consacré à la Marche Verte et une exposition retraçant le passage d’un moment fondateur à une dynamique de développement territorial.
Depuis sa création en 1989, l’Université Moulay Ali Chérif s’est imposée comme un espace de transmission savante et de valorisation de l’histoire marocaine, contribuant à nourrir la mémoire collective et à documenter les grandes étapes de la construction de l’État moderne.
Timitar à Agadir, quand la musique dialogue avec l’Afrique
À Agadir, le Festival Timitar a célébré sa 20e édition dans une atmosphère festive et symbolique, marquant deux décennies d’engagement en faveur des musiques amazighes et du dialogue avec les cultures du monde. La soirée d’ouverture a donné le ton avec des prestations mêlant figures emblématiques et créations contemporaines, illustrant la capacité du festival à faire dialoguer héritages et modernités.
La programmation a rendu hommage au continent africain, en résonance avec l’imminence de la Coupe d’Afrique des Nations organisée au Maroc. Des artistes venus du Maroc, d’Afrique de l’Ouest, d’Afrique centrale et australe ont partagé la scène, offrant au public gadiri une diversité de styles, de langues et de récits musicaux.
Au-delà des concerts, Timitar s’affirme comme un projet culturel structurant pour la ville d’Agadir. Les espaces réaménagés qui accueillent les spectacles, l’accessibilité renforcée et les infrastructures techniques modernes témoignent d’une volonté d’inscrire durablement la culture au cœur de l’espace urbain. Le festival assume ainsi un rôle de vitrine culturelle et de levier d’attractivité territoriale, à la croisée de l’art, du tourisme et de la diplomatie culturelle.
Ingénierie culturelle et patrimoine à l’ère numérique
Rabat a également été le théâtre de la deuxième Conférence internationale sur l’ingénierie culturelle et le développement du patrimoine, organisée par l’École des sciences de l’information en partenariat avec de nombreuses institutions nationales et internationales. Placée sous le signe des biens et produits culturels en Afrique et dans la région MENA, cette rencontre a interrogé les transformations profondes induites par le numérique et l’intelligence artificielle dans les domaines du patrimoine, de la création et de la circulation des œuvres.
Chercheurs et professionnels ont débattu des enjeux liés à l’authenticité, à l’accessibilité, à la gouvernance des données culturelles et aux cadres juridiques nécessaires pour protéger et valoriser les patrimoines à l’ère des technologies émergentes. Les interventions ont souligné que la numérisation ne se limite plus à un outil technique, mais redéfinit en profondeur les rapports à la mémoire, à la création et au public.
La conférence a mis en avant le rôle central des bibliothèques, archives et musées comme garants d’un accès équitable au patrimoine, tout en appelant à des stratégies concertées intégrant innovation technologique, éthique et coopération régionale.
ValenciaPhoto, la photographie comme langage méditerranéen
Sur le plan international, la présentation à Rabat de l’édition 2026 du festival ValenciaPhoto a mis en lumière la place croissante du Maroc dans les réseaux culturels euro-méditerranéens. Placée sous le thème “Pays de la Méditerranée”, cette édition, qui se tiendra à Valence en Espagne, a choisi le Maroc comme pays invité d’honneur, consacrant la vitalité de sa scène photographique.
Le festival ambitionne de proposer une lecture plurielle de l’espace méditerranéen à travers des expositions, des débats et des rencontres explorant les questions d’identité, de mémoire, de migrations, d’environnement et de transformations sociales. La photographie y est envisagée comme un outil à la fois esthétique, pédagogique et critique, capable de documenter le réel tout en interrogeant les représentations.
Cette reconnaissance internationale a été saluée par les responsables culturels marocains comme le fruit d’un travail de fond mené pour structurer et promouvoir la photographie en tant qu’art à part entière. La création du Musée national de la photographie et le soutien institutionnel aux artistes ont contribué à renforcer la visibilité des photographes marocains sur la scène mondiale.
Diplomatie culturelle et rayonnement du Maroc
À travers ces différents événements, une même dynamique se dessine : celle d’un Maroc qui investit la culture comme espace de réflexion, de transmission et de dialogue. Qu’il s’agisse de revisiter l’histoire éducative en milieu amazigh, de consolider la mémoire nationale autour du Sahara, de célébrer la diversité musicale africaine, de penser le patrimoine à l’ère de l’intelligence artificielle ou de projeter la photographie marocaine sur la scène méditerranéenne, la culture apparaît comme un levier stratégique.
Ces initiatives traduisent une volonté de croiser savoirs académiques, création artistique et action institutionnelle, dans une perspective de long terme. Elles confirment également le rôle croissant de la diplomatie culturelle dans le positionnement du Royaume comme acteur central des échanges culturels africains et euro-méditerranéens.