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Le Maroc en culture : Rabat, Agadir, Tétouan, Tata, les Trois Cultures, Artisanat…
L’Institut français, pour cette édition 2025, qui s’inscrit dans le cycle de réflexion sur l’intelligence artificielle, accueille le chercheur Alexandre Gefen et plusieurs spectacles innovants : "Samifati & Transe Gnawa Express", fusion entre électro et patrimoine soufi (photo), "La Marge" de Pierrot Corpel, ou encore "AI Dream" de Moulla, qui unit illusion et technologie augmentée.
Rabat, Agadir, Tétouan, Tata, les Trois Cultures, Mémoire, la semaine culturelle marocaine a offert un panorama dense entre patrimoine vivant, création numérique, cinéma, théâtre et dialogue interculturel. Du lancement du programme "Trésors des arts traditionnels marocains" à la reconnaissance internationale de la Fondation Trois Cultures par l’UNESCO, le pays a vécu une série d’événements qui témoignent de la vitalité d’un secteur où la tradition et la modernité marchent côte à côte.
Trésors vivants de l’artisanat marocain
Mardi à Rabat, le Secrétariat d’État chargé de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, en partenariat avec l’UNESCO, a donné le coup d’envoi de la troisième édition du programme "Trésors des arts traditionnels marocains". Cette édition rend hommage à la jeunesse et à la transmission du savoir-faire ancestral.
Les artisans incarnent la vraie fortune du Maroc, celle de sa mémoire et de son génie créatif. L’accord de coopération signé entre le Maroc et l’UNESCO a été prolongé jusqu’en 2031, consolidant un partenariat exemplaire.
Sauvegarder les manuscrits, mémoire du monde islamique
Toujours à Rabat, le siège de l’ICESCO a abrité la 4ᵉ édition du Forum sur la gestion du patrimoine culturel, consacrée cette année au manuscrit, à sa conservation et à sa transformation numérique. En partenariat avec l’Organisation arabe pour le développement administratif, le forum réunit des spécialistes venus de plusieurs pays arabes et africains.
Le directeur général de l’ICESCO, Salim M. Al-Malik, a mis en avant les efforts menés pour préserver les manuscrits anciens de Tombouctou, Chinguetti ou Alep, insistant sur la nécessité d’utiliser les technologies d’imagerie spectrale et l’intelligence artificielle pour analyser et documenter ce patrimoine fragile.
De son côté, Nasser Al-Hattlan Al-Qahtani, directeur de l’OADA, a plaidé pour "une harmonisation des législations et un investissement dans la numérisation et la formation", soulignant que la préservation du manuscrit relève aussi d’une stratégie juridique et scientifique globale.
Les recommandations attendues visent à appuyer les États membres dans la conservation numérique et la valorisation publique de leurs fonds manuscrits, à la croisée de la mémoire et de la modernité.
Novembre numérique : quand la technologie devient art
L’Institut français du Maroc a lancé sa fête annuelle des cultures numériques, "Novembre Numérique", déployée sur douze sites du Royaume. Depuis 2017, cet événement fait dialoguer arts visuels, réalité virtuelle, cinéma et musique, révélant de jeunes talents marocains de la scène digitale.
Cette édition 2025, qui s’inscrit dans le cycle de réflexion sur l’intelligence artificielle, accueille le chercheur Alexandre Gefen et plusieurs spectacles innovants : "Samifati & Transe Gnawa Express", fusion entre électro et patrimoine soufi, "La Marge" de Pierrot Corpel, ou encore "AI Dream" de Moulla, qui unit illusion et technologie augmentée.
Les rendez-vous de ce "Novembre numérique" s’étendent à Benguerir, Casablanca, Essaouira et Rabat, en partenariat avec de grands festivals marocains : Visa For Music, le Festival International d’Art Vidéo ou le FAN. L’ensemble compose une cartographie dynamique du Maroc créatif et digital, à la croisée des humanités et de la technologie.
Le cinéma en dialogue avec les autres arts
À Agadir, l’Université Ibn Zohr a accueilli un colloque international sur les interactions entre le cinéma et les autres arts. Chercheurs, critiques et cinéastes du Maroc, de France, de Tunisie et d’Afrique subsaharienne y ont exploré la "polyphonie esthétique" du septième art.
Les panels ont abordé la littérature, la musique, la philosophie ou encore la peinture comme sources d’inspiration cinématographique. Les œuvres de Greenaway, Nolan, Bong Joon-ho ou Lakhmari ont servi de support à des analyses sur l’hybridité du cinéma contemporain et la relation entre corps, espace et identité.
La rencontre s’est clôturée par un atelier de formation pour doctorants, confirmant la volonté de relier recherche, création et pédagogie autour d’un même langage visuel.
Tata, entre jeunesse et mémoire oasienne
La ville de Tata vit deux événements majeurs : le premier Festival de théâtre pour enfants et la 7ᵉ édition du Festival des oasis. Du 14 au 17 novembre, le théâtre s’invite dans les écoles et les espaces publics pour éveiller les sensibilités artistiques des plus jeunes.
Organisé par l’Association Oasis pour le théâtre et le cinéma, avec le soutien du ministère de la Culture, le festival a mis l’accent sur la créativité des enfants, la transmission et la valorisation du patrimoine local. Ateliers, représentations et hommages ont ponctué ces journées conviviales.
Quelques jours plus tôt, le Festival des oasis, placé sous le signe "L’oasis et le patrimoine saharien au service du développement humain durable", avait réuni le Maroc, la Mauritanie et le Mali. Dattes, artisanat, musiques et expositions ont célébré l’héritage saharien et africain commun. Ce rendez-vous, organisé dans le cadre du 50ᵉ anniversaire de la Marche Verte, a rappelé combien les oasis demeurent un laboratoire de durabilité, entre tradition, écologie et solidarité.
Tétouan, capitale de la jeune création cinématographique
Du 23 au 28 novembre, la ville de Tétouan accueillera la 10ᵉ édition du Festival international des écoles de cinéma (FIDEC). Organisé par l’Association Bidayyat et la Faculté des Lettres, en partenariat avec le Centre cinématographique marocain et plusieurs institutions culturelles, le festival présente quarante films issus de trente-six écoles représentant trente-quatre pays.
Ces courts-métrages – documentaires, animations et fictions – témoignent de la vitalité de la jeune création mondiale, avec des thématiques ancrées dans la mémoire, l’exil, la résilience et l’identité. Sélectionnés parmi plus de 2 800 candidatures, ces films confirment la place du FIDEC comme plateforme d’échanges entre formation et création.
Dix ans après sa fondation, le festival s’impose comme une référence dans le réseau des écoles de cinéma du monde, reliant les cinq continents à travers la passion du regard et du récit visuel.
Tétouan des sept portes : la ville, miroir de la coexistence
La13ᵉ édition de la rencontre "Tétouan des sept portes" s’est ouverte autour du thème "Ville de coexistence et de développement". Organisée par l’Association Tétouan Asmir, cette édition a rendu hommage à deux figures de la société civile : Mohamed Abdelkhalek Torres et Abdessalam Ben Abdelouahab.
Cette rencontre, qui coïncide avec la célébration du cinquantenaire de la Marche Verte, met à l’honneur le rôle du tissu associatif dans la promotion des valeurs de citoyenneté, de tolérance et de dialogue. Des universitaires, acteurs culturels et jeunes engagés y débattent du développement local et de la place de la société civile dans la construction d’un modèle marocain d’ouverture.
Conférences, tables rondes et soirées musicales complètent cette célébration de la mémoire et du vivre-ensemble, ancrée dans l’histoire plurielle de la ville blanche du Nord.
La Fondation Trois Cultures, une reconnaissance mondiale
L’annonce est venue de Samarcande : la Fondation Trois Cultures, créée conjointement par le Maroc et la région andalouse, vient d’être reconnue par l’UNESCO comme "Centre de Catégorie 2". Une distinction rare, réservée aux institutions d’excellence qui œuvrent pour la paix, la diversité et le dialogue interculturel.
Les co-présidents André Azoulay et Patricia Del Pozo ont salué cette consécration comme "un hommage à vingt-six ans d’engagement pour le dialogue entre les rives de la Méditerranée". Cette reconnaissance, soutenue par le Maroc, l’Espagne et l’Andalousie, confirme le rôle de la Fondation comme pôle de coopération internationale.
En rejoignant le réseau des centres de catégorie 2, la Fondation Trois Cultures participera activement à la formation, à la recherche et à la protection du patrimoine, contribuant à faire du bassin méditerranéen un espace d’échanges et de paix.