Actu
Le Maroc en Culture : Savoirs, images et savoir-faire
La scène artistique marocaine a également été mise à l’honneur en Italie, avec la distinction attribuée à la plasticienne Hayat Saidi lors de la Biennale universelle des arts visuels Michelangelo Buonarroti, organisée à Lecce
Création d’une Chaire universitaire dédiée au Maroc en Espagne, projection d’un documentaire sur la mémoire migrante à Rabat, valorisation de l’artisanat des pays de l’OCI à Casablanca et consécration d’une artiste marocaine en Italie, l’actualité culturelle récente dessine un même fil conducteur : celui d’un Maroc en dialogue avec le monde.
En Espagne, une Chaire d’études sur le Maroc pour structurer le dialogue euro-méditerranéen
À Tarragone, l’Université Rovira i Virgili a franchi un pas inédit dans le paysage académique espagnol en annonçant la création d’une Chaire d’études sur le Maroc. Rattachée au Département d’Histoire et d’Histoire de l’Art, cette initiative se veut bien plus qu’un simple cadre universitaire. Elle ambitionne de devenir un espace stratégique de production de savoirs, de formation et de transfert de connaissances, consacré à l’étude du Maroc contemporain et à ses relations multiples avec la Catalogne et l’espace euro-méditerranéen.
Dirigée par le professeur Jordi A. Carbonell Pallarès, la Chaire entend consolider des passerelles durables entre les deux rives de la Méditerranée, dans un contexte marqué par la mobilité humaine, la pluralité culturelle et l’intensification des échanges économiques. L’université catalane souligne que le Maroc occupe une place singulière dans l’histoire et le présent de la Catalogne, notamment à travers les migrations, les liens sociaux et les interactions économiques.
Les champs de recherche annoncés témoignent d’une approche résolument interdisciplinaire. Histoire partagée, migrations, développement socio-économique, patrimoine matériel et immatériel, archéologie, paléoanthropologie et coopération euro-méditerranéenne figurent parmi les axes prioritaires. Une attention particulière sera accordée à la numérisation et à la préservation du patrimoine marocain, perçues comme des leviers essentiels pour la transmission des savoirs et la valorisation culturelle.
Recherche, société et lutte contre les stéréotypes
Au-delà de la recherche académique, la Chaire de Tarragone se fixe un objectif de service public. Conférences, colloques, journées d’étude et publications viendront nourrir le débat public et rapprocher la connaissance scientifique du grand public. L’initiative entend ainsi dépasser les lectures réductrices et les stéréotypes persistants, en proposant une compréhension plus fine et plus équilibrée des dynamiques marocaines et euro-méditerranéennes.
Un autre volet central concerne l’implication de la communauté marocaine établie en Catalogne. La Chaire souhaite renforcer sa visibilité et reconnaître son rôle dans la construction d’une société inclusive et interculturelle. À travers ce projet, l’Université Rovira i Virgili affirme son engagement en faveur de l’internationalisation, du dialogue interculturel et de l’excellence académique, tout en positionnant Tarragone comme un pôle de référence des études euro-marocaines.
À Rabat, un documentaire sur la mémoire et le vivre-ensemble
Dans un autre registre, la capitale marocaine accueille une initiative cinématographique à forte portée symbolique. Le film documentaire Ceux qui veillent, de la réalisatrice belgo-marocaine Karima Saïdi, sera projeté au cinéma 7ème Art à Rabat à l’initiative du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger et du Cercle des Lauréats de Belgique, en partenariat avec la Délégation générale Wallonie-Bruxelles au Maroc et avec le soutien du Centre cinématographique marocain.
À travers une série de rencontres intimes, le film explore la manière dont les descendants d’immigrés, musulmans, chrétiens et juifs, entretiennent le lien avec leurs défunts. Le décor central est un cimetière multiconfessionnel de Bruxelles, transformé en un véritable lieu de vie, un quartier singulier où coexistent différentes pratiques religieuses dans le respect mutuel.
Ce microcosme hors du temps révèle une relation profonde entre les vivants et leurs morts, où se croisent tragique et burlesque, poésie et humour. Le documentaire met en lumière l’inventivité des vivants face à la mort et fait du cimetière un espace de mémoire partagée, mais aussi un laboratoire discret du vivre-ensemble.
Cinéma, migration et transmission
La projection de Ceux qui veillent coïncide avec la Journée internationale des migrants, donnant au film une résonance particulière. En présence de la réalisatrice et de l’artiste Madiha Feguigui, le public sera invité à prolonger la réflexion autour des thèmes de l’exil, de la mémoire et des frontières, chers à Karima Saïdi.
Le parcours de la cinéaste illustre cette pluralité d’approches. Monteuse de documentaires, scripte sur des films de fiction, réalisatrice et créatrice d’installations sonores, elle explore depuis plusieurs années les zones de passage entre les mondes, les identités et les récits. Présenté à l’IDFA d’Amsterdam, au Cinemamed de Bruxelles et au Festival international du film de Marrakech, le documentaire s’inscrit dans une trajectoire artistique reconnue, où l’intime devient un prisme pour interroger le collectif.
À Casablanca, l’artisanat de l’OCI comme levier économique et culturel
Sur le plan économique et culturel, Casablanca s’apprête à accueillir la deuxième édition du Salon Commercial de l’Artisanat des États membres de l’Organisation de la Coopération Islamique, du 18 au 28 décembre 2025. Organisé par le Centre Islamique pour le Développement du Commerce sous l’égide du ministère de l’Industrie et du Commerce, cet événement se positionne comme une plateforme stratégique pour la promotion de l’artisanat et le renforcement des échanges intra-OCI.
Le salon réunira artisans, associations professionnelles, prestataires de services et institutions de financement issus des pays membres de l’OCI. Les secteurs représentés couvrent un large spectre, allant des produits du terroir à la maroquinerie, de la bijouterie à la calligraphie, des arts graphiques aux textiles, à la tapisserie et à la poterie.
L’objectif affiché est double. Il s’agit d’une part de valoriser les productions artisanales dans un cadre professionnel, et d’autre part de favoriser les opportunités d’affaires, les partenariats et les investissements. Le CIDC souligne que cette initiative vise à encourager la commercialisation des produits de l’artisanat et à renforcer le commerce et les investissements intra-OCI dans un secteur porteur d’emplois et d’identité culturelle.
Financement, accompagnement et structuration du secteur
En marge du salon, un programme de conférences et de panels permettra d’aborder les principaux enjeux du secteur, notamment ceux liés au financement, à l’accompagnement des artisans et à l’accès aux marchés internationaux. À travers cette approche intégrée, Casablanca s’affirme comme une plateforme régionale pour l’économie créative, où l’artisanat est envisagé à la fois comme patrimoine vivant et comme moteur de développement.
Cette dynamique s’inscrit dans une tendance plus large de reconnaissance du rôle stratégique des industries culturelles et créatives dans les économies contemporaines, particulièrement dans les pays du Sud.
En Italie, la reconnaissance internationale de l’art contemporain marocain
La scène artistique marocaine a également été mise à l’honneur en Italie, avec la distinction attribuée à la plasticienne Hayat Saidi lors de la Biennale universelle des arts visuels Michelangelo Buonarroti, organisée à Lecce. Cette reconnaissance, décernée par l’Académie internationale italienne de l’art, salue la force expressive de son œuvre et son engagement en faveur du rayonnement de l’art contemporain marocain à l’international.
La cérémonie, qui s’inscrivait dans la célébration du 550e anniversaire de la naissance de Michel-Ange, a réuni des figures du monde des arts, des sciences, de la culture et des médias. Pour Hayat Saidi, cette distinction revêt une dimension symbolique forte, celle de représenter le Maroc dans un événement célébrant l’héritage d’un des plus grands génies de la Renaissance italienne.
Lumière, féminité et spiritualité
Les œuvres de la plasticienne marocaine, centrées sur la lumière, la condition féminine, la nature et la spiritualité, ont été publiées dans l’ouvrage Anthologie d’artistes contemporains : Les grands maîtres de la lumière, édité par Editoriale Giorgio Mondadori. Cette publication, diffusée dans les librairies et musées italiens, contribue à inscrire son travail dans un dialogue artistique international.
La Biennale Michelangelo Buonarroti 2025, placée sous le thème Créativité et création entre extase et tourment : le feu de l’âme, a offert un cadre symbolique à cette reconnaissance. Elle a permis de mettre en avant la place de la femme artiste marocaine sur la scène mondiale et de souligner la vitalité de la création contemporaine du Royaume.