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Le Maroc en Culture : scènes artistiques entre théâtre carcéral, arts plastiques, poésie et festivals
La première édition du Marrakech Coffee & Tea Festival a offert pendant trois jour un salon d’envergure nationale et internationale réunissant artisans, torréfacteurs, baristas, producteurs, distributeurs et marques émergentes
De Rabat à Settat, d’Essaouira à Casablanca et Marrakech, la culture marocaine s’est illustrée à travers une série d’événements où se croisent expression artistique, transmission patrimoniale et ouverture sociale. Entre une pièce de théâtre interprétée par des détenus, un forum national dédié aux arts plastiques, une commémoration poétique, un moussem soufi, un festival de talents et un salon inédit consacré au café et au thé, ces initiatives témoignent de l’effervescence créative du pays et de la diversité de ses lieux d’expression.
Rabat: un théâtre au service de la réhabilitation
Au Théâtre National Mohammed V, la pièce Rihlat Wahm a offert un moment singulier, où des détenus issus de différents établissements pénitentiaires ont pris place sur scène à l’occasion de la Journée nationale du détenu. L’initiative, portée par la DGAPR et la Fondation Mohammed VI pour la Réinsertion des Détenus, a mis en lumière un projet artistique qui dépasse la seule performance scénique.
Rihlat Wahm, fruit d’un partenariat avec le Centre Moussalaha, aborde les mécanismes de l’extrémisme à travers des témoignages dramatisés inspirés de vécus réels. Les détenus y rejouent les circonstances ayant mené à la radicalisation, mais aussi les étapes du doute, de la remise en question et du retour vers la modération. L’œuvre privilégie le langage symbolique, la narration personnelle et l’expression corporelle, offrant un espace d’introspection partagée entre les acteurs et le public.
Selon Benaissa Bennasser, responsable de la réhabilitation éducative à la DGAPR, cet événement constitue un moment annuel d’ouverture et de dialogue avec la société civile, une manière de montrer les efforts engagés pour accompagner la réinsertion. Le théâtre devient alors un vecteur de confiance, révélant les capacités créatives et les compétences accumulées au sein des établissements pénitentiaires.
Pour les participants, l’expérience va bien au-delà de la représentation. Ils y voient un espace sûr pour exprimer leur parcours, dépasser le poids du passé et renouer avec un imaginaire positif. Plusieurs d’entre eux ont souligné que le projet les a aidés à surmonter certaines perceptions négatives et à transmettre des messages d’espoir. En parallèle, une exposition d’art et d’objets artisanaux réalisés en détention a mis en avant le travail des détenus bénéficiant de formations professionnelles, complétant ainsi la dimension culturelle et sociale de la journée.
Settat: les arts plastiques au cœur du dialogue entre générations
À Settat, le Forum national des arts plastiques Nawafid a inauguré sa 18e édition autour du thème Arts plastiques et architecture. L’événement, organisé par l’Association Tamesna des beaux-arts, a rassemblé artistes confirmés et jeunes créateurs, illustrant la vitalité des écoles artistiques marocaines.
L’exposition collective, qui présente 44 œuvres réalisées par 30 artistes issus de différentes régions, ambitionne d’encourager la circulation des idées, la rencontre intergénérationnelle et la valorisation des talents émergents. La diversité des styles et des approches témoigne d’un foisonnement créatif qui s’exprime dans les médiums traditionnels comme dans les pratiques contemporaines.
Une table ronde consacrée aux liens entre arts plastiques et architecture a permis d’élargir la réflexion. Les intervenants, dont les professeurs Mohamed Saoud et Lahcen Benbouta, ont mis en avant le rôle de l’esthétique urbaine, la place des espaces verts, l’évolution du patrimoine architectural et l’identité visuelle des villes. Ils ont souligné la fonction de l’art comme vecteur d’interprétation du monde et miroir de la manière dont l’individu se perçoit lui-même.
Essaouira: poésie, spiritualité et mémoire patrimoniale
À Essaouira, la Maison de la Poésie de Marrakech a célébré la 7e édition de Mémoire poétique en hommage au poète Mohammed Saidi Regragui. Chercheurs, enseignants et acteurs culturels ont retracé son parcours, mettant en lumière une œuvre profondément marquée par la sensibilité humaine et l’engagement littéraire. Cette rencontre a permis de revisiter un héritage poétique qui continue d’imprégner la mémoire culturelle du pays.
La même ville a accueilli une soirée artistique dédiée à la Marche Verte, à la Fête de l’Indépendance et à Aid Al Wahda. Animée par la troupe féminine Haddarat Zayda Kania, cette célébration a mis en valeur la richesse du patrimoine gnaoui féminin. Les chants et rythmes ancestraux, empreints de spiritualité, ont résonné dans une atmosphère chaleureuse, rappelant la profondeur de cette tradition longtemps transmise dans un cadre familial et rituel.
Dans cette continuité patrimoniale, la Zaouïa Kadiria a annoncé l’organisation de son moussem annuel. Inscrit dans le cadre des festivités commémorant le 15e centenaire de la naissance du Prophète Sidna Mohammed, l’événement met en évidence le rôle central de la zaouïa dans la préservation du soufisme marocain. Au programme figurent séances spirituelles, rencontres culturelles et soirées musicales, illustrant l’ancrage des confréries soufies dans la vie sociale et spirituelle de la région.
Casablanca: la créativité urbaine au cœur du festival CasaWeArt
Casablanca a lancé la deuxième édition du Festival des Talents CasaWeArt, un événement dédié à la créativité des jeunes de la métropole. Avec plus de 350 participants et cinq disciplines artistiques au programme, l’initiative vise à offrir un espace d’expression structuré et compétitif aux talents locaux.
Le directeur de Casablanca Events & Animation, Mohamed Jouahri, souligne l’ambition de professionnaliser la gestion des grands événements culturels et d’installer CasaWeArt comme rendez-vous annuel majeur.
Entre arts visuels, théâtre, design, photographie, courts-métrages et films documentaires, les domaines représentés reflètent la pluralité de la création contemporaine. Le jury, composé d’experts, garantit transparence et équité, tandis que la cérémonie finale récompensera les lauréats par des prix destinés à soutenir leur parcours artistique.
Marrakech: un premier festival dédié au café et au thé
À Marrakech, la première édition du Marrakech Coffee & Tea Festival a offert pendant trois jour un salon d’envergure nationale et internationale réunissant artisans, torréfacteurs, baristas, producteurs, distributeurs et marques émergentes. L’objectif: bâtir un écosystème durable autour de la culture du café et du thé et positionner la ville comme capitale panafricaine du secteur.
Pour le ministre Nizar Baraka, présent lors de l’ouverture, le salon constitue une opportunité de renforcer les partenariats avec les principaux pays producteurs, tout en valorisant les métiers liés au café et au thé au Maroc. Le Rwanda, invité d’honneur, a mobilisé plusieurs entreprises pour présenter ses produits emblématiques.
Les conférences et ateliers, au nombre de 70, visent à sensibiliser le public aux origines, techniques d’extraction et traditions liées à ces boissons. Le salon accueille également une galerie d’art dédiée aux rites et cultures du café et du thé.