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Pouvoir d’achat, épargne et production nationale : des améliorations et des fragilités, ce que révèlent les comptes institutionnels 2024
Selon le HCP, le pouvoir d’achat des ménages s’est amélioré de 5,1 points en 2024, un niveau nettement supérieur à l’évolution de 1,8 point enregistrée l’année précédente
Les derniers comptes nationaux publiés par le Haut-Commissariat au Plan dessinent un paysage économique marqué par une amélioration notable du pouvoir d’achat, une progression significative de l’épargne nationale et une forte contribution des sociétés financières et non financières à la création de richesse. À travers l’évolution du revenu des ménages, le dynamisme de l’investissement et la répartition sectorielle de la valeur ajoutée, l’année 2024 apparaît comme un exercice de consolidation, où plusieurs indicateurs-clés ont évolué de manière convergente malgré quelques tensions persistantes en matière de financement.
Pouvoir d’achat des ménages : une progression soutenue en 2024
Selon le HCP, le pouvoir d’achat des ménages s’est amélioré de 5,1 points en 2024, un niveau nettement supérieur à l’évolution de 1,8 point enregistrée l’année précédente. Cette progression s’explique en grande partie par une inflation contenue, avec une hausse de 0,9 % de l’indice des prix à la consommation, ainsi que par l’évolution positive du revenu disponible brut.
Le revenu disponible brut des ménages a atteint 1.059,7 milliards de dirhams, en hausse de 6,7 %. La rémunération des salariés demeure son principal moteur, avec une contribution de 45,3 % et une progression équivalente. Le revenu mixte — incluant notamment le service de logement — représente 39,4 % du revenu des ménages, avec une croissance de 4 %. À cela s’ajoute une hausse notable de 10,6 % des revenus nets de la propriété.
Cette dynamique a permis une amélioration du revenu disponible par habitant, désormais établi à 28.808 dirhams, en hausse de 6 %. La consommation finale des ménages absorbe 89,2 % de leur revenu, et le taux d’épargne s’est établi à 11,3 %, soutenu par la progression des transferts sociaux en nature, qui augmentent de 9,5 %.
Épargne nationale et investissement : une année de consolidation
L’épargne nationale a enregistré une amélioration de 11,6 % pour atteindre 461,7 milliards de dirhams. Les sociétés financières et non financières demeurent les principaux contributeurs, représentant 60,3 % de cette épargne, tandis que les ménages et ISBLSM y participent à hauteur de 26,8 %. Les administrations publiques complètent l’ensemble avec 12,9 %.
Parallèlement, la formation brute du capital fixe s’est élevée à 422,5 milliards de dirhams, en progression de 13,9 %. Cette hausse résulte d’une forte reprise de l’investissement des sociétés, avec une augmentation de 19,9 %, mais aussi d’un dynamisme du secteur des ménages et des institutions sans but lucratif, en hausse de 7,9 %, et d’une progression de 3,2 % des administrations publiques.
La contribution des sociétés financières et non financières à la FBCF nationale s’élève à 59,2 %, tandis que celle des ménages et ISBLSM atteint 26,1 % et celle des administrations publiques 14,7 %.
Malgré ces évolutions positives, le besoin de financement national s’est creusé, atteignant 18,5 milliards de dirhams, soit 1,2 % du PIB. Cette détérioration provient notamment du passage des sociétés non financières d’une capacité de financement à un besoin estimé à 8,2 milliards de dirhams. Les sociétés financières affichent également un besoin de financement accru, porté à 9,1 milliards.
Du côté des ménages, la capacité de financement s’est améliorée de 10,9 milliards de dirhams, tandis que les administrations publiques ont allégé leur besoin de financement grâce à un recours accru à l’endettement intérieur et extérieur. Les émissions du Trésor sur le marché intérieur ont ainsi enregistré un flux net de 48,8 milliards de dirhams, tandis que l’endettement extérieur a contribué pour 19 milliards.
Producteurs de richesse : le poids décisif des sociétés financières et non financières*
Le HCP souligne que les sociétés financières et non financières constituent le premier producteur de richesse nationale, contribuant à hauteur de 45,7 % au PIB. Elles dominent également l’épargne nationale et l’investissement, confirmant leur rôle central dans la dynamique économique.
La contribution des administrations publiques atteint 14,8 %, tandis que celle des ménages et ISBLSM s’élève à 28,4 %. Les impôts nets de subventions sur la production et les importations ont également progressé, représentant 11,1 % du PIB, en hausse de 1,2 point par rapport à 2023.
Le revenu national brut disponible a progressé de 7,7 % pour s’établir à 1.709,1 milliards de dirhams. Cette évolution résulte de hausses dans l’ensemble des secteurs institutionnels: +8 % pour les sociétés, +6,9 % pour les ménages et ISBLSM, et +10 % pour les administrations publiques. Les ménages et ISBLSM concentrent 63,1 % du RNBD, confirmant leur place centrale dans la structure socio-économique du pays.
Par ailleurs, le PIB aux prix courants a atteint 1.596,8 milliards de dirhams, en croissance de 7,9 %, traduisant une dynamique globale portée par l’évolution simultanée de la consommation, de la production et de l’investissement.
Crédit, dépôts et financements : des comportements différenciés selon les secteurs
Les comptes publiés révèlent des évolutions contrastées dans le financement de l’économie. Les sociétés non financières connaissent une baisse du recours aux crédits bancaires, avec un flux net de 12,9 milliards de dirhams. À l’inverse, les ménages enregistrent une légère hausse de leur endettement, avec un flux net des crédits de 13 milliards, accompagné d’une forte progression des dépôts à 86,8 milliards.
Les sociétés financières voient également une régression des crédits, limitée à 41,9 milliards, mais compensée par une amélioration importante des dépôts, atteignant 152,3 milliards de dirhams. Ces évolutions témoignent de comportements de précaution persistants et d’une gestion prudente des ressources financières au sein des différents secteurs.
Une année marquée par des équilibres améliorés, mais encore fragiles
L’ensemble des données confirme une amélioration généralisée des principaux indicateurs: revenu des ménages, épargne nationale, croissance du PIB et progression du revenu national brut disponible. Toutefois, l’accroissement du besoin de financement national rappelle la nécessité de maintenir une vigilance macroéconomique, notamment dans le suivi du financement des sociétés et de l’endettement public.
L’année 2024 apparaît ainsi comme un moment de consolidation et de rééquilibrage, où les efforts conjoints des ménages, des entreprises et des administrations publiques ont contribué à soutenir la dynamique économique du pays.