Pr Abdelkader Tounsi, le fils de Taroudant qui a formé plusieurs générations de chirurgiens

Pr Abdelkader Tounsi, le fils de Taroudant qui a formé plusieurs générations de chirurgiens

Aux premiers jours du Royaume du Maroc indépendant, quand tout était à bâtir, quand la médecine elle-même se cherchait encore, Pr Abdelkader Tounsi était parmi les pionniers

1
Partager :

Par Dr Anwar CHERKAOUI

Il est des hommes dont la grandeur ne se mesure ni au fracas de leurs mots, ni à l’éclat de leurs titres, mais à la trace invisible qu’ils laissent dans le temps. Pr Abdelkader Tounsi était de ceux-là.

Aux premiers jours du Royaume du Maroc indépendant, quand tout était à bâtir, quand la médecine elle-même se cherchait encore, il a été parmi les pionniers.  Un des premiers grands chirurgiens de cette terre marocaine qui renaissait à elle-même. Il n’a pas seulement opéré des corps : il a inspiré des vocations, semé des écoles humaines avant d’être des écoles techniques.

Silhouette grande, presque hiératique, dont la simple présence impose le respect.

Et puis il y avait cette voix. Une voix chuchotée.

Une voix basse, presque secrète, comme si chaque mot devait mériter d’être dit.

Il opérait sans emphase, enseignait sans bruit, transmettait sans brouhaha.

Mais sous son austérité apparente vivait une finesse rare : une auto-dérision discrète. D’un sourire à peine esquissé, d’une remarque douce murmurée au détour d’un geste, Pr Tounsi savait rappeler aux plus jeunes que la science n’autorise ni la raideur ni l’orgueil.

Comme les sages anciens, il se permettait de sourire de lui-même, convaincu que l’humilité est la forme la plus élégante de l’intelligence. Dans les blocs opératoires, son silence était une leçon. Dans les amphithéâtres, son calme était un traité.

À l’hôpital Ibn Sina, lorsqu’il arpentait les couloirs, ses pas étaient feutrés, comme s’il craignait de déranger le lieu, comme si l’hôpital était un sanctuaire où l’on entre avec humilité.

À la manière des sages de la Grèce ancienne, il croyait que le geste juste n’a pas besoin de proclamation, et que la maîtrise véritable s’exprime dans la retenue. Et à la manière des maîtres de la tradition arabe, il savait que le savoir transmis dans la discrétion descend plus profondément dans l’âme.

Toute son œuvre, pourtant immense, s’est accomplie dans ce que les poètes appelaient le silence des dieux. Aujourd’hui, Pr Tounsi a rejoint le grand silence. Celui qui ne fait plus peur. Il est désormais entre les bras du silence divin, là où les justes déposent leurs outils, là où les maîtres reposent après avoir transmis.

Son nom continuera de circuler dans la mémoire vive de ceux qu’il a formés, dans la précision d’un geste chirurgical, dans l’éthique d’un regard posé sur le malade.

Et comme dans la sagesse arabe, il nous enseigne que le silence, lorsqu’il est habité par le savoir, l’humilité et la bonté, devient une forme suprême de parole. Reposez en paix, Pr Abdelkader Tounsi.

lire aussi