Rabat abrite une réflexion mondiale sur le Sécurité ferroviaire entre innovation, expertise humaine et résilience des réseaux

Rabat abrite une réflexion mondiale sur le Sécurité ferroviaire entre innovation, expertise humaine et résilience des réseaux

Mohamed Rabie Khlie, DG de l’ONCF, a élargi la perspective en évoquant la situation africaine. Selon l’étude prospective Africa Rail 2063, seuls 8 % des réseaux du continent disposent d’une structure de sûreté pleinement opérationnelle. Cette fragilité rend indispensable une mobilisation collective des États, des opérateurs et des institutions régionales.

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Réunis à Rabat pour le 20ᵉ Congrès mondial sur la sécurité ferroviaire, qui se tient pour la première fois en terre africaine, responsables internationaux, experts et opérateurs ont dressé un état des lieux sans concession des défis qui traversent aujourd’hui le secteur. Dans un contexte marqué par les cybermenaces, la pression géopolitique et l’évolution des mobilités, l’innovation technologique, l’harmonisation des pratiques et le renforcement de l’expertise humaine apparaissent comme les trois piliers d’un rail plus sûr et durable. Le Maroc, fort de ses avancées et de ses investissements massifs, se positionne comme un acteur moteur de cette dynamique.

Un rail mondial face à des menaces multidimensionnelles

À l’ouverture du congrès, le président de l’Union internationale des chemins de fer (UIC), Alan Beroud, a souligné la montée en complexité des risques auxquels sont confrontés les réseaux ferroviaires. Cyberattaques sophistiquées, tensions géopolitiques, nouveaux usages de mobilité : autant de facteurs qui redéfinissent les exigences sécuritaires. Pour Beroud, le rail demeure un pilier essentiel de la mobilité mondiale, et sa stabilité dépend désormais d’une capacité accrue d’anticipation et de résilience.

L’UIC met en avant plusieurs chantiers structurants conduits via sa Security Platform et ses groupes de travail, qui visent à harmoniser les pratiques, développer des méthodologies communes et transformer l’expertise accumulée en outils opérationnels. Il s’agit de passer d’une logique de réaction à une stratégie proactive, capable de structurer une réponse globale aux risques émergents.

Dans une intervention complémentaire, le directeur général de l’UIC, François Davenne, a insisté sur le lien entre sûreté et compétitivité. Face à la concurrence entre modes de transport, les réseaux ferroviaires doivent investir massivement dans les technologies intelligentes, l’intelligence artificielle, les systèmes de surveillance avancés et les nouveaux outils de gestion des flux. Mais, rappelle-t-il, ces innovations ne remplacent pas le facteur humain : elles le prolongent et exigent une montée en compétence continue.

Pour Davenne, l’articulation entre technologie et expertise humaine constitue la clé d’un rail capable d’absorber les incertitudes d’un monde en mutation rapide.

L’Afrique à un tournant stratégique

Le directeur général de l’ONCF, Mohamed Rabie Khlie, a élargi la perspective en évoquant la situation africaine. Selon l’étude prospective Africa Rail 2063, seuls 8 % des réseaux du continent disposent d’une structure de sûreté pleinement opérationnelle, tandis que 80 % demeurent vulnérables, par manque de moyens techniques, financiers ou organisationnels. Cette fragilité rend indispensable une mobilisation collective des États, des opérateurs et des institutions régionales.

Pour bâtir un réseau africain sûr et durable, M. Khlie a insisté sur quatre leviers : des investissements structurants, un cadre réglementaire solide, la montée en compétence des équipes et surtout l’ancrage d’une véritable culture de sûreté. Ce dernier point est crucial : sans culture partagée, les outils les plus sophistiqués restent inefficaces.

Le responsable a ensuite détaillé les avancées réalisées au Maroc ces deux dernières décennies, marquées par une modernisation profonde du réseau ferroviaire. L’ONCF a renforcé son organisation de sûreté à travers la création d’un corps de Police Ferroviaire comprenant environ 190 agents assermentés et une cinquantaine de superviseurs déployés dans les gares, les trains et les installations sensibles. Ce dispositif humain est soutenu par un réseau de 1.400 agents de surveillance présents sur tout le territoire.

Le volet technologique a, lui aussi, connu une évolution notable : généralisation des systèmes de contrôle d’accès, dispositifs de détection d’intrusion, installation de plus de 2.000 caméras couvrant les principales gares et la LGV Tanger–Casablanca. La mise en service du Centre national de sûreté en 2018 a constitué un tournant majeur, avec une plateforme intégrée de coordination réunissant les équipes de l’ONCF, la Police Ferroviaire, la Gendarmerie Royale et la Direction générale de la Sûreté nationale.

Ces dispositifs s’inscrivent dans un programme d’investissements de 96 milliards de dirhams, incluant la future LGV Kénitra–Marrakech, 250 km de dessertes régionales de type RER dans les grandes métropoles, ainsi que l’acquisition de 168 nouvelles rames dans le cadre du programme PARAM. Une stratégie qui vise à hisser le Maroc au rang des réseaux les plus modernes et les plus sûrs du continent.

L’expertise humaine, clef de voûte de la sécurité ferroviaire

Le ministre du Transport et de la Logistique, Abdessamad Kayouh, a replacé la dimension humaine au centre du débat. Les transformations technologiques, si avancées soient-elles, ne remplacent ni la vigilance humaine ni la culture de prévention, rappelle-t-il. Pour lui, la sécurité ferroviaire repose sur une articulation indissociable entre compétences professionnelles, gouvernance rigoureuse et innovations technologiques.

Les mutations rapides de la mobilité, l’évolution des attentes des usagers et la diversification des risques imposent de renforcer la formation continue, la maîtrise opérationnelle et les outils d’aide à la décision. Les technologies intelligentes – signalisation avancée, automatisation contrôlée, surveillance proactive – doivent être conçues comme des prolongements de l’expertise humaine, non comme des substituts.

Le ministre a également mis en avant la dimension internationale du défi. Dans un paysage marqué par des usages numériques en expansion rapide, par l’intelligence artificielle et par l’interconnexion croissante des réseaux, la coopération entre États, opérateurs et organisations spécialisées est indispensable. C’est cette synergie qui permettra d’anticiper les risques, de partager les meilleures pratiques et d’harmoniser les standards au niveau mondial.

Rabat, carrefour d’une dynamique mondiale

Placée sous le Haut Patronage du Roi Mohammed VI, l’édition du congrès organisée à Rabat réunit jusqu’au 4 décembre experts internationaux, représentants institutionnels et industriels. Organisé conjointement par l’ONCF et l’UIC, l’événement propose également un espace d’exposition consacré aux technologies de pointe, illustrant l’effervescence d’un secteur en pleine transformation.

Au-delà des échanges techniques, cette rencontre consacre le rôle croissant du Maroc comme plateforme ferroviaire africaine et acteur clé de la modernisation sécuritaire du rail. Entre innovation, coopération internationale et montée en puissance des compétences humaines, Rabat se positionne au cœur d’une réflexion mondiale sur le rail du futur.

 

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