Tétouan entre imaginaires picturaux, héritage andalou et rétrospectives majeures

Tétouan entre imaginaires picturaux, héritage andalou et rétrospectives majeures

Le titre lui-même exprime un trajet symbolique: Séville, où l’artiste a affiné sa formation académique, et Tétouan, la ville de ses premiers pas dans la peinture. Ce dialogue entre deux rives méditerranéennes se traduit dans une œuvre marquée par la lumière, les couleurs andalouses, mais aussi les traditions visuelles du nord du Maroc.

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Entre expositions individuelles, rétrospective d’envergure et lancement d’un festival dédié aux Andalousies de la Méditerranée, Tétouan confirme son statut de pôle culturel majeur. Trois événements récents – l’exposition Mondes amphibies de Houda Benjelloun, la rétrospective De Séville à Tétouan consacrée à Ahmed Ben Yessef, et le Festival Andalousies de la Méditerranée – ont offert un panorama riche où se croisent héritages plastiques, mémoire andalouse et exploration des imaginaires contemporains. Un moment fort pour la ville, déjà tournée vers son rôle de capitale méditerranéenne de la culture et du dialogue en 2026.

Mondes amphibies: une plongée dans l’inconscient et les mythes intérieurs

Au centre culturel Iklyle, l’exposition individuelle Mondes amphibies a présenté les œuvres récentes de l’artiste Houda Benjelloun. Conçue à l’occasion du 50e anniversaire de la Marche Verte, elle met en scène des figures hybrides où humains, animaux et créatures aquatiques dialoguent dans un univers visuel profondément surréaliste. Deux toiles consacrées à la Marche Verte, réunies sous le titre L’Épopée des Marocains libres, prolongent cette exploration en l’ancrant dans une identité chromatique inspirée des couleurs de la terre.

L’artiste décrit son œuvre comme un miroir de l’inconscient collectif. Chaque toile renvoie à une autre, formant un ensemble cohérent qui invite le spectateur à naviguer entre mythe, onirisme et préoccupations contemporaines. Dans une déclaration à la MAP, elle souligne que l’art est pour elle un espace de liberté où respirent les couleurs, et où l’imaginaire se déploie sans contrainte.

Le poète et romancier Hassan El Madadi, présent lors de la clôture, a mis en avant la capacité de Benjelloun à transformer ses tableaux en supports d’interprétation ouverts. Née en 1990, l’artiste s’inscrit dans la scène contemporaine marocaine comme une figure expérimentant les frontières du réel et du fantastique, tout en offrant une réflexion subtile sur les mondes intérieurs.

Ahmed Ben Yessef: soixante années de lumière, de couleur et de mémoire visuelle

Autre temps fort: le vernissage de la rétrospective De Séville à Tétouan, consacrée à l’un des grands noms de l’art plastique marocain, Ahmed Ben Yessef. Présentée au Centre d’art moderne de Tétouan dans le cadre du Festival Andalousies de la Méditerranée, l’exposition retrace six décennies de création.

Le titre lui-même exprime un trajet symbolique: Séville, où l’artiste a affiné sa formation académique, et Tétouan, la ville de ses premiers pas dans la peinture. Ce dialogue entre deux rives méditerranéennes se traduit dans une œuvre marquée par la lumière, les couleurs andalouses, mais aussi les traditions visuelles du nord du Maroc.

L’exposition, déjà accueillie à Pise et à Séville, rassemble plus de 90 tableaux et une dizaine de sculptures. Variété des techniques, diversité des supports, évolution des styles: le parcours proposé permet de suivre l’artiste depuis ses premiers dessins classiques jusqu’à ses œuvres les plus mûres, empreintes de sérénité et de contemplation.

Pour Mehdi Zouak, directeur de l’Institut national des beaux-arts, cette rétrospective constitue un hommage à un artiste dont l’influence dépasse largement les frontières nationales. Elle expose l’itinéraire d’un pionnier de l’art moderne marocain, dont la maîtrise du geste et la palette sensible ont façonné une véritable identité visuelle.

Le Festival Andalousies de la Méditerranée: une première édition entre célébration et transmission

La première édition du Festival Andalousies de la Méditerranée a officiellement démarré à Tétouan, sous le signe Pont entre deux rives. Le programme reflète l’ambition des organisateurs: mettre en valeur l’héritage andalou dans toutes ses dimensions – musicales, académiques, sociales et artistiques –, tout en consolidant les liens culturels entre les pays du pourtour méditerranéen.

Pour Abderrazzak Mansouri, gouverneur de Tétouan, ce festival s’inscrit dans la dynamique culturelle d’une ville appelée à devenir en 2026 capitale méditerranéenne de la culture et du dialogue. Il met en lumière des siècles d’échanges culturels et d’influences croisées, depuis l’arrivée des familles andalouses jusqu’aux expressions artistiques contemporaines qui en sont issues.

Le président par intérim de l’Université Abdelmalek Essaâdi, Bouchta El Moumni, a pour sa part insisté sur la dimension civilisationnelle d’un tel événement. Il rappelle que Tétouan a toujours servi de terrain fertile au renouvellement des sonorités andalouses, qui s’y sont enrichies d’une identité marocaine affirmée.

Le programme de cette première édition est dense: conférences sur la gestion culturelle et le tourisme, exposition d’Ahmed Ben Yessef, colloque universitaire, spectacles artistiques et hommage à la Fondation des trois cultures. Le festival se clôturera par une soirée au théâtre espagnol, réunissant flamenco et musiques andalouses avec des artistes tels que Marouane Hajji, Jalal Chekara, Estrella Morente et Kiki Morente, récemment nommé aux Latin Grammy Awards.

Un carrefour artistique où passé, mémoire et modernité dialoguent

À travers ces trois événements, c’est une même dynamique qui se déploie: la mise en valeur d’un héritage artistique profondément méditerranéen, l’encouragement à l’innovation et la volonté de relier les différentes sensibilités de la création contemporaine.

Qu’il s’agisse des univers surréalistes et introspectifs de Houda Benjelloun, de la rétrospective magistrale consacrée à Ahmed Ben Yessef ou du festival célébrant les Andalousies, Tétouan affirme son rôle de capitale culturelle ouverte sur les imaginaires du sud et du nord de la Méditerranée.

Ces initiatives soulignent aussi l’importance du dialogue intergénérationnel et interculturel, et rappellent combien l’art demeure un vecteur de compréhension, d’expression et de mémoire.

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