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ZLECAF à Marrakech : une ambition partagée d’en faire un véritable projet de transformation économique du continent
« Le Royaume du Maroc s’est affirmé comme un partenaire stratégique dans le renforcement de la coopération multidimensionnelle africaine. Cette posture se traduit par des choix structurants, qu’il s’agisse de la diplomatie économique, des investissements, des infrastructures ou des mécanismes financiers mis au service du continent. » (Aziz Akhannouch)
Réunis à Marrakech pour la deuxième édition du Forum d’Affaires de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine, responsables politiques, ministres africains, chefs d’entreprise et institutions continentales ont affirmé une ambition partagée : faire de la ZLECAF non seulement un accord commercial, mais un véritable projet de transformation économique du continent. Placée sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, la rencontre a mis en lumière le rôle structurant du Maroc dans la construction d’une Afrique intégrée, souveraine et compétitive.
Marrakech, carrefour africain du commerce et de l’intégration
C’est dans la cité ocre que se sont ouverts les travaux de la deuxième édition du Forum d’Affaires de la ZLECAF, sous le thème fédérateur « Ensemble pour une mise en œuvre efficiente de la ZLECAF ». Organisée sur deux jours par le Secrétariat d’État chargé du Commerce extérieur, en partenariat avec le Secrétariat de la ZLECAF, l’Association marocaine des exportateurs, la CGEM et l’Association des Régions du Maroc, la rencontre s’inscrit dans la continuité des initiatives portées par le Royaume pour accélérer l’opérationnalisation de cet accord continental majeur.
Dès l’ouverture, le forum s’est présenté comme un espace de dialogue stratégique entre décideurs publics et acteurs économiques, destiné à dépasser les approches théoriques pour entrer dans une phase d’exécution concrète. Sessions plénières, panels thématiques et rencontres B2B ont rythmé les échanges, avec un objectif commun : identifier les leviers pratiques capables de stimuler le commerce intra-africain, d’attirer les investissements et de bâtir des chaînes de valeur régionales solides.
La ZLECAF, pilier de l’Agenda 2063 africain
Initiative phare de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, la ZLECAF vise à créer un marché continental unique pour les biens et les services, intégrant également des cadres communs pour l’investissement, la concurrence et la propriété intellectuelle. En réduisant progressivement les barrières tarifaires et non tarifaires, l’accord ambitionne de transformer l’Afrique en un bloc économique cohérent, capable de peser davantage dans le commerce mondial.
À Marrakech, les intervenants ont rappelé que l’enjeu dépasse largement la seule libéralisation des échanges. Il s’agit de repenser les modèles de production, de favoriser la transformation locale des ressources et de permettre aux économies africaines de capter davantage de valeur ajoutée. La ZLECAF est ainsi perçue comme un instrument de souveraineté économique, à condition que sa mise en œuvre soit accompagnée d’investissements massifs dans les infrastructures, la logistique, la finance et les compétences.
Une vision marocaine constante pour l’Afrique
Lors de son intervention, le chef du gouvernement marocain Aziz Akhannouch a souligné que l’engagement du Maroc en faveur de l’intégration africaine s’inscrit dans une vision constante, portée par les hautes directives du Roi Mohammed VI. Cette vision repose sur une Afrique maîtresse de son destin, capable de transformer ses ressources sur place et de relier ses régions, de la Méditerranée à l’Atlantique, du Sahel aux façades maritimes.
Selon M. Akhannouch, le Royaume s’est affirmé comme un acteur central et un partenaire stratégique dans le renforcement de la coopération multidimensionnelle africaine. Cette posture se traduit par des choix structurants, qu’il s’agisse de la diplomatie économique, des investissements, des infrastructures ou des mécanismes financiers mis au service du continent.
L’Initiative Atlantique, levier de désenclavement et de croissance
Parmi les projets structurants évoqués figure l’Initiative Atlantique, lancée par le Roi Mohammed VI en faveur des États africains atlantiques et des pays du Sahel. Cette initiative vise à connecter les pays enclavés aux façades maritimes, en mettant à leur disposition les infrastructures portuaires et logistiques marocaines.
Le chef du gouvernement a rappelé que le Maroc a ouvert ses ports et ses corridors logistiques à vingt-trois pays riverains de l’Atlantique, ainsi qu’à leurs voisins sans accès à la mer. Cette approche pragmatique illustre la volonté du Royaume de faire de l’intégration régionale une réalité concrète, fondée sur la complémentarité et le partage des opportunités.
Des projets énergétiques et industriels structurants
Au cœur de cette stratégie figure le projet de gazoduc Nigeria–Maroc, long d’environ 6.000 kilomètres et traversant plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Pour Aziz Akhannouch, cette infrastructure dépasse la seule dimension énergétique. Elle constitue un socle stratégique pour une industrialisation partagée, en fournissant une énergie fiable et compétitive à des secteurs clés comme les engrais, la pétrochimie, les matériaux de construction ou l’agro-industrie.
Ces secteurs sont appelés à jouer un rôle central dans la création d’emplois et la montée en gamme des économies africaines. À travers ce type de projets, la ZLECAF est envisagée comme un catalyseur de développement industriel, et non comme un simple accord commercial.
Finance, paiements et intégration monétaire progressive
Le Maroc mise également sur ses atouts financiers pour accompagner l’intégration africaine. Le chef du gouvernement a mis en avant Casablanca Finance City, devenue une plateforme régionale majeure, ainsi que la présence des groupes bancaires marocains dans plus d’une vingtaine de pays africains. À cela s’ajoute l’adhésion récente de Bank Al-Maghrib au système panafricain de paiements et de règlement PAPSS.
Ces avancées ouvrent la voie à des projets pilotes de paiements en monnaies locales, de sécurisation du crédit export et de couverture des risques pour les PME africaines. Autant de mécanismes destinés à fluidifier les échanges et à réduire les coûts liés aux transactions transfrontalières, souvent cités comme un frein majeur au commerce intra-africain.
Les défis persistants de la mise en œuvre
Malgré l’enthousiasme affiché, les participants n’ont pas occulté les difficultés structurelles auxquelles se heurte la ZLECAF. Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a rappelé que ce projet ambitieux exige du temps, de la coordination et des efforts soutenus entre les États membres.
Parmi les principaux obstacles figurent l’insuffisance des infrastructures portuaires et routières, le coût élevé du transport, l’immensité du continent et l’existence de zones à gouvernance fragile. Ces contraintes expliquent en partie pourquoi il demeure parfois plus simple de commercer avec des partenaires extra-africains qu’entre pays du continent.
Le port de Dakhla Atlantique, hub afro-atlantique
Dans ce contexte, Ryad Mezzour a mis en avant le port de Dakhla Atlantique, conçu comme un futur hub logistique afro-atlantique. Cette infrastructure stratégique doit relier l’Europe, le Sahel et l’Afrique de l’Ouest, tout en consolidant les corridors atlantiques appelés à soutenir la ZLECAF.
À terme, le port de Dakhla est appelé à jouer un rôle clé dans la réduction des coûts logistiques et dans l’intégration des chaînes de valeur régionales, en particulier pour les pays sahéliens enclavés. Il illustre la convergence entre l’Initiative Atlantique et les objectifs de la ZLECAF.
Le point de vue du secteur privé africain
La voix du secteur privé a également été largement entendue. Mehdi Tazi, vice-président général de la CGEM, a souligné qu’en raison du déficit d’infrastructures et du coût du transport, les services circulent plus facilement que les biens sur le continent. Il a également pointé les défis liés à la pluralité des monnaies, aux contraintes financières et aux obstacles logistiques.
Pour le patronat marocain, la ZLECAF demeure toutefois un levier stratégique pour créer davantage de valeur ajoutée en Afrique, à condition d’impliquer pleinement les entreprises, en particulier les PME. Les success stories d’entreprises exportatrices africaines présentées lors de la cérémonie d’ouverture ont illustré le potentiel existant, mais aussi la nécessité d’un environnement plus favorable.
Une vision partagée par les ministres africains
Lors d’un panel ministériel de haut niveau, plusieurs ministres africains en charge du commerce ont affirmé que la ZLECAF représente la voie la plus sûre vers une Afrique souveraine et compétitive. Ils ont identifié des défis communs, allant du coût élevé du transport au manque d’infrastructures, en passant par les contraintes liées au financement et à la propriété intellectuelle.
Les responsables ont plaidé pour le renforcement de la connectivité continentale, la réduction des tarifs douaniers et l’harmonisation des communautés économiques régionales. La mise en place de guichets uniques pour les investisseurs et les exportateurs, ainsi que la création de comités nationaux dédiés à la ZLECAF, figurent parmi les recommandations avancées pour améliorer la coordination et l’efficacité.
Le rôle clé des PME et des chaînes de valeur régionales
Les ministres ont également insisté sur l’implication indispensable du secteur privé africain. Selon eux, la réussite de la ZLECAF passe par une participation accrue des PME, appelées à devenir le moteur des échanges interafricains. Le développement de chaînes de valeur régionales est perçu comme un moyen concret de renforcer la compétitivité du continent et de réduire sa dépendance aux importations extra-africaines.
Les échanges ont permis de faire le point sur les avancées réalisées dans plusieurs pays, tout en soulignant la nécessité d’adapter les cadres législatifs et de mettre en place des incitations fiscales attractives pour les investisseurs.
Coordination africaine en vue de l’OMC
En marge du forum, Marrakech a également accueilli une réunion ministérielle africaine consacrée à la préparation de la 14e Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce, prévue en mars 2026 à Yaoundé. Présidée par le Maroc et modérée par le Mozambique, cette réunion a rassemblé seize ministres et plus de trente délégations africaines.
L’objectif était de consolider une position africaine commune sur les grands dossiers commerciaux multilatéraux, à partir du document de référence récemment publié par le Groupe africain à l’OMC. Les participants ont réaffirmé leur attachement à un système commercial multilatéral ouvert, juste, inclusif et fondé sur des règles.
Défendre les priorités africaines sur la scène mondiale
Parmi les points clés évoqués figurent la préservation du traitement spécial et différencié pour les pays en développement et les pays les moins avancés, ainsi que la nécessité de dépasser les mesures commerciales restrictives et unilatérales. La réforme de l’OMC a également été abordée, avec un accent mis sur le développement, la transparence et le maintien d’un mécanisme efficace de règlement des différends.
Les discussions ont révélé une convergence sur des thématiques prioritaires pour l’Afrique, telles que l’agriculture et la sécurité alimentaire, les subventions à la pêche, le commerce des services et le commerce électronique.
Le Maroc, facilitateur et fédérateur
Dans une déclaration, le Secrétaire d’État chargé du Commerce extérieur, Omar Hejira, a souligné que la tenue de cette réunion au Maroc illustre les efforts du Royaume pour unifier les visions africaines et renforcer la coopération Sud-Sud. Il a mis en avant l’importance accordée à la préparation de la Conférence de Yaoundé, ainsi qu’aux réformes du système commercial mondial.
De son côté, le ministre égyptien de l’Investissement et du Commerce extérieur, Hassan El Khatib, a insisté sur le rôle des États dans la facilitation de l’activité du secteur privé. Il a salué la dynamique des échanges entre l’Égypte et le Maroc, notamment dans le secteur automobile, et exprimé la volonté de lever les obstacles entravant le commerce bilatéral.
Vers une ZLECAF opérationnelle et transformatrice
Au terme de cette deuxième édition, le Forum d’Affaires de la ZLECAF a confirmé que l’enjeu n’est plus celui de l’adhésion politique, mais de la mise en œuvre effective. À Marrakech, l’Afrique a esquissé les contours d’une intégration économique progressive, fondée sur des projets concrets, des infrastructures partagées et une coordination renforcée.