Cinéma, mon amour de Driss Chouika: LIKE SOMEONE IN LOVE, UNE EXPLORATION POÉTIQUE ET ÉMOTIONNELLE DE LA SOLITUDE

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L’action du film est située au Japon et raconte l'histoire d'une jeune étudiante, Akiko, qui se prostitue pour payer ses études et d'un vieux professeur retraité, Takashi, qui se rencontrent dans des circonstances inhabituelles et partagent une connexion et un échange aussi intenses qu’inattendus

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« Cette histoire, motivée par des courants sous-jacents et des allusions obliques, est presque surprenante par sa circonspection. La cinématographie est claire et précise, et le montage produit de longs passages fluides. Ce film, insaisissable et superbement réalisé, a un rythme apaisant et un charme mélancolique ».

David Denby (New Yorker).

Coproduction franco-irano-japonaise, Réalisé par Abbas Kiarostami et présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2012, "Like Someone in Love" est un film qui dépeint la fragilité et les complexités des relations humaines à travers une narration subtile et intelligente. Il fait partie des films aux thématiques universelles que Kiarostami a tourné en dehors de l’Iran, lui qui avait tenu à rester en Iran après la révolution islamique de 1979, affirmant que  « Si vous prenez un arbre qui est enraciné dans la terre et si vous le replantez en un autre endroit, l'arbre ne produira plus de fruits, dit-il, et s'il le fait, le fruit ne sera pas aussi bon que s'il était dans son endroit originel. C'est une règle de la nature. Je pense que si j'avais fui mon pays, je ressemblerais à cet arbre ».

L’action du film est située au Japon et raconte l'histoire d'une jeune étudiante, Akiko, qui se prostitue pour payer ses études et d'un vieux professeur retraité, Takashi, qui se rencontrent dans des circonstances inhabituelles et partagent une connexion et un échange aussi intenses qu’inattendus, bravant la jalousie violente du jeune fiancé de la jeune femme. A travers cette relation triangulaire, Kiarostami tisse, sur 24 h, une tranche de vie d’une profonde intensité humaine.

ENTRE SOLITUDE ET PROXIMITÉ PHYSIQUE

L'un des thèmes centraux du film est la solitude. Malgré la proximité physique trompeuse entre les personnages, ils ressentent chacun un profond sentiment de solitude et d'isolement. Akiko, bien qu'entourée de ses clients et amis, se sent déconnectée de sa famille et de son identité. Takashi, de son côté, vit une existence solitaire après sa retraite, cherchant des moments de communion humaine. Le film explore comment ces deux personnages, venant de générations et de milieux différents, trouvent chez l'autre une forme de réconfort temporaire mais combien précieuse.

Kiarostami joue avec les perceptions et les apparences tout au long du film. Akiko, perçue au début comme une jeune femme frivole, révèle une vulnérabilité et une complexité émotionnelle plus profondes. Takashi, derrière son apparence respectable de professeur, montre également des désirs et des faiblesses cachées. Le film soulève des questions sur l'authenticité et la façade, et comment ces masques impactent les interactions humaines.

Le film souligne la difficulté d’une véritable communication entre les individus. Les dialogues minimalistes et les silences éloquents que Kiarostami utilise mettent en avant les non-dits et les sentiments inavoués. Les personnages échouent souvent à exprimer leurs besoins et leurs désirs, conduisant à des malentendus et des tensions sous-jacentes. Kiarostami joue sur la communication et son absence entre les deux personnages principaux, Akiko, qui est un personnage complexe vivant une double vie, étudiante le jour et accompagnatrice la nuit, cherchant désespérément une échappatoire à sa réalité, et Takashi, un personnage qui incarne la bienveillance et la nostalgie, son besoin de connexion humaine est rendu tangible par sa performance enregistrée, où chaque regard et geste semble chargé de réminiscence et de calme non dit. 

TECHNIQUE ET SYMBOLISME REMARQUABLES

Kiarostami est connu pour son approche minimaliste de la narration. Dans "Like Someone in Love", il utilise des plans longs, des dialogues naturels et un rythme lent pour immerger le spectateur dans la vie quotidienne des personnages. Ce minimalisme permet également d'accentuer les moments où les émotions et les conflits font surface, créant ainsi un contraste qui capte l'attention du spectateur. Et ce système narratif est soutenu par une cinématographie et une symbolique intelligemment agencées.

La palette de couleurs du film, douce et subtile, reflète l'état émotionnel des personnages. Les lumières chaudes utilisées dans les intérieurs contrastent avec la froideur des scènes extérieures, symbolisant les vies intérieures des personnages par rapport au monde extérieur. De plus, les jeux d'ombre et de lumière mettent en lumière la dualité des personnages et les facettes de leur identité. Et cela est intelligemment mis en valeur par la symbolique des espaces  qui renforce la distance émotionnelle entre les personnages. Les séquences dans la voiture utilisent des cadres resserrés pour créer une intimité forcée, tout en symbolisant les barrières invisibles entre les personnages. Les voitures jouent un rôle symbolique majeur dans le film, représentant le mouvement mais aussi la stagnation. Les voyages en voiture d'Akiko et Takashi deviennent des moments de réflexion, d'interaction et de confrontation. Les voyages en voiture signifient également une transition entre les différents aspects de leur vie, créant un espace où ils peuvent baisser leur garde et communiquer pleinement.

Enfin, Kiarostami est connu pour sa préférence pour les fins ouvertes, et "Like Someone in Love" ne fait pas exception à cette règle. La fin brutale choque et laisse le spectateur dans une sorte de suspension narrative, poussant à la réflexion sur la fragilité de la vie et la nature des relations humaines. Cette ambiguïté suscite un débat et une introspection, faisant du film une expérience qui dépasse le simple visionnage.

FILMOGRAPHIE ٍSÉLECTIVE DE ABBAS KIAROSTAMI (LM)

« Le passager » (1974) ; « Le rapport » (1977) ; Trilogie de Koker : 1 - « Où est la maison de mon ami ? » (1987) , 2 - « Et la vie continue » (1991) , 3 - « Au travers des oliviers » (1994) ; « Close-up » (1990) ; « Le gout de la cerise » (1997) ; « Le vent nous emportera » (1999) ; « Ten » (2002) ; « Shirin » (2008) ; « Copie conforme » (2010) ; « Like Someone in Love » (2012) ; « 24 Frames » (2017).

DRISS CHOUIKA

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