Dans une lettre ouverte, Abdelhak Azzouzi dénonce la dérive éditoriale du journal Le Monde

Dans une lettre ouverte, Abdelhak Azzouzi dénonce la dérive éditoriale du journal Le Monde

« Vous croyez lever un voile sur un règne que vous ne comprenez pas. Personne n’admettrait et encore moins ne cautionnerait son contenu, où l’absence de rigueur journalistique tutoie le déclin moral » (Abdelhak Azzouzi)

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Dans une lettre ouverte adressée au directeur du Le Monde, Jérôme Fenoglio, le professeur Abdelhak Azzouzi, professeur des Universités, auteur et chroniqueur international exprime son indignation face à la série intitulée « L’énigme Mohammed VI » Sa lettre dénonce une enquête « tendancieuse » et « manipulatrice » qui, écrit-il, s’écarte des règles de rigueur journalistique. Pour L’universitaire souligne que le Maroc, guidé par la vision du Roi Mohammed VI, s’impose comme un acteur incontournable du système international et reste uni face aux tentatives de déstabilisation médiatique.

Par le Pr. Abdelhak Azzouzi

Monsieur le Directeur,

C’est en ma qualité de Professeur des Universités, de chroniqueur international et d’auteur d’une quarantaine d’ouvrages que je vous adresse la présente lettre de profonde indignation.

J’ai toujours considéré Le Monde comme un journal de référence qui incarne l’intégrité journalistique, rapportant des faits et proposant des analyses avec rigueur et impartialité. C’est la raison pour laquelle, je le recommandais avec d’autres références comme The New York Times, The Washington Post, à mes étudiants.  

Mais aujourd’hui je suis profondément déçu par votre feuilleton intitulé « l’énigme Mohammed VI ». Vous croyez lever un voile sur un règne que vous ne comprenez pas. Personne n’admettrait et encore moins ne cautionnerait son contenu, où l’absence de rigueur journalistique tutoie le déclin moral.

Permettez-moi de vous exprimer avec franchise et sans ambigüité sur les termes, ma réprobation contre cette manière tendancieuse, insidieuse et manipulatrice dont vous vous servez de la plume afin de tronquer et déformer la réalité du système politique du Maroc. Mais ne s’agit-il pas ici de l’histoire d’une planète intellectuelle de votre journal, qui a tourné à la foire d’empoigne, où règne une agitation chaotique et où il n'y a aucune retenue morale dans la recherche d'intérêts personnels. D’où d’ailleurs vos sources anonymes : les « bons connaisseurs du palais », les « observateurs attentifs du pouvoir », un « économiste bien informé », un « familier du palais », « un politologue qui ne souhaite pas être nommé », un « analyste, soucieux de rester anonyme par peur des représailles ». Bref, votre analyse est empreinte d’accusations sans preuves, de déshumanisation, d’incohérences, de raisonnement délibérément spécieux et de conditionnement médiatique et psychologique. Vous vous écartez manifestement des règles journalistiques qui ont longtemps fait la renommée de Le Monde.

Je tiens à vous préciser que malgré ces attaques, tantôt abruptes et tantôt insidieuses, celles-ci ne peuvent déstabiliser les Marocains, ni convaincre votre électorat. Les Marocains demeurent profondément unis. C’est avec l’amour de leur Roi, gravé au plus profond de leur cœur, qu’ils sont tous témoins que depuis son accession au Trône, Sa Majesté le Roi Mohammed VI œuvre sans relâche, pour le développement et la modernisation du Maroc. Grâce à sa clairvoyance, le Maroc est le seul pays qui fait exception par rapport à ses voisins, pour avoir poussé plus loin ses règles démocratiques. Cela lui a permis d’être à l’abri des protestations déstabilisatrices des régimes comme en Tunisie ou en Égypte. Le discours historique de Sa Majesté le Roi du 9 mars 2011 a tracé un cheminement politique qui a permis de faire aboutir le pacte politique à son terme.

Maurice Merleau-Ponty l’avait compris lorsqu’il disait : « Notre rapport au vrai passe par les autres. Ou bien nous allons au vrai avec eux, ou bien ce n’est pas au vrai que nous allons. » Le Maroc, grâce à la vision de Son Roi, et contrairement à ce que vous prétendez, a su lire le système international et a su s’imposer en tant qu’acteur désormais incontournable tant sur le plan politique et diplomatique que sur le plan économique, social et culturel. Cela s’explique par une histoire qu’il faut saisir dans sa complexité. La diplomatie marocaine a su convertir sa position et ses avancées tous azimuts par rapport à tous les pays de la région en une grandeur qui s’exprimerait davantage sur le plan qualitatif que quantitatif. Il est remarquable de constater que les cartes bilatérales et multilatérales, les cartes africaines, méditerranéenne, européennes, arabes et outre atlantique, visent à assurer au Maroc le statut et le rayonnement auxquels un pays influent aspire. De même, les avancées démocratiques, sociales, économiques et autres durant vingt-six ans de règne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, conservent dans le monde entier, l’image d’un pays du Sud différent des autres. Le Maroc a su lire les différents puzzles de la mondialisation que plusieurs pays ne veulent pas comprendre. Cela est un signe de réussite, face à l’ouverture et face au grand large. 

C’est avec ce même amour de leur Roi, chevillé au corps, que les Marocains croient en leur pays, à son histoire singulière, croient dans le talent de Son souverain, de ses responsables. Ils croient dans leur génie. La civilisation marocaine a « enfanté » l’universel, l’hospitalité, l’ouverture foncière au Tout Autre et à l’Autre. C’est ce Brassage qui a permis aux femmes, aux hommes marocains de penser, d’écrire, de chanter en berbère, en arabe, etc. Les Marocains avaient refusé de prendre trop de plaisir à se considérer dans leur propre miroir, à l’exclusion des autres. Le Maroc est un État uni par l'Islam sunnite qui prône le juste milieu et par la monarchie fondée sur les liens mutuels de la Bay'a légitime, scellés entre le Trône et le peuple, un État issu du brassage fécond et harmonieux de ses composantes amazighe et arabo-islamique. De tout temps, la nation a été le creuset dans lequel ces composantes se sont croisées et conjuguées aux multiples affluents constitutifs de l'identité marocaine, en l'occurrence les éléments andalous, afro-sahraouis et juifs.

Sa Majesté le Roi Mohammed VI est un leadership charismatique tant à l’intérieur du pays que dans l’arène diplomatique internationale. Il a su fortifier le capital diplomatique et politique du pays qui accorde une place remarquable pour le Maroc pour négocier les dynamiques émergentes qui pointent au sein du système international. Commencer à construire le partenariat sur la base « gagnant-gagnant », l’altérité, vivre avec des flux de populations, d’idées, de croyances qui ne nous sont pas souvent familières, tenir compte de l’apport de l’autre, savoir même en faire une part de notre héritage commun, tel est le grand défi relevé avec succès par le Maroc. Il est bien à plaindre comme l’écrit avec talent Bertrand Badie dans son ouvrage « Nous ne sommes plus seuls au Monde » que des pays occidentaux ne veulent pas admettre que nous ne sommes pas seuls au monde et que la simple universalisation du modèle occidental n’était plus à l’ordre du jour.

Le peuple marocain est un peuple fort. Fort pour être uni avec Son Roi. Fort pour garder la maîtrise de son destin, fort pour se développer davantage et pour peser, fort pour donner sa chance à toutes les composantes de sa société, fort pour permettre à chacun de garder la maîtrise de sa vie.

Je regrette vivement que Le Monde semble s’écarter des règles d’objectivité et de rigueur intellectuelles. Je vous rappelle que les Marocains sont intraitables contre vos accusations insidieuses et vous appelle respectueusement à retrouver les règles journalistiques qui fondent la crédibilité du métier.  

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Directeur, l’expression de mes sentiments les meilleurs.