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Rapport 2025 de BAM : les fragilités qui freinent encore l'économie marocaine – Par Hamid Fayou
Le premier défi identifié concerne le marché du travail. Malgré une reprise de l'activité économique, la création d'emplois demeure insuffisante pour absorber l'augmentation de la population active
Hamid Fayou revient dans cette chronique sur le rapport annuel 2025 de Bank Al-Maghrib. Si elle souligne la solidité retrouvée des principaux équilibres macroéconomiques, avec une croissance de 4,9 %, une inflation maîtrisée et des finances publiques en amélioration, la Banque centrale alerte sur des fragilités persistantes.

Hamid Fayou*
Le rapport annuel 2025 de Bank Al-Maghrib met en avant les bonnes performances de l'économie marocaine, marquées par une croissance de 4,9 %, une inflation ramenée à 0,8 % et une amélioration des finances publiques. Toutefois, derrière ces indicateurs encourageants, la Banque centrale dresse également un diagnostic lucide des faiblesses structurelles qui continuent de limiter le potentiel de développement du Royaume. Son analyse montre que les progrès macroéconomiques ne suffisent pas à répondre aux attentes sociales ni à garantir une croissance durable et inclusive.
Le premier défi identifié concerne le marché du travail. Malgré une reprise de l'activité économique, la création d'emplois demeure insuffisante pour absorber l'augmentation de la population active. En 2025, environ 193 000 emplois ont été créés, mais le taux de chômage reste élevé à 13 %, avec une situation particulièrement préoccupante chez les jeunes diplômés, les femmes et les habitants des zones rurales. Pour Bank Al-Maghrib, cette faiblesse traduit un décalage persistant entre la croissance économique et la capacité de l'économie à générer des emplois productifs et durables.
Le rapport insiste également sur les insuffisances du capital humain. Malgré les efforts entrepris dans les domaines de l'éducation et de la formation professionnelle, les compétences disponibles restent souvent inadaptées aux besoins des entreprises. Cette inadéquation réduit la productivité, freine l'innovation et limite l'attractivité du Maroc pour les investissements à forte valeur ajoutée. Bank Al-Maghrib considère que l'amélioration de la qualité de l'enseignement, de la formation continue et de la qualification de la main-d'œuvre constitue une priorité pour renforcer la compétitivité de l'économie nationale.
Une autre fragilité majeure réside dans les disparités sociales et territoriales. Si plusieurs secteurs affichent une croissance soutenue, les bénéfices de cette dynamique demeurent inégalement répartis entre les régions et les catégories sociales. Les écarts de revenus, les différences d'accès aux services publics et les inégalités en matière d'opportunités économiques continuent d'alimenter des déséquilibres qui limitent le caractère inclusif de la croissance. La Banque souligne ainsi que le développement économique doit s'accompagner d'un renforcement de la cohésion sociale et territoriale.
Le rapport attire également l'attention sur les risques environnementaux, en particulier le stress hydrique qui affecte durablement l'agriculture et plusieurs activités économiques. Les épisodes récurrents de sécheresse réduisent les performances du secteur agricole, fragilisent les revenus du monde rural et accentuent la vulnérabilité alimentaire du pays. À cela s'ajoutent les défis liés à la transition énergétique, qui nécessitent des investissements importants afin de réduire la dépendance aux importations énergétiques et de renforcer la résilience de l'économie face aux chocs extérieurs.
Bank Al-Maghrib souligne par ailleurs que les réformes structurelles doivent être accélérées afin de soutenir durablement la croissance. La généralisation de la protection sociale, la réforme des retraites, l'amélioration de la gouvernance publique, le renforcement de la concurrence et la stimulation de l'investissement privé figurent parmi les priorités identifiées. Selon la Banque centrale, ces réformes permettront d'améliorer la productivité, d'accroître la confiance des investisseurs et de renforcer la soutenabilité des finances publiques à moyen et long terme.
Pour conclure, le rapport annuel 2025 de Bank Al-Maghrib montre que les fragilités de l'économie marocaine ne relèvent plus principalement de la stabilité macroéconomique, désormais largement consolidée, mais de défis structurels qui freinent son potentiel de développement. L'emploi, la qualité du capital humain, les inégalités territoriales, le changement climatique et l'accélération des réformes apparaissent comme les principaux chantiers des prochaines années. La capacité du Maroc à relever ces défis déterminera si les performances économiques actuelles pourront se traduire par une amélioration durable du niveau de vie et une croissance véritablement inclusive.
*Hamid Fayou est docteur en économie et membre adhérent du Centre africain pour la recherche et les études stratégique