économie
Agriculture : récolte céréalière prometteuse, sécurité alimentaire et défis de commercialisation
Grâce à ces conditions favorables, la production céréalière nationale devrait atteindre près de 90 millions de quintaux.
Rabat/Kénitra – Portée par des précipitations abondantes et des mesures d’accompagnement déployées en amont de la campagne agricole, la filière céréalière marocaine enregistre des perspectives favorables pour la saison 2025-2026. Tandis que les premières opérations de récolte confirment de bons rendements, les autorités misent sur le renforcement du stockage, de la commercialisation et des stocks stratégiques pour consolider la sécurité alimentaire. Parallèlement, le ministère de l’Agriculture appelle à repenser les circuits de distribution, notamment dans le secteur de l’élevage ovin.
Une campagne céréalière marquée par des rendements en nette amélioration
Les premiers résultats de la campagne de récolte des céréales laissent entrevoir une saison particulièrement favorable. Selon le ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, les rendements observés varient entre 15 et 57 quintaux par hectare selon les régions, reflétant l’impact positif des conditions climatiques enregistrées cette année.
Au 15 juin, les volumes collectés dépassaient déjà 100.000 quintaux par jour. Les régions de Casablanca-Settat, Fès-Meknès et Marrakech-Safi concentrent à elles seules près de 84 % des quantités réceptionnées.
Cette dynamique s’explique notamment par une pluviométrie exceptionnelle. Au 12 juin, le cumul des précipitations atteignait 571 millimètres, soit une hausse de 94 % par rapport à la campagne précédente et de 45 % par rapport à une année moyenne.
Le ministère souligne également l’effet des mesures mises en œuvre avant le démarrage de la saison. Plus de 734.000 quintaux de semences certifiées ont été distribués à des prix subventionnés, près de 500.000 tonnes d’engrais ont été mises à disposition des agriculteurs et le programme national de semis direct a poursuivi son déploiement.
À cela s’ajoutent le lancement du programme d’irrigation complémentaire visant un million d’hectares à l’horizon 2033 ainsi que l’élargissement de la couverture de l’assurance agricole.
Une production nationale attendue à près de 90 millions de quintaux
Grâce à ces conditions favorables, la production céréalière nationale devrait atteindre près de 90 millions de quintaux.
Les prévisions du ministère tablent sur une récolte de 44 millions de quintaux de blé tendre, 21 millions de quintaux de blé dur et 25 millions de quintaux d’orge.
Pour accompagner cette hausse, les pouvoirs publics poursuivent le développement des capacités de stockage. Des unités de proximité représentant une capacité globale d’environ deux millions de quintaux sont en cours de déploiement. Le taux de soutien aux investissements dans les infrastructures de stockage a, par ailleurs, été relevé de 10 % à 25 %.
L’objectif est double : réduire les pertes post-récolte et renforcer les réserves stratégiques du Royaume. Dans cette perspective, un système national intégré de stockage est progressivement mis en place afin d’améliorer la résilience du pays face aux fluctuations des marchés internationaux et aux aléas climatiques.
Rabat-Salé-Kénitra confirme sa place de région céréalière majeure
La région Rabat-Salé-Kénitra contribue fortement à cette dynamique nationale. Les services régionaux de l’Agriculture prévoient une récolte d’environ 14 millions de quintaux au titre de la campagne 2025-2026, soit une progression de plus de 25 % par rapport à la saison précédente.
Le rendement moyen régional est passé de 22 à 26 quintaux par hectare grâce aux précipitations enregistrées dans les différentes zones agricoles. Près de 520.000 hectares ont été consacrés aux cultures céréalières.
Réunis à Kénitra à l’occasion du lancement des opérations de récolte, responsables agricoles, représentants professionnels et acteurs de la filière ont souligné l’importance stratégique de la céréaliculture pour la sécurité alimentaire nationale.
Ils ont également rappelé les défis auxquels le secteur demeure confronté, notamment la hausse des coûts de production, les effets du changement climatique et la volatilité des marchés mondiaux.
La Chambre régionale d’agriculture et la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (COMADER) ont plaidé pour une accélération de l’innovation technologique, une amélioration des mécanismes d’assurance agricole et un renforcement des capacités de stockage et de commercialisation.
Dans le cadre du programme régional de moisson 2026, plusieurs journées d’information seront organisées afin de sensibiliser les agriculteurs aux bonnes pratiques permettant de réduire les pertes de récolte et d’améliorer la qualité de la production.
Commercialisation, stockage et filière ovine : les nouveaux enjeux
Au-delà de la production, les autorités concentrent désormais leurs efforts sur les conditions de commercialisation et de distribution.
Concernant le blé tendre, le gouvernement a fixé le prix de référence destiné aux minoteries industrielles à 280 dirhams le quintal. Les droits de douane sur les importations ont également été maintenus durant les mois de juin et juillet afin de privilégier l’écoulement de la récolte nationale.
Un partenariat conclu entre l’État et les professionnels vise à garantir la collecte de 15 à 20 millions de quintaux de blé tendre produit localement. En parallèle, une prime de stockage de 3 dirhams par quinzaine et par quintal est accordée pour encourager la constitution d’un stock stratégique de huit millions de quintaux.
Cette politique doit permettre d’étendre la couverture des besoins nationaux de trois à six mois.
Le ministre Ahmed El Bouari estime également que les défis du secteur agricole ne se situent plus uniquement au niveau de la production. Évoquant la commercialisation des ovins à l’occasion de l’Aïd Al-Adha, il a affirmé que les difficultés observées concernent principalement certaines étapes de distribution et d’organisation des marchés.
Selon lui, les tensions enregistrées dans quelques marchés avant l’Aïd sont restées limitées et ne reflètent pas une situation généralisée. Le responsable a appelé à repenser les circuits de commercialisation des produits agricoles afin de mieux répondre aux attentes des producteurs comme des consommateurs.