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La récidive d’Al Adl Wal Ihsane sur la non-participation cible le PJD – Par Bilal Talidi
La sortie de Mohamed Abbadi (à gauche) et le débat sur la situation politique au Maroc et la participation aux institutions cible la PJD de Abdalilah Benkirane
En réaffirmant son rejet de la participation politique, plusieurs responsables d’Al Adl Wal Ihsane ont recyclé un discours ancien, fondé sur l’échec supposé de l’expérience du Parti de la justice et du développement. Bilal Talidi revient sur cette offensive qui soulève une question centrale : quel bilan la Jamaâa peut-elle elle-même présenter de ses choix, de ses initiatives et de sa capacité à influencer la réalité politique ?
qu’elle oppose à la voie électorale ?

Bilal Talidi
Un discours coordonné, mais sans nouveauté
Au cours de la même semaine, trois responsables d’Al Adl Wal Ihsane ont tenu un discours convergent autour de trois idées principales.
La première affirme que la participation politique ne sert à rien. L’expérience du Parti de la justice et du développement constituerait, selon eux, la preuve de l’incapacité de cette voie à produire un changement réel.
La deuxième idée consiste à réaffirmer la pertinence du choix historique de la Jamaâa. Dès le départ, celle-ci aurait préféré affronter l’autoritarisme et œuvrer à un changement profond du régime plutôt que d’entrer dans un jeu politique organisé par le pouvoir.
La troisième renvoie à l’héritage du Abdessalam Yassine. Celui-ci aurait élaboré, dès les années 1970, une vision politique complète, fondée sur le rejet de la participation institutionnelle, mais aussi sur une lecture critique des expériences de Hassan Al-Banna, Abul Ala Maududi et Sayyid Qutb. Il aurait ainsi fondé un mouvement islamiste marocain conciliant le refus du système politique et le rejet de la violence.
Pourtant, les déclarations de Mohamed Abbadi, secrétaire général de la Jamaâa, de Mohamed Hamdaoui, responsable de son bureau des relations extérieures, et d’Omar Ahrassane, membre du secrétariat général du Cercle politique, n’apportent aucun élément véritablement nouveau. Les mêmes positions sont répétées à chaque échéance électorale.
La nouveauté réside surtout dans la forme. Plusieurs dirigeants ont pris la parole presque simultanément, sur différents supports, pour transmettre le même message. Mohamed Abbadi a également relancé le débat en rappelant une lettre adressée au PJD en 2011, sans qu’un événement particulier ne le justifie.
L’alternative à la participation reste à démontrer
La réaction du PJD n’est pas l’essentiel. La question est plutôt de comprendre pourquoi Al Adl Wal Ihsane choisit ce moment pour déployer un discours aussi prolixe sur l’échec de la participation politique.
En faisant du parcours du PJD le principal terrain d’évaluation de cette option, la Jamaâa s’expose à une interrogation comparable : qu’a-t-elle elle-même accompli durant la même période ? S’est-elle soumise à une évaluation sérieuse ou s’est-elle contentée d’attendre l’échec de ceux qui ont choisi les institutions ?
Abdessalam Yassine avait certes critiqué l’expérience des Frères musulmans et celle de la Jamaat-e-Islami au Pakistan. Il voulait distinguer le mouvement qu’il envisageait de fonder au Maroc. Mais les idées de changement développées depuis 1972, puis détaillées dans ses ouvrages, notamment « La Voie prophétique : éducation, organisation et marche en avant », n’ont jamais été concrétisées.
La Jamaâa n’a ni préparé ses membres au « jour de la marche en avant », ni réalisé la « qawma » (soulèvement pacifique) dans les conditions censées la distinguer d’une révolution violente. Elle n’est pas davantage parvenue à instaurer le pacte proposé dans « Dialogue avec les démocrates vertueux », qui devait rassembler les forces démocratiques autour d’un projet de renversement du pouvoir.
De l’échec de 2006 au Mouvement du 20-Février
L’année 2006 a constitué un tournant difficile. Une vision du cheikh Yassine annonçait alors la qawma et la chute prochaine du régime. Son non-accomplissement a provoqué une profonde déception au sein du mouvement.
Pour contenir les interrogations, la direction s’est appuyée sur les écrits du soufi Ibn Ata Allah Al-Iskandari. Cette référence permettait de déplacer le débat du terrain de l’évaluation politique vers celui de la promesse divine qui veut que personne ne peut fixer le moment de la réalisation.
À l’approche des législatives de 2007, la Jamaâa tenta de reprendre l’initiative en appelant à la création d’un « Front pour le salut national », destiné à réunir les forces réformatrices. Mais cet appel ne trouva aucun écho significatif, révélant son isolement politique.
Le Printemps arabe sembla ensuite offrir une nouvelle occasion. Les soulèvements en Tunisie et en Égypte furent perçus comme l’annonce d’un basculement historique. Al Adl Wal Ihsane participa tardivement au Mouvement du 20-Février et relança son appel en faveur d’un « pacte national fédérateur ».
Aucun acteur politique majeur ne répondit à l’appel et la Jamaâa finit par se retirer du mouvement de protestation sans aucune évaluation de son action.
La mort du cheikh et la crise de la référence
La disparition d’Abdessalam Yassine, en 2012, a ouvert une nouvelle phase de fragilité. La Jamaâa entra dans une période de silence qui masquait un débat interne sur l’un des fondements de son idéologie : l’existence d’un cheikh éducateur chargé de guider spirituellement le groupe et de lui indiquer le chemin du changement.
Le mouvement repose sur une relation de compagnonnage avec le cheikh, considérée comme centrale dans sa construction spirituelle et organisationnelle. Sa mort a donc créé un vide difficile à combler.
Plusieurs positions se sont affrontées. Certains ont défendu la possibilité de maintenir un compagnonnage avec Yassine après sa disparition. D’autres ont estimé que ses écrits ne reconnaissaient que la compagnie d’un cheikh vivant. Une troisième tendance a insisté sur le caractère intangible de son héritage, en tant que penseur, référence spirituelle et porteur d’une vision politique.
La Jamaâa n’a jamais véritablement tranché ce débat, qui continue de peser sur son fonctionnement et sur sa capacité de renouvellement.
Une influence politique en recul
Au fil des années, Al Adl Wal Ihsane a connu un recul intellectuel, politique et organisationnel. Sa capacité de mobilisation s’est affaiblie, son recrutement a perdu de son dynamisme et ses initiatives produisent peu d’effets sur la société.
Même le document politique présenté en 2024, interprété par certains comme le signe d’une possible transformation en parti, rrecycle surtout les positions anciennes. Il ne propose aucun objectif politique réalisable à court ou moyen terme.
Les forces politiques ne répondent pas à ses appels. L’hypothèse d’une assemblée constituante ne trouve aucun prolongement institutionnel et la vision de l’État défendue par la Jamaâa ne suscite aucune adhésion.
Dans ce contexte, la répétition du discours contre la participation politique remplit deux fonctions : remettre l’ancienne thèse de la Jamaâa au centre du débat et fragiliser son concurrent islamiste, le PJD, qui a choisi la voie institutionnelle.
Mais dénoncer l’échec de la participation ne suffit pas à démontrer la réussite de l’abstention. Après plusieurs décennies d’existence, Al Adl Wal Ihsane reste confrontée à la même question : quelle alternative politique concrète peut-elle proposer au-delà de la répétition de