Quatre discours pour les élections législatives – Par Bilal Talidi

Quatre discours pour les élections législatives – Par Bilal Talidi

À l’approche du scrutin, la scène politique paraît différente de celle de 2021. Non pas parce que les partis auraient profondément changé ou que leurs positionnements auraient été bouleversés

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À quelques semaines des élections législatives de 2026, trois lignes structurent le paysage : la continuité défendue par le RNI, la correction du modèle de développement portée par le PAM et la recomposition des équilibres politiques mise en avant par le PJD. Bilal Talidi revient sur des discours que les événements de Sebta ont toutefois fragilisé et replacé la question sociale au cœur de la compétition.

Bilal Talidi

À l’approche du scrutin, la scène politique paraît différente de celle de 2021. Non pas parce que les partis auraient profondément changé ou que leurs positionnements auraient été bouleversés. Les rapports de force restent familiers. Le principal élément nouveau est l’adhésion de Fouzi Lekjaa au Parti authenticité et modernité, sans bouleverser la hiérarchie partisane.

Le Rassemblement national des indépendants continue à se projeter dans la conduite du prochain gouvernement, celui qui accompagnerait notamment le Maroc jusqu’au Mondial. L’Istiqlal et le PAM cherchent à s’imposer comme des alternatives crédibles. Quant au Parti de la justice et du développement, il veut donner l’image d’une formation sortie de sa crise et capable de renouer avec ses anciennes victoires.

Sebta bouleverse les équilibres

Les événements de Sebta ont cependant introduit une rupture. Leur portée est d’abord sociale et politique. Les images qui en ont émergé ont mis à l’épreuve le slogan de l’État social, devenu l’un des piliers du discours gouvernemental.

Le gouvernement semble ainsi être entré prématurément dans une logique de sanction électorale, renforcée par la hausse des prix alimentaires et l’érosion du pouvoir d’achat.

La principale nouveauté réside cependant dans l’éloignement croissant des discours partisans. Les partis ne partent plus du même diagnostic et n’envisagent plus de la même manière les besoins du Maroc.

Le RNI mise sur la continuité

Le RNI reste fidèle à un discours de continuité. Dans sa lecture, le gouvernement Aziz Akhannouch a posé les bases de l’État social et engagé le pays dans une dynamique de décollage économique. Il ne resterait qu’à compléter les chantiers ouverts et à en rectifier les carences.

Les événements de Sebta ont cependant fragilisé ce récit. Ils ont donné à voir une réalité sociale difficilement compatible avec l’idée d’une progression régulière vers l’État social. La continuité risque désormais d’être perçue comme une incapacité à répondre aux fractures révélées.

Le PAM choisit la correction

Le PAM suit une logique différente. Avec Fouzi Lekjaa au centre de sa nouvelle expression politique, le parti, qui. Aspire à prendre la tête de la future majorité a entrepris de reconstruire son discours autour d’une idée : il ne suffit plus de défendre le bilan gouvernemental, il faut corriger les déséquilibres du modèle de développement.

Le parti s’appuie sur les constats des institutions officielles, de Bank Al-Maghrib au Haut-Commissariat au Plan, en passant par la Cour des comptes. Leur diagnostic converge sur ce qui est désormais une évidence pour tout le monde : le Maroc avance à plusieurs vitesses et les fruits de la croissance ne profitent pas de manière homogène à toutes les catégories sociales.

Le PAM, se défait donc de sa responsabilité dans le gouvernement sortant, et veut faire de cette fracture un axe central de son offre électorale. Son mot d’ordre consiste à unifier la vitesse à laquelle avance le Maroc, en réduisant les écarts entre territoires et catégories sociales.

Le PJD déplace la bataille

Le Parti de la justice et du développement, il a choisi un discours différent, davantage porté sur les enjeux de haute politique que sur le langage de la réforme économique et du développement. Il ne s’est pas contenté de son registre traditionnel, fondé sur la lutte contre la corruption, les conflits d’intérêts, le retour à la politique et à la démocratie. Son secrétaire général s’est aventuré sur un terrain sensible, laissant entendre que certaines parties chercheraient à bâtir leur influence parallèlement à la puissance de l’institution monarchique, tout en multipliant les marques de soutien à la monarchie, comme si celle-ci avait besoin de l’appui des forces populaires dans son affrontement avec ces puissances influentes.

C’est pourquoi revient fréquemment, dans le discours de Benkirane, l’idée qu’au Maroc il n’y a qu’un seul roi et que nul autre que lui ne dispose d’un pouvoir politique déterminant. Son propos est allé plus loin encore, et de manière plus grave, lorsqu’il a évoqué l’intervention de certaines parties pour falsifier les élections de 2016, affirmant que le roi s’était opposé à leur volonté.

Le PJD présente ainsi son retour comme un moyen de modifier les équilibres au sommet.

L’Istiqlal joue sa carte traditionnelle

L’Istiqlal occupe une position plus classique. A l’instar du  PAM, mais un peu plus tôt, il a pris ses distances avec plusieurs politiques gouvernementales, qu’il considère comme favorables aux lobbies économiques et aux conflits d’intérêts.

Mais sa force repose surtout sur sa machine électorale, ses réseaux locaux et sa capacité à attirer les notables, déterminants dans de nombreuses circonscriptions.

Qautre lectures du Maroc

Quatre discours dominent ainsi la campagne. Le RNI affirme que le Maroc doit poursuivre l’accumulation engagée. Le PAM estime que le modèle doit être corrigé afin de rendre la croissance plus équitable. L’Istiqlal, très critique depuis sa sortie sur lfarqchia,  ne désespère pas de damer le pion au finish. Le PJD considère que le problème dépasse le seul développement économique et suppose une recomposition des équilibres politiques.

Dans cette configuration, le discours du RNI paraît le plus fragilisé. Sebta, l’inflation alimentaire et l’érosion du pouvoir d’achat ont affaibli la force d’un récit fondé sur la poursuite tranquille des réformes.

Le PAM tente de tirer sa force du fait que son diagnostic rejoint celui des institutions de l’État. Il ne propose pas de rupture, mais une rectification.

Le PJD tente de rejouer 2011

La stratégie du PJD repose sur une autre lecture. Le parti sait que l’environnement régional et international est aujourd’hui moins favorable aux islamistes. Ses meilleures opportunités ont souvent coïncidé avec des périodes de crise.

En 2011, il s’était présenté comme une force capable de contribuer à la stabilité tout en absorbant une partie de la pression née du contexte régional. En 2026, il tente de reproduire cette logique avec un vocabulaire différent.

Selon cette vision, le Maroc ne pourra corriger les défaillances de son modèle sans une reconfiguration des équilibres entre les élites supérieures. Le PJD propose ainsi une convergence entre volonté royale et appui populaire afin de réduire l’influence de ceux qu’il considère comme responsables de la captation des fruits de la croissance.

La bataille électorale ne se jouera donc pas seulement entre programmes. Elle opposera en définitif trois récits puisque deux se ressemblent : celui d’un pays qui doit continuer sur sa lancée, celui d’un pays qui doit corriger sa trajectoire et celui d’un pays qui doit revoir les équilibres qui structurent son système politique.

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