Le Makhzen, encore et encore… - Par Hatim Betioui

Le Makhzen, encore et encore… - Par Hatim Betioui

Pour mieux cerner le concept de Makhzen, ses significations, son contexte historique et les conditions de sa formation, il suffit de se tourner vers la riche bibliographie marocaine consacrée à son histoire

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À force de faire du « Makhzen marocain » et du « sionisme » les responsables de ses difficultés internes et régionales, l’Algérie entretient un récit destiné avant tout à son opinion publique, écrit Hatim Betioui qui revient sur cette rhétorique récurrente vise à détourner l’attention des problèmes économiques et sociaux du pays, et se défausser sur le Makhzen.

Hatim Betioui

Le Makhzen, ennemi commode

Alger et ses médias ne se lassent pas de reprendre la même ritournelle : le Makhzen marocain et le sionisme seraient à l’origine de tous les maux de l’Algérie et de la région. Absence de pluie, inondations, feux de forêt et bien d’autres calamités encore : à chaque fois, un même coupable est désigné, l’alliance makhzano-israélienne. Réflexe pavlovien, il revient dès qu’il s’agit d’expliquer les difficultés du pays par les agissements supposés d’un ennemi, ou de plusieurs ennemis, extérieurs.

L’objectif semble avant tout de détourner l’attention de l’opinion publique algérienne vers des sujets qui ne la concernent guère, tout en l’éloignant des véritables enjeux : des problèmes économiques et sociaux de plus en plus nombreux, imbriqués et difficiles à résoudre.

La tentative algérienne d’associer le Makhzen au sionisme, à des fins à peine voilées, relève surtout de l’excessif qui en devient, dirait Montherlant, insignifiant. À force d’être répétée sous la même forme, cette antienne qui ne touche guère au-delà des frontières algériennes, finit par paraitre pour ce qu’elle est : un produit médiatique algérien conçu pour la consommation intérieure.

Les journaux algériens et les réseaux sociaux du pays débordent jusqu’à saturation de grands titres autour du Makhzen au point que l’Algérien qui les lit pourrait croire qu’il a affaire à un monstre, et non à une respectable et vénérable institution étatique vieille de plus de douze siècles.

Une institution d’État, non une injure

Cette gesticulation permanente autour du terme me conduit à revenir sur un point déjà évoqué dans cette rubrique pour dire à ceux qui se plaisent à employer le mot Makhzen comme une injure : « Si seulement vous aviez, dans votre pays, un Makhzen, une institution de gouvernement vouée à garantir la stabilité, la sécurité et le développement, vous n’en serez pas là où vous êtes. »

Les responsables algériens connaissent parfaitement cette réalité. Je me souviens à cet égard de ce qu’un haut responsable algérien avait confié, il y a plusieurs années, à deux émissaires du souverain marocain, le roi Mohammed VI : « le Maroc, leur avait-il dit, a de la chance d’avoir un Makhzen ». Puis, affichant une profonde amertume, il avait ajouté : « Chez nous, le plus haut responsable cire les chaussures du plus petit militaire du pays », selon ce que m’a rapporté l’un de ces deux émissaires.

Contrairement au résultat recherché par l’Algérie à travers la diabolisation du Makhzen par ses campagnes médiatiques, celui-ci demeure l’expression éclatante d’une sagesse qui a conduit le Maroc à rester attaché au choix démocratique, malgré la guerre injuste qui lui a été imposée du Sahara, militairement et diplomatiquement, par l’Algérie et la Libye du colonel Mouammar Kadhafi à partir de 1976.

Malgré cet état de fait, Rabat n’a pas cédé à la facilité propre aux régimes militaires, qui consiste à instaurer durablement un état d’exception ou d’urgence sous prétexte que le pays est en situation de guerre.

Stabilité, intégrité territoriale et développement

Le Makhzen est demeuré à la fois le gardien du sanctuaire national, le défenseur de l’intégrité territoriale et l’artisan de la construction et du développement du Maroc. C’est précisément cette constance qui irrite Alger et nourrit son hostilité face à la fermeté avec laquelle le Makhzen défend les intérêts de l’État marocain.

Le mot Makhzen vient du verbe arabe « khazana », qui signifie entreposer ou conserver. À l’origine, il désignait le lieu où étaient gardés les fonds et les provisions, autrement dit le Trésor de l’État. Avec l’évolution de l’État marocain, le terme a progressivement désigné l’appareil du pouvoir central, agissant autrefois au nom du sultan et aujourd’hui au nom du roi.

Pour mieux cerner le concept de Makhzen, ses significations, son contexte historique et les conditions de sa formation — et, au passage, se guérir du syndrome qu’il semble provoquer —, il suffit de se tourner vers la riche bibliographie marocaine consacrée à son histoire. Parmi les nombreux ouvrages disponibles figure « L’Institution du Makhzen dans l’histoire du Maroc », du chercheur marocain Mohammed Jadour, issu d’une thèse de doctorat soutenue le 6 juillet 2004 à la Faculté des lettres et des sciences humaines de Rabat.

Le Makhzen et le sionisme dans un même récit

En associant Makhzen et sionisme, l’Algérie cherche aussi à jouer sur la sensibilité des peuples acquis à la cause palestinienne, dans l’espoir de détourner l’attention de ses propres difficultés et dysfonctionnements, tout en redorant son image et en renforçant son crédit auprès de ces opinions publiques.

Mais la guerre des mots ne saurait effacer la réalité historique ni lui substituer un récit de circonstance. Le Makhzen n’est pas une injure politique, et l’associer au sionisme ne rend pas cette rhétorique plus crédible. À force d’être ressassé, ce discours a fini par s’user et ne porte plus aucun sens.

Les véritables questions demeurent

Tandis que certaines voix algériennes s’emploient à se confectionner des ennemis, à multiplier les accusations et à alimenter la propagande, les véritables enjeux restent ailleurs : dans le développement, l’économie, les libertés et l’avenir des générations.

Le Maroc, fort de ses institutions, de son histoire et de l’expérience accumulée au fil du temps, poursuivra pour sa part la défense de ses intérêts et continuera à surmonter les obstacles qui se dressent sur sa route. Des épreuves dont il sait tirer les enseignements et qui contribuent davantage à le renforcer qu’à l’affaiblir. Le tout loin du vacarme, avec la sagesse et la fermeté qu’exige la conduite de l’État.