Élections législatives du 23 septembre : rupture RNI/PAM - Par Mustapha Sehimi

Élections législatives du 23 septembre : rupture RNI/PAM - Par Mustapha Sehimi

La tornade est venue la part de Rachid Talbi Alami (à gauche), président sortant de la Chambre des représentants dénonçant le PAM à propos de débauchage et de pressions même de candidats et d'élus par le RNI et ‘sen prenant à Fouzi Lekjaa (à droite).

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Alors que le jour du vote pour les législatives du 23 septembre approche à grand pas, la rupture entre le RNI et le PAM s’impose comme l’un des faits politiques majeurs de la campagne. Mustapha Sehimi décrypte les ressorts de cette confrontation entre deux formations longtemps alliées, leurs proximités historiques et idéologiques, ainsi que les enjeux d’une bataille désormais centrée sur la conquête de la première place et la formation de la prochaine majorité.

 

Mustapha Sehimi

Professeur de droit (UMV Rabat), Politologue

Le fait marquant de la présente campagne électorale du scrutin législatif du 23 septembre regarde le divorce entre le RNI et le PAM. Un spectacle inédit alors que le débat devrait porter plutôt sur les programmes bien entendu mais également sur le bilan de ce cabinet dirigé par le président du parti de la colombe jusqu'à janvier dernier, Aziz Akhannouch. La tornade est venue la part de Rachid Talbi Alami, président sortant de la Chambre des représentants dénonçant le PAM à propos de débauchage et de pressions même de candidats et d'élus par le RNI. En réplique, le PAM par la voix d'une nouvelle recrue, Fouzi Lekjaa, ministre du budget, remet en cause l'action du Chef du gouvernement, notamment la subvention près de 13 milliards de DH accordée aux importateurs de moutons de l'Aid en 2025 qualifiés au passage de "véritables terroristes". Un divorce qui profite à qui ? Au parti de l'Istiqlal de Nizar Baraka qui ne prend pas position mais ne se prive pas de mettre en cause au passage les conflits d'intérêt. Un climat qui par ailleurs redonne du relief à un parti de l'opposition comme le PJD qui voit là l'échec d'une politique pénalisant le pouvoir d'achat des classes populaire et ne faisant l'affaire que des grands groupes et d'une économie de rente.

RNI PAM : MEME ADN...

Cela dit, il vaut de revenir sur l'ADN, pourrait-on dire, de ces deux formations. Le RNI a été créé en novembre 1978 dans la foulée des élections législatives de juin 1977 marquées par l'entrée en force de 140 députés dits "indépendants", soit plus de la majorité absolue des 264 membres de la Chambre des représentants. L'opération visait à supplanter les partis issus du mouvement national (Parti de l'Istiqlal, UNNF, USFP et PPS). Quant au PAM, qui a pour socle le Mouvement de tous les démocrates, il procède d'une fusion de cinq petits partis en août 2008 avant son congrès constitutif de février 2009. Sa feuille de route ? Faire face et de juguler la formation islamiste du PJD. Quatre mois après, le voilà qui se classe en tête aux élections locales de juin 2009 avec pas moins de 21 % des voix et des sièges. Il partage avec le RNI un point commun dans leur généalogie : celui de relever de ce que l'on pourrait appeler les partis dits "administratifs" à savoir la régulation du processus électoral et l'accompagnement par l'administration maître d'ouvrage de ces deux formations partisanes.

Ces deux partis présentent et partagent un autre trait : celui d'une certaine proximité quant à leur périmètre politique voire idéologique. Quelles en sont les multiples facettes ? Une vision globalement commune quant à la gestion de l'État mais avec des différences cependant entre le libéralisme entrepreneurial du parti de la colombe avec un social-libéralisme et des compétences technocratiques. Le parti du tracteur, lui, se réclame d'un progressisme moderniste. D'un autre côté, ils se retrouvent autour d'un référentiel gouvernemental décliné autour des axes suivants : l'attachement au socle monarchique et aux "constantes de la Nation", l'économie de marché et la protection sociale, enfin le rejet de l'islamisme politique. Au plan sociologique, les deux formations relèvent de la catégorie "attrape- tout" avec des nuances. Le RNI recrute surtout dans le monde de l'entreprise, des managers privés, des grandes familles d’affaires ainsi que la haute administration. Quant au PAM, qui a su attirer une bonne partie de la gauche issue de l’Instance équité et réconciliation (IER) et du processus de la justice transitionnelle, il est davantage tourné vers la ruralité, les élites locales, les grands propriétaires terriens, les chefs de tribu, les professions libérales, etc.

La course aux sièges

L'état des relations entre ces deux formations s'est fortement dégradé avec la campagne électorale actuelle, bien avant son ouverture officielle le 10 septembre courant. C'est la fin d'un cycle d'alliance depuis octobre 2021 au sein de la majorité sortante. La rupture n'est-elle que conjoncturelle ? Voire. La compétition est ardue ; elle prend des dimensions de haute intensité surclassant même les critiques des partis de l'opposition à l'endroit du cabinet Akhannouch. Quelles en sont les expressions ? Les élus tout d'abord, les territoires aussi et enfin le classement en tête le 23 septembre. Qui gagnera ? Celui qui l'emportera sera en position de négocier et de mettre sur pied une nouvelle majorité. La coordinatrice du PAM, Fatima-Ezohra El Mansouri a annoncé la couleur en déclarant qu'en tout état de cause, son parti ne s'alliera pas au RNI dans la nouvelle majorité. Mais quand bien même sa formation arriverait en tête, aura-t-elle une totale autonomie de décision à cet égard ? Difficile de le croire. L'on pense par exemple à Abdellatif Ouahbi qui avait dit pis que pendre du président du RNI Aziz Akhannouch avant le scrutin du 8 septembre 2021 rejetant toute alliance et qui s'est empressé avec son parti d'être l'un des alliés de ce responsable investi à la tête du gouvernement...

Le vote du 23 septembre ne porte pas seulement sur le choix d'un parlementaire et d'un parti mais il traduit aussi une anticipation sur la direction du gouvernement. C'est là un effet des dispositions du nouvel article 47 de la Constitution de juillet 2011 lesquelles stipulent que "Le Roi nomme le Chef du gouvernement au sein du parti politique arrivé en tête des élections des membres de la Chambre des Représentants et au vu de leurs résultats". En désaccord avec la majorité de mes collèges constitutionnalises j'avais soutenu que cette formulation était problématique. Sur la forme, la référence "au vu des résultats " était superfétatoire" puisque qu'un parti classé au premier rang signifiait bien qu'il y avait des "résultats". Mais sur le fond, cet article accordait au Roi une "compétence liée" - nommer ce parti - alors qu'il aurait fallu une compétence discrétionnaire, laissant au Souverain la configuration d'une nouvelle majorité. Dans aucun pays démocratique (Espagne, France, Royaume-Uni…) l'on trouve un schéma de cet article 47. Si bien qu'aujourd'hui c'est la course aux sièges qui induit également la transhumance des candidats et des élus. La démocratie y gagne-t-elle ? Le système représentatif en sort-il renforcé et consolidé ? Des interrogations difficiles à évacuer avec des réponses qui y seront apportées avec la participation électorale…